‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 121 sur 236 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

« qui fait la couverture, lesquelles portans les unes sur les autres, et descendans « de degré en degré commencent du milieu du hault de la voulte un peu en <( pente, jusques à couvrir les murailles. Et est ceste terrace, à ce que je croy, « la première de l’Europe pour sa façon, et chose digne d’estre veuc et « considérée. »

L'œuvre de Pierre Chambiges continuée après sa mort par son gendre Guillaume Guillain, et Jehan Langeois, terminée en 1 5q8, présentait une grande unité de conception et d’exécution. Les termes du marché passé par ces derniers avec les représentants du roi, en 1644, sont formels sur l’obligation de poursuivre et d’achever les travaux d’après les plans, devis et marchés de 1 539, signés par le premier maître d'œuvre. Elle subsista dans son intégrité pendant plus de cent ans. Malheureusement, les agrandissements ordonnés par Louis XIV en 1674 et exécutés parHardouin Mansart dénaturèrent complètement l’édifice de la Renaissance. La restauration entreprise par Eugène Millet et que vient de mènera bonne fin H. Daumet, membre de l’Institut, a rendu au château de Saint-Germain sa physionomie architecturale primitive, qui est fort belle.

Pierre Chambiges construit les châteaux de la Muette et de Challuau.

Pierre Chambiges construisit vers le même temps, pour François Ier, le château de la Muette de la Garenne de Glandaz,dans la forêt de Saint-Germainen-Laye, et le château de Challuau près Moret, destinés à servir, l’un et l’autre, de rendez-vous de chasse. Les documents d’archives qui concernent ces deux bâtiments, ainsi que les descriptions que J. Androuet du Cerceau en a faites, nous informent que les travaux y furent exécutés d’après les procédés et avec les matériaux de construction employés à Saint-Germain-en-Laye, et particulièrement qu’on y fit des voûtes et des terrasses de pierre de liais dans le genre de celles de ce dernier château. La Muette a été démolie dans les dernières années du règne de Louis XV; et Challuau existait encore en 1840, mais dans un état fort délabré. A cette date il fut vendu ; le nouveau propriétaire le fit raser, et construisit sur son emplacement une maison de campagne.

Projet de P. Chambiges pour un « Collège des Trois Langues ».

François Ier tenait en grande estime artistique Pierre Chambiges. Le nom du maître maçon se trouve mentionné dans un compte du Domaine de Paris, 1 538- i539, pour « les formes et pourtraietz que le roy a commandé luy faire de « certains bastimens que ledict seigneur entend et délibère en son hostel ès <c environ de Nesles,à Paris, pour la fondation du Collège des Trois Langues ». Des lettres patentes en date du 19 décembre 1 53g et 1’ « Oraison sur le trespas du roy François », par Pierre Galland, nous font connaître que l'édifice projeté devait comprendre des corps de logis propres à recevoir plus de six cents enfants, le principal, les régents, les prêtres, une « belle et somptueuse église », et qu'il avait été réservé pour cette grande entreprise une somme de deux cent mille écus d’or au soleil.

François Ier anoblit le maître d’œuvre de ses châteaux de Saint-Germain-en- Laye et Fontainebleau, et lui donna pour armes : d’azur à un compas d’argent,

PIERRE CHAMBIGES

accompagné de rechef à dextre d’une étoile d’or, à sencstrc d'un croissant d'argent et en pointe d’une biche d’or couchée sur une terrasse de sinople.

Le portail méridional de la cathédrale de Beauvais contient une merveille d'art : les fameux vantaux de porte sculptés par Jean Le Pot. Deux historiens de l’édifice, Desjardins ( i ) et Woillez (2), ont émis l’hypothèse que le dessin en avait dû être fourni au maître huchier par quelque artiste italien, probablement Le Primatice. Pourquoi aller chercher parmi des étrangers l'auteur de ce chefd'œuvre ? Une comparaison minutieuse des ornements de la partie inférieure des vantaux avec les ornements de certaines parties des façades de l’ancien Hôtel de Ville de Paris, sur la place de Grève et sur la cour centrale, permet d’en faire l’attribution à Pierre Chambiges. Après la mort de son père, le grand maître maçon continua à avoir des relations avec le Chapitre de la cathédrale, qui le mandait, notamment en 1507, pour venir visiter les travaux de cette façade, à la construction de laquelle il avait collaboré pendant sa jeunesse.

Pierre Chambiges mourut en 1044, le 21 juin. Son corps fut inhumé dans la nef de l’église Saint-Gervais de Paris; l’épitaphe inscrite sur sa tombe le qualifiait : « maistre des œuvres de maçonnerye et de pavement de la Ville de Paris ».

Il laissait un fils du prénom de Pierre qui embrassa la carrière paternelle.

Les renseignements qui concernent Pierre II Chambiges sont peu nombreux.

En 1564, cet architecte était chargé par Charles IX de construire la Petite Galerie du Louvre. Fut-ce sur ses dessins, ou d’après le « Grand dessin » général que Pierre Lescot avait dressé du palais sur l’ordre de Henri II? La question est controversable. L’attribution de cette œuvre si originale et si gracieuse à Pierre II Chambiges a pour base une assertion de Sauvai. Léon Palustre lui fait honneur, aussi, de la Lanterne des Galeries, aujourd’hui dénommée Pavillon de Lesdiguières; mais l'identification récente des plans de Pierre Lescot avec les dessins du xvie siècle de la collection Destailleur du Cabinet des Estampes, plans d’après lesquels furent continués sous Henri IV et Louis XIII les bâtiments du Louvre (3), semble devoir infirmer désormais toutes ces hypothèses et attributions.

Vers la fin du xvie siècle, Pierre II Chambiges s’associait avec son neveu Pierre Guillain, Guillaume Marchant, François Petit, Robert Marquelet et Isaye Fournier, pour l’entreprise des travaux de maçonnerie de la Grande Galerie du Louvre; à la date du 26 juillet 1600, il signait avec ses associés une requête au surintendant des « Bâtiments du Roi » pour le payement intégral de ce qui leur était dû depuis longtemps sur ces importants travaux. Le

Pierre Chambiges et les vantaux •Je la porte méridionale de la

cathédrale de Beauvais.

Mort

de Pierre Chambiges en 1544.

Pierre II Chambiges architecte du Louvre.

(1) Desjardins : Histoire de la cathédrale de Beauvais, p. 75.

(2) Woillez : Répertoire archéologique du département de l'Oise, p. 24.

(3) Batiffol : Le Louvre et les plans de Lescot, Gazette des Beaux-Arts, avril 1910.

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