VALMONT, INTÉRIEUR DE LA NEF
d'hui séparée de la nef dont elle formait le prolongement. Sa voûte compliquée figure, vers son milieu, une fleur à six pétales qui interrompt les triples nervures
partant de chaque angle et arrondit un dôme là où nous sommes habitués à
. Le seul écusson qui se voir dans L Rome en 1483. Il faut donc croire quela constructionaura 6
reux prélac.
voir un pendentif. Cette disposition est, croyons-nous, absolument unique et si une chose a lieu de surprendre, c'est qu'on ne l'ait pas signalée jusqu'ici. Quant à l'idée singulière qui, de la fenêtre centrale quelque peu allongée, à fait toute une paroi lumineuse de l'appartement occupé par la Vierge, dans sa maison de Nazareth, au moment où l'ange vint annoncer ses hautes destinées, elle ne saurait recevoir notre approbation. Ainsi placée dans un jour dévorant, la sculpture se trouve forcément amoindrie, sans compter qu'au mépris des règles les plus essentielles de l'art, le principal est trop ouvertement sacrifié à l'accessoire. On oublie les deux héros de la scène mystique pour ne faire attention qu'à des détails d'ameublement à la fois trop nombreux et d'apparence trop peu sérieuse ‘.
La partie que nous venons d'examiner est de beaucoup la plus intéressante de toute l'église de Valmont. Néanmoins il faut jeter un coup d'œil sur les arcades surhaussées de la nef dont la mâle élégance ne peut manquer de plaire aussitôt. Puis nous retrouvons dans le triforium, avec plus de sage réserve, la délicate ornementation de la Renaissance à ses débuts. L'architecture, évidemment, est en chemin vers la pure imitation de l'antique; mais elle ne sacrifie pas encore à la froideur et au convenu. Pour que la transformation soit complète, il devra se produire un changement de règne, ce qui donne toujours une impulsion vigoureuse aux idées en fermentation. Henri Il ne reprendra pas seulement les choses au point où François I* les aura laissées ; son avènement sera le signal d'une action plus rapide, d'un pas en avant aussi considérable que décisif.
Du reste, après une période assez courte qui ne laissa pas de jeter un vif éclat, nous voyons la décadence s'accentuer de toute part. Au Havre, par exemple, elle est déjà complète ‘en 1574 et Nicolas Duchemin, dans son église
Notre-Dame’, n'a fait preuve ni de savoir ni de bon goût. Pour soutenir ses
1. Un rouet, un établi, des chenêts, etc., sont traités en ronde bosse, absolument comme I de l'ange Gabriel. Il n'y a rien là
figures de la Vierge et quoi qu'on dise, qui puisse, au premier abord, être attribué à Germain Pilon, quand l'époque où ces sculptures furent exécutées, c'est-à-dire en 1552, le célèbre artiste parisien
bien même on ne saurait pas qu” était à peine âgé de dix-sept ans.
2, L'inscription suivante qui se lit dans le bas côté méridional ne laisse aucun doute sur le nom de l'architecte :
CY GIST LE CORPS DHONNESTE HOMME NICOLAS DVCHEMIN MAITRE MAÇON QVI COMMENÇA LE BATIMENT DE CE TEMPLE EN LAN 1974 ET CONTINVA ICELVI IVSQVA SON DÉCÈS ARRIVÉ LE MARDI $ MAY DE LANNÉE 1598. PRIES DIEV POVR LE REPOS DE SON AME.
Suivanc l'abbé Cochet (Eglises de l'arrondissement du Havre), le chœur fut terminé en 1585 etla nefen 1597.
voûtes il n'était pas besoin d'appliquer un pilastre à des colonnes monocylindriques et quant-à la petite corniche à triglyphes, qui court le long de Ia nef, elle dépasse en laideur tout ce que l'on peut rêver. Tout en ne jurant que par les préceptes de Vitruve, l'architecte s'est permis les plus étranges fantaisies
et, certes, nous ne ferons pas un reproche à son successeur qui, dans l'ar-
rangement de la façade, n'a tenu aucun compte des constructions déjà existantes. Cette partie de l'édifice, bien que présentant un aspect un peu froid et
théâtral, est encore la meilleure à tous égards.
