‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 135 sur 236 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

« avons commis, ordonne et député par ces présentes à tenir et faire le

« payement de la despence des dits bàtimens, ouvraiges et éditfices »

D’autres lettres patentes, en date du 3 décembre i 528, adressées à Florimond de Champverne, qui avait été nommé par le roi, quatre mois auparavant, surintendant de ses bastiments « aux lieux de Fontainebleau en la forêt de la Bièvre, au lieu de Livry et en son bois de Boullongne près Paris », font connaître qu’on avait commencé à travailler sur ces divers points. Il est ordonné à ce fonctionnaire royal « d’avoir l'œil, regard et superintendance à faire bien deument, « promptement et diligemment besogner les dits ouvriers aux dicts édiffices et « bastimens en manière qu’ils puissent être faits et accomplis le plus tost que « faire se pourra ».

D’après les « Comptes des Batiments du roi », la construction du château de Boulogne, dénommé aussi château de Madrid, dura jusqu'en 1 563 , soit pendant 35 ans; mais, il est certain que, sans être complètement achevée, cette

nouvelle résidence fut mise vers 1 5qo en état d’être habitée dans quelques parties.

Dans « Les plus excellens bastimens de France », Jacques Androuet du Cerceau a consacré au château de Madrid plusieurs gravures et plans, ainsi qu’une notice, dont voici le texte :

« Ce bastiment est assis en une plaine, à deux lieues de Paris, du costé de « l’Occident, prochain de la rivière de Seine. Tout l’édifice n’est qu’une masse « et consiste en ce qui s’ensuit. Premièrement, à chasque estage est une salle, « garnie d'une petite salette,en laquelle est une cheminée royale. Derrière icelle « cheminée, y a un petit escallier, par où l’on monte d’estage à un autre, sans « estre veu. Le plancher de la salette est eslevé seulement de la moitié de la « hauteur de la grand’salle, y ayant au dessus comme une chapelle. « Ceste salette sert de retraite pour le Prince et ont leur regard tant l’un que « l’aultre sur la dite grand’salle. Aux deux costés y a huict chambres et quatre « garde robbes, quatre avec deux garde robes de chaque part, servantes de « commodité. Par le dehors régnent autour, tant au premier que second estage, <( allées ou galleries ouvertes, à arcs voûtez à plat ; et au dessus d’icelles, qui est « le troisième estage, terraces régnantes pareillement. Es coings des susdites « quatre chambres et gardes robbes, qui font de chascun son costé un corps de « bastiment, y a un petit pavillon quarré en saillie, oultre les galleries : dans « chascun desquels, assavoir aux quatre prochains de la salle, est une montée « et, aux quatre autres, des garde robbes. Entre les deux qui sont aux bouts, y « a encores une tour de chaque costé, esquelles est une viz fort bien et indus- « trieusement faite, principalement l’une d’icelles, qui doit estre soigneuusement « remarquée entre artisans et mise en leurs tablettes. Au dessus des terraces « sont aussi deux estages avec les galletas. Et est ce bastiment couvert de « plusieurs pavillons, entrelacez les uns aux autres et le tout si bien symmétrié « tant en son plan que enrichissemcns, que rien plus. Fait au reste la plus

PIEPRE GADYER

<( grande partie des enrichissemcns du premier et deuxièsme étage par le dehors « de terre émaillée. La masse est fort csclatante à la veüc, comme vous pouvez « veoir par les desseins et élévations que je vous en ay desseignez : d'autant « qu'il n’est pas jusques aux cheminées et lucarnes, qui ne soient toutes remplies « d'œuvre. Mais oultre ce que dessus, une chose me semble digne d’admiration,

« de veoir les offices pratiquées dessoubs en mêsme sorte et manière de commo- « ditez que le dessus : et icelles toutes voûtées, ayans leur jour descendant du « hault par quelques quadres, aussi pratiquez au rez de terre, respondans iceux « jours chascun en son endroit de l'office : m’estant advis, qu’outre les singula- « ritez remarquables des bastimens exquis de la France, les offices de ce lieu « doivent estre tenus comme pour les principales de toutes. Le Roy François,

« premier du nom, feit faire ceste maison : laquelle est accompagnée d’un parc,

« contenant deux lieues de tour, ou environ. Et pour vous faire entendre que le « lieu est digne d'estre veu et considéré, je vous en ay desseigné particulière- « ment quelques enrichissemens des choses plus singulières du dedans. »

La description du château de Boulogne par J. Androuet du Cerceau est Description du château utilement complétée par une autre que nous a laissée un écrivain de la fin du faite au xvin0 siècle. xvme siècle, Poncet de la Grave, pour certaines parties de l’édifice négligées par l’auteur des « Plus excellens bastimens de France » :

« Ce palais s’élève au milieu d’un terrein, enclos autrefois de fossez creux et solidement bâtis avec corniches en saillie bien soignées, un jardin qui paroît avoir été fort agréable l’entoure du côté du couchant, du nord et du levant; la cour d'entrée infiniment resserrée est au midi, quatre galeries couronnées de plafonds enrichis d’ornemens taillés et coupés avec autant de propreté que de délicatesse l’environnent par dehors à chaque étage; quatre escaliers remplis d’ornemens bien finis et couverts d’une voûte, que les gens de l’art appelent cul-de-four, taillée à côte de melon et enrichie des chiffres de Henri II, de Catherine de Médicis, et de Diane de Valentinois, qui toifs diminuent insensiblement et avec beaucoup d’art, sont dressés dans les quatre angles de ce grand corps d’édifice.

« La masse entière est toute couverte de basses tailles travaillées délicatement, enduite d’une infinité, d’une grande quantité d’émauxou plaquse de terre cuite vernissée en couleur, qui font un effet surprenant, lorsque le soleil les frappe: c’est César délia Robia qui a fait ces basreliefs, qui sont variés à l’infini et remplissent les entre-colonnes, les croisées et le massif des cheminées.

« On voit dans l’intérieur des alcôves couronnées d’une petite voûte très décorée par des ornemens bien coupés; ce sont les premières qu’on ait fait en France; François Ie1' en apporta les modèles d’Espagne, que personne n’imita alors, mais dont on s’est servi ensuite, en les embellissant beaucoup.

« Le plus grand des escaliers est toujours admiré à cause de son noyau creux et par son rampant enrichