CHAPITRE HUITIÈME
améliorations et entretenement d'iceux, depuis l’an 1528 jusques au moy de may 1 53 1 ». Gilles Le Breton était donc employé à Fontainebleau avant les travaux ordonnés par François Ier, dans les lettres patentes du ier août 1 5 28.
Dès son avènement au trône, charmé de la beauté du lieu, le roi se plaisait à habiter le vieux château, qui se bornait à un ensemble de constructions élevées autour d’une cour, à laquelle un vieux et lourd donjon, datant au moins de saint Louis, avait fait donner la dénomination de Cour du Donjon. Mais comme les bâtiments ne suffisaient point pour un jeune souverain qui aimait à s’entourer de courtisans et de dames, qui était passionné pour la chasse, les fêtes et les tournois, il avait immédiatement fait élever des annexes « pour y loger la vénerie, le capitaine des toiles et la petite écurie du roi(i)». Puis furent édifiés du côté de la basse-cour de l’abbaye une série de constructions plus importantes : le pavillon spécifié dans les Comptes « corps d'hostel assis en la basse court de l’abbaye dudit Fontainebleau et ès appuis du jardin du château dudit lieu dans lequel une grande fontaine », ou encore le « pavillon naguère faict de neuf près l’estang dudit lieu », qu’on peut identifier avec le pavillon des Poêles (2) ; la Galerie d’Ulysse, que les Comptes dénomment « gallerie à jour en forme d’équerre estant au bout dudit corps d’hostel en la basse court de l’abbaye », dont la construction fut commencée avant septembre 1527, — puisque le 7 de ce mois, Nicolas Chastellet passait marché pour toute la charpenterie — , et qui était achevée en 1 53 1 , d’après un extrait des Comptes, visant la réception de ces travaux faites le 4 mai ; le Pavillon des aumôniers, prolongement de la Chapelle de la Trinité, dont la reconstruction fut décidée à cette époque ; et les galeries en terrasses destinées à relier ces divers corps d’hôtel.
Peut-on attribuer ces diverses constructions à Gilles Le Breton ? Ne seraient-elles point, les unes et les autres, « les ouvrages de maçonnerie qu’il a faits de neuf en l’abbaye », ci-dessus mentionnés, et qui donnèrent lieu au payement de 1527 (3) ? Il y a quelque vraisemblance. Pierre Chambiges, qui devait construire les bâtiments en équerre de la Cour du Cheval blanc, n était point encore à Fontainebleau en ce temps-là; les travaux de Chantilly l’absorbaient.
(1) Abbé Guilbert : Description du château, bourg et foret de Fontainebleau, 2 vol., 1731.
(2) Galerie démolie en 1738.
(3) Dans les Nouvelles Inventions pour bien bastir, liv. II, p. 88, Philibert de Lorme écrit à propos du Pavillon des Poêles : « Et aussi aux poutres qui estoient en la salle, couverte de tels « lambriz : lesquelles se trouvèrent toutes pourries sans qu’on le peust cognoistre, pour estre cachées des « dits lambriz. De sorte qu’aucunes fussent tombées sans les moulures de stuc qui faisoient quelques « ornements au long des murailles, et les entretenoient, estant si fort gastées que quand il les falloit « descendre, elles ne pouvoient si bien tenir au cable de l’engin qu’elles ne tombassent par pièces. Je « m’asseure que si elles fussent tombées d’elles-mêmes elles eussent mis le pavillon par terre, pour « le grand branle et coup qu’elles luy eussent donné ». Il y a toutes raisons de penser que cette caducité précoce tenait à la hâte avec laquelle les travaux avaient été exécutés « jour et nuit », si le pavillon en question faisait partie des constructions élevées à l’occasion de la venue h Fontainebleau des roi et reine de Navarre.
LES MAITRES DE FONTAINEBLEAU ET VILLERS-COTTERETS
La réfection complète Je la vieille résidence royale ne tarda pas à entrer dans les intentions de François Ier. L’extrait suivant des lettres patentes en date du tcr août i5‘28 est, à le définir exactement, le premier acte d’état civil du Fontainebleau de la Renaissance : « A nos amez et féaulx conseillers Jean de « la Barre, chevalier, comte d’Estampes, prévost et premier gentilhomme de « nostre chambre, et Nicolas de Neufville, chevalier, trésorier de France et « secrétaire de nos finances, et Pierre de Balsacaussy chevalier, sicurd'Entragucs, « salut et dilcction. Comme pour prendre nostre plaisir et dcsduict à la chasse « des grosses bestes, nous avons puis naguerrez ordonné et faire construire, « bastir et éditfier un édillice au lieu de Fontainebleau, en la forest de Biève, « et deux aultres au lieu de Livry, et l’autre en nostre bois de Boullongne, près « Paris, esquels lieux nous sommes délibéré quelquefois nous retirer pour le « plaisir de la chasse; lesquels ediffices voulons estre faits selon et ainsy que « nous l’avons devisé et donné à entendre à nostre cher et bien aimé varlet de « chambre ordinaire Florimond de Champeverne et que, pour faire les marchez « qu’il conviendra faire, pour le fait des dits bastiments et ediffices, suivant
« l’avis et opinion de luy , sçavoir vous faisons que Nous, ce considéré,
« confians a plain de vos personnes et de vos sens, suffisance et bonne diligence, « vous avons commis, ordonnez et députez commettons, ordonnons et députons « par ces patentes à faire pour vous ou l’un de vous en l’absence de l’autre, les « marchez qui seront nécessaires estre faits pour le fait du dit bastiment et « ediffice... »
Déjà, le 28 avril de cette année, un marché avait été passé double et au nom du roi, par devant N. Helye et P. Deshostels, notaires au Chastellet, avec Gilles Le Breton, « maçon-tailleur de pierre, selon le devis des dits ouvrages de maçonnerie et taille du dit lieu ». Ce devis a été conservé. Il fait connaître avec précision les principales constructions projetées et commandées à cette date par François Ic,‘, et il renseigne sur le caractère et l’importance du travail confié à Gilles Le Breton, qui ressemble fort, dans sa plus grande partie, à celui qu’avaient fait exécuter en ce même temps les propriétaires de tant de résidences seigneuriales, Anne de MTmtmorency, Jacques deDaillon,le maréchal de Gié,etc., empressés à les transformer pour qu’elles ne fussent point inférieures aux premières créations architecturales de la Renaissance, si originales et si élégantes : Gaillon, Chaumont, Meillant, Chenonceau, Bonnivet, etc., dues aux d’Amboise, aux Bohier, aux Le Roux, à l’amiral de Bonnivet, etc.
Les premiers articles du devis concernent la démolition du « vieil portail de l’entrée du château », et la construction d'un nouveau. A ce portail, « il y « aura une tour carrée, laquelle contiendra six toises de long ou environ par « dedans œuvre et quatre toises deux pieds et demy de largeur ou environ aussy « par dedans œuvre, en forme d’un grand pavillon qui sera séparé en deux, et « auquel il y aura trois grandes chambres les unes sur les autres, au-dessus de
Les
lettres patentes royale de j 528
pour la reconstruction du château de Fontainebleau.
Le marche du 28 avril 1528.
Le nouveau portail.
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