JE
Bien des fois déjà nous avons eu l'occasion de parler du mouvement artistique dont Gisors a été le centre. C’est de cette petite ville incontestable-
ment que sont sortis les architectes qui ont travaillé à Vétheuil, à Magny, à
Saint-Gervais et à Montjavoult. Même on pourrait, sans trop de difficultés, déterminer la part prise dans chaque construction par un des membres de la famille Grappin qui résume presque en elle seule tout ce que l'équerre et le ciseau ont produit, en cette contrée de la France, de 1521 à 1584, c'est-à-dire durant plus d'un demi-siècle. Et la chose n'a rien d'étonnant quand on réfléchit à combien d'artistes nous avons affaire. Les comptes n'en présentent pas moins de cinq divisés en trois générations, car vraisemblablement Robert, qui figure en tête de la liste, est le père de Michel, de
héritier de son
Jacques et de Jean‘. Ce dernier, à son tour, laissa un fils talent comme de son nom et que nous appellerons Jean II afin d'éviter toute
confusion ?.
1. Voir plus haut, €. Ie, p. r 2. CE. Gisors, Documents in les Annale
“rpetr. Il, f
ts tirés des archives de Saint-Gervais et Saint-Prorais, par le comte de Laborde, dans ogiques, t. IX, p. r44-161 : 206-2
3 319-328. — Robert Gr
& tout au moins jusqu'en 1546.
Il devait alors, car
1S voyons son fils Jean mourir en 1547 et il plus question de Michel er de .
3. Jean Grappin le Jeune n'apparaît dans les Comptes qu'en 1558. Op. cit, p. 160.
Jacques après
“ot 52
Dès le jour où il est question de lui, Robert Grappin occupe la première place. C'est en qualité de directeur général de l’œuvre qu'il est chargé de poursuivre la transformation de la grande église de Gisors, entreprise par Robert Jumel en 1497". D'abord il acheva le portail nord que son prédécesseur avait conduit jusqu'au deuxième étage; puis, sans désemparer, il jeta les bases de la nef, en commençant, semble-t-il, par le côté occidental”. Mais soit que les précautions aient été mal prises, soit qu'il y ait eu négligence dans l'exécution des ordres donnés, à peine se réjouissait-on de voir l'œuvre achevée, que tout s'effondra au milieu d'un épouvantable fracas’. Il fallut tout reprendre à nouveau et dix-huit années s'écoulèrent encore avant que l'édifice pût être ouvert au public. Aussi Robert Grappin n'était-il plus du nombre des vivants lorsque les échafaudages furent enlevés en 1460. Ses fils eux-mêmes l'avaient suivi dans la tombe et son petit-fils, trop jeune à cette date pour prendre en main la direction des travaux, s'était vu obligé de céder la place à un autre maître maçon du nom de Pierre Montheroultt.
Quoi qu'il en soit, les plans arrêtés à l'origine ne furent certainement pas modifiés et c'est bien l'œuvre du premier maître que nous contemplons. En outre, tout ne fut pas détruit lors du grand accident de 1541, et sans parler des deux piliers hexagonaux qui se voient près de l'entrée et ne manquent pas d'attirer le regard par leur riche ornementation‘, nous avons de l'époque antérieure une partie de la façade et la grande tour du nord*. Or ces dernières constructions sont d'autant plus intéressantes que scules, en réalité, elles correspondent exactement au développement des arts entre les années 153$ et 1540. L'architecte qui n'était pas toujours, à l'intérieur, maître de ses inspirations, recouvrait généralement au dehors sa plus entière liberté. Il en a profité ici pour montrer que le nouveau style lui était aussi familier que l’ancien et, certes,
dans tout l'édifice, rien ne peut être comparé à la pureté et à l'élégance des trois
ï. Le chœur, qui datait du xme siècle, fur respecté; mais on l’engloba dans une série de chapelles en style flamboyant. ,q ) pecté; g P ) y de 1497 À 1503. Quant au portail nord, nous ne croyons pas qu'on ÿ ait
Cette partie de la construction dura si travaillé avant l'année 1515 : il était entièrement terminé en 1525.
hemenr ornée, du côté du midi, porte la date de 1526. Voir pour les détails: de Laborde, op. air,