‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 120 sur 236 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

Reconstitution, en 187 2, de l'œuvre

de Pierre Chambiges.

du quartier de l’Hôtel de Ville du Boccador supprimées, et donner à l’édifice nouveau les développements nécessités par les besoins administratifs constamment en progression, il avait imaginé cette conception, nouvelle et hardie, de deux pavillons d’angle portant sur une large arcade ouverte. Et, afin d’harmoniser l’architecture des deux pavillons et celle du corps de logis central, qui devaient cependant varier de proportions, en vue d’une silhouette pittoresque, il les relie par cette superbe théorie de statues du premier étage se développant sur toute l’étendue de la façade; innovation charmante charmante car l’idée décorative se complétait d’une idée sociale : la glorification des hommes qui ont le plus honoré la cité par leurs vertus, leurs actes et leurs oeuvres.

Aussi, lorsque après l’incendie de l’Hôtel de Ville par la Commune, en mai 1871, les représentants officiels de Paris furent appelés à délibérer sur la reconstruction du palais municipal, ils décidèrent de faire réédifier la création de Pierre Chambiges, de manière à ce que le palais nouveau, comme le premier, extension successive de l’antique Maison des Nautes, de la Marchandise de l’Eau, de la Maison aux Piliers, et de l’Hôtel de la Renaissance française, construit sur le même emplacement, avec la même orientation, continuât le symbole glorieux et poétique du vaisseau héraldique de la Ville de Paris, ancré sur la rive droite de la Seine, dans le sens de son cours éternel de l’orient à l’occident comme le soleil, et justifiât, avec ses vieilles pierres ressuscitées, la fière et éloquente devise parisienne : « Fluctuât ncc mergitur ».

Comme « maistre des œuvres de maçonnerie et de pavement de la Ville de Paris », Pierre Chambiges figure dans les « Registres des Délibérations du Bureau de la Ville » pour de nombreux travaux et visites des fortifications, et pour l’entreprise de la transformation en voie navigable de la rivière de l’Ourcq. Des documents des années 1 53q et ibq2 le désignent avec le titre officiel de « commis voyer de Monseigneur l’Evêque de Paris ».

Pierre Chambiges maître d’œuvre du château

de St-Germain en-Laye.

En i537, pendant qu’il construisait l’Hôtel de Ville de Paris, Pierre Chambiges fut chargé par François Ior de donner les plans et diriger les travaux du château neuf de Saint-Germain-en-Laye, que François Ier avait décidé de faire bâtir dès 1 532. Le maître maçon avait ici une mission architecturale qui différait fort peu de celle qu’il avait reçue d’Anne de Montmorency, à Chantilly. « Cette place, écrivait J. Androuet du Cerceau, dans « Les plus excellents « bastiments de France », a esté tenue par les Anglais durant leur séjour en « France. Depuis eux estant déchassez elle demeura quelque temps sans « entretien. Or, il est advenu que le roi François Ier, trouvant ce lieu plaisant, « fait abattre le vieil bastiment sans toucher néanmoins au fondement, sur c< lequel il fait dresser le tout comme on le voit pour le jourd’hui et sans rien (( changer du dit fondement, ainsi que l’on peult cognoistre par la court d’une « assez sauvage quadrature. » Pierre Chambiges devait remplacer la vieille

CHATEAU UE SaINT-GERMAIN-EN-LAYE

Œuvre de Pierre Chambiges

PIERRE CHAMBIGES

forteresse, — sauf le donjon, la chapelle, et les substructions, — par un château de plaisance, vaste, commode et élégant, mais peu coûteux, car c’est le temps où le roi fait bâtir le Nouveau Louvre, Chambord, Fontainebleau, et le château de Madrid au Bois de Boulogne ; et ses finances sont fort obérées.

Le vieux donjon carré, protégeant l’entrée de la forteresse, est rajeuni par des ouvertures nombreuses, qui y font pénétrer l’air, la lumière et le soleil; la chapelle du temps de saint Louis reçoit quelques « méliorations ». Sur le soubassement de la forteresse, aux énormes et sombres murs de pierre de taille, plongeant dans les douves profondes, et au chemin de ronde posté sur des corbeaux formant mâchicoulis, Pierre Chambiges élève ses constructions nouvelles, afin d’en accentuer, par le contraste d’aspects, la grâce, l'élégance et la légèreté. Comme François I(‘r a choisi Saint-Germain-en-Laye à cause de sa merveilleuse situation topographique, d'où le regard embrasse, dans toutes les orientations, un panorama immense et de toute beauté; que le château a ses horizons libres de tous les côtés, et que la résidence royale, a cause de la grande et giboyeuse forêt, doit être surtout un séjour de chasse et de fêtes champêtres, l’ingénieux maître maçon imagine de construire le nouvel édifice en façon de colossal belvédère, avec terrasses, galeries et balcons surtout le pourtour; de donner aux quatre façades les mêmes dispositions architecturales, les mêmes figures et les mêmes profils (i), dont l’élégance, la simplicité et la netteté suffiront pour charmer les yeux. Et il résout aussi habilement le problème financier. Les dimensions considérables du château â construire imposent l’emploi de matériaux peu coûteux et la suppression de l’ornementation sculpturale qui entraînerait à de grands frais. Le constructeur expérimenté bâtit en moellons et en briques, réservant la pierre et employant la terre cuite moulée et émaillée pour des combinaisons décoratives économiques, — encadrement des baies, frontons de croisées, corniches, balustrades, vases de faîtage, panneaux de souches de cheminées, gargouilles, médaillons, etc., — en vue de donner aux corps de bâtiment l’agrément d’une polychromie variée à chaque étage.

Jacques Androuet du Cerceau, qui se connaissait en architecture et était d’une assez vaste érudition et d’une science incontestable en matière d’édifices anciens et modernes, a signalé, par la notice consacrée au château de Saint- Gcrmain-en-Laye, dans « Les plus excellens bastiments de France » deux particularités techniques de sa construction : « Les derniers estagessont voultez, « dit-il, chose grandement à considérer à cause de la largeur des membres... Sur « ces voultes et par dessus tout le circuit du bastiment est une terrasse de liais

(i) Arthur Heulard : Rabelais, p. io. «t Rabelais croit à la puissance des beaux paysages sur « l'épanouissement de l’esprit, et pour que les hôtes de Thélème planent de toutes parts sur les eaux, « les prés et les bois, loin de développer sa construction sur une seule façade, il la développe sur « six façades à la fois, inclinant aux quatre points cardinaux. »

Il n’est pas invraisemblable de supposer que Saint-Germain-en-Laye a servi à Rabelais de prototype à ce [joint de vue pour son abbaye de Thélème.

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