Rel place en
ancienne
sculptures sont loin d'être parvenues jusqu'à nous telles qu'elles étaient en 1534", au moment de leur complet achèvement. Alors, bien certainement, on ne voyait pas saint Jean-Baptiste verser l'eau du Jourdain sur la tête de sainte Véronique, et, parmi les Vertus, ne figuraient pas, à l’aplomb des colonnes, entre les frontons, saint Joseph et la Vierge-Mère*. Tout était réglé suivant un ordre logique qui ne laissait rien à désirer. D'abord, sur chaque face saillante du soubassement, des ossements en sautoir rappelaient que la cuve baptismale est un sépulcre où s'ensevelit l'homme ancien, perdu par le péché, et d'où sort ressuscité l’homme nouveau, à l'exemple du Christ’. Puis, groupés trois par trois, douze prophètes, au pourtour de l'édicule, servaient à montrer le néant de la loi ancienne +. Cette partie de
l’'ornementation se complétait par deux scènes en quelque sorte indiquées
d'avance : le baptême du Christ, c'est-à-dire le baptême de l'eau, qui constitue véritablement le sacrement, et la décollation de saint Jean-Baptiste, c'est-à-dire le baptême de sang, qui régénère par le martyre.
Enfin, pour couronner le tout, l'artiste a fait une allusion sensible au baptême
de désir, qui peut, occasionnellement, supplée
aux yeux de Dieu à l'absence et à l'impossibilité du sacrement. De là ces figures de Vertus dont la haute signification ne saurait échapper dans la circonstance. Contrairement à ce qui arrive trop souvent, elles ne sont pas là pour remplir une place que d'autres statues eussent pu occuper aussi bien qu'elles, au sommet du monument. Mais, grâce à leur présence, le cycle indiqué par la théologie se trouve esquissé en son entier, et, quoi qu'on dise, à aucune époque l'idée chrétienne n'a reçu un hommage mieux raisonné et plus éclatant.
Ainsi, rien n'est moins vrai que l'accusation de paganisme portée contre la Renaissance d'une manière générale. Nombreux sont les monuments élevés sous son inspiration qui, à l'exemple de (ce que nous avons vu à Magny, respirent l'idéalisme le plus pur et les admirateurs passionnés du moyen âge, au lieu de déverser sans motifs leurs sarcasmes contre une période artistique qu’ils semblent avoir incomplètement étudiée, feraient bien mieux de reconnaître que tous les siècles ont des écarts à se reprocher sur ce points.
Quoi qu'il en soit, le fait d'un édicule au-dessus des fonts baptismaux est
1. Cette date se lit sur l’une des colonnes engagées, à la hauteur des groupes de statuettes.
2. Tous ces personnages, fort déplacés en pareil ‘endroit, sont venus, en 1838, remplir des vides qui existaient depuis longtemps.
3. C'est la doctrine de saint Paul dans son Épitre aux Romains VI, 3-7. 4. M. Potiquet (op. cit.) a vu des évangélistes Là où ne figurent et ne pouv 5 Voir principalement, dans les Annales archéologiques, les nombreux articles de feu Didron. Ce n'est pas avec du
ent figurer que des prophètes.
parti pris que l'on fait en général de la bonne critique.
presque unique en son genre, car, dans toute la France, nous n'en trouvons qu'un seul autre exemple, et encore faudrait-il l'aller chercher au fond de la Bretagne, à Guimiliau*. Partout ailleurs on s'est contenté soit de couvrir la cuve d'ornements égers, comme à Belloy et à Écouen *, soit de dégager à la base une série de godrons que surmonte une inscription trilingue, comme à Lassy, aux environs de Luzarches?. Tout cela ne diffère guère de ce que la Picardie nous a déjà présenté +, et il suffit, croyons-nous, d’un mot lancé en passant.
