La renaissance en France
AINTES fois déjà nous avons eu l'occasion de constater que le xvr° siècle, en ce qui concerne les monuments religieux, s'était généralement montré, même dans sa seconde moitié, quelque peu rebelle aux changements et aux innovations. Aux yeux de bien des gens, sans doute, les anciennes formes semblaient seules répondre aux aspirations de la foi, et l'on se faisait un devoir de les conserver, nonobstant l'état de dégénérescence
où elles étaient tombées depuis longtemps. Si quelques
infractions à la règle se produisirent en certaines circonstances, ce fut le plus souvent pour condescendre au désir hautement manifesté d'un grand seigneur ou
d'un abbé. Mais, encore [à, ne procéda-t-on qu'avec une sage lenteur et tout
se fit progressivement et sans secousses. Quant aux constructions qui s'élevèrent en dehors de ces diverses influences, il est bien certain qu'elles furent en nombre très restreint. Surtout, loin d'être groupées dans des régions déterminées, elles se présentent isolément, un peu de différents côtés.
C'est donc, en quelque sorte, un spectacle surprenant que de rencontrer, au nord de Paris, en parcourant l'espace compris entre la route de Senlis et celle de Pontoise, presque à chaque pas, des églises de la Renaissance. Nous ne citerons que les principales : Luzarches, l'Isle-Adam, Mafñlliers, Belloy, le Mesnil-Aubry, Sarcelles et Goussainville. Toutes sont remarquables à plus d'un titre et, comme on pouvait s'y attendre, un étroit lien de parenté les unit. Quant au fait même de cette sorte d’épanouissement artistique, à un moment donné, sur le sol qui nous occupe, il s'explique assez facilement. Nous sommes dans cette « presquile de France » qui fut le berceau des Montmorency, au centre des riches et beaux domaines, possédés depuis longtemps par l'une des plus illustres familles dont l’histoire ait conservé le souvenir *.
Et puis, il ne faut pas l'oublier, aux vertus guerrières, celui que lon s'est plu à appeler le grand connétable joignait non seulement d'incontestables talents d'administrateur et de politique’, mais encore le goût le plus prononcé pour les lettres et les arts. Sous ce rapport, du reste, il ne faisait que suivre la voie indiquée par son père, le baron Guillaume, que nous avons vu, dans ses derniers jours, occupé à rajeunir le château de Chantilly.
Quoi qu'il en soit, ces deux puissants seigneurs ne se bornèrent pas à travailler pour leur agrément, et tout le pays se ressentit de leur féconde initiative. C'est ainsi que, dès 152$, nous voyons s'élever à Montmorency une nouvelle église’, destinée à remplacer la vieille collégiale, qui depuis plusieurs
1. L'inscription de la statue élevée, sur la terrasse de Chantilly, au fils du connétable, Henri de Montmorency, portait ces mots :
IN. PENINSVLA. FRANCIAE. GALLIAR. CORCVLO.