De même les trois grands retables qui se voient dans le transept de église de Limours ne sauraient nous arrêter longtemps. Veufs aujourd'hui
des sculptures en terre cuite, très probablement polychromes, qui relevaient
a partie centrale, ils n’offrent plus aux regards qu'un enchevêtrement de montants et de traverses dont le principal mérite est de porter, dans la pierre, la date de 153$. Aussi est-il préférable de regagner de suite les hauteurs de Pontoise où nous avons négligé à dessein, dans l'église Saint-Maclou, un sépulcre du temps de Charles IX. Au xvi° siècle, on le sait, rien n'était plus à la mode que ce genre de représentation et, chemin faisant, nous aurons à signaler des œuvres d'un caractère élevé et véritablement très remarquables. Mais, à la date indiquée, il faut bien le dire, une certaine lourdeur maniérée avait fait
invasion dans le domaine de la sculpture. C'est ainsi que le Christ, étendu, semble
t-il, sur une table à dissection, trop courte pour lui, choque quelque peu par le mouvement de son corps qui se partage entre deux directions opposées. La pose des Saintes Femmes également est trop théâtrale et les draperies dont elles sont enveloppées accusent un art qui manque de simplicité. Le seul personnage, à proprement parler, qui puisse être loué sans restriction, c'est Joseph
d’Arimathie. Encore ne doit-on pas chercher une tendance quelconque vers l'idéal;
renfermé dans limitation de la nature, le sculpteur n'a voulu que reproduire
des traits bien connus de son temps.
1. Guimiliau est un village du Finistère, aux environs de Saint-Thégonnec, Le monument dont nous parlons, bien
inférieur à celui de Magny, porte la date de 167
2. Les fonts de Belloy sont datés de 1524 et non de 1534, comme le prétend M. de Guilhermy (Inscriprions de la France, Il, 467
Ceux d'Écouen, au contraire, qui ne portent aucun millésime, doivent avoir été exécutés vers 1545, en
me temps que 1
3 Li en hébreu le troisième verset du chapitre xtr de Isaie. De savants commentaires ont été publiés à ce su Millescamps dans le Musée archéologig
vitraux
iption qui rend les fonts de Lassy (1556) particulièrement intéressants reproduit en français, en latin et
t par M. Gustave , P. 297-302. Quant à M. de Guilhermy (fnscriprions de la France,
Il, 484) il s
est étrangement mépris sur le sens d’un mot hébreu qui, loin d'indiquer la source d'où le verset est tiré, termine ce méme en ee en Mel
4 T. Lo, p. ar.
5. Toute l’ornementation consiste, d'un côté, en instruments du culte, et, de l'autre, en emblèmes de la mort, disposés
en sautoir sur des pilastres aux chapiteaux capricieux.
Nous ne pouvons quitter le sépulcre de Pontoise sans indiquer tout au moins la riche ornementation qui lui sert d'encadrement. De nos jours, cest ce qu'on appellerait un morceau d'école; d'où il ne s'ensuit pas cependant que le critique n'y trouve rien à redire. Évidemment, quelque étudiés que soient les motifs d'architecture disposés en attique au-dessus d'un entablement complet, on ne saurait méconnaître l'importance beaucoup trop considérable qui leur est accordée. La grotte est écrasée sous cette lourde décoration qui le dispute en hauteur aux colonnes chargées de lui servir de supports.
À la fin du siècle dernier, les différentes époques de notre histoire étaient représentées dans un grand nombre d'églises par d'admirables monuments funéraires. Chaque famille illustre avait, pour ainsi dire, son Saint-Denis et souvent, dans la voie de la magnificence, ne se laissait guère dépasser par la royauté. Seulement la Révolution d'abord, puis l'incurie de ceux-là mêmes qui étaient chargés de veiller sur ce précieux dépôt ont occasionné, en bien des endroits, d'irréparables pertes. C'est en vain par exemple que, dans la collégiale de Montmorency, l'on chercherait aujourd’hui le tombeau que le père du grand connétable, le baron Guillaume, s'était fait faire de son vivant; de toute l'œuvre exécutée par Benoît Bomberault, sur les dessins de Martin Cloistre, il ne reste plus la moindre trace”.
Pareillement a disparu le célèbre mausolée que Madeleine de Savoie avaut
chargé Jean Bullant d'élever à son époux*. Du moins, pour en retrouver quelo ï]
ques débris, faut-il parcourir les salles basses du Louvre où ont été recueillies, ici
quatre colonnes de vert antique? et là deux statues en marbre blanc.
Ces dernières que la critique n'a jamais disputées à Barthélemy Prieur*,
té que mutilé en 1793; un peu plus tard, vers 1808, le curé en sacrifia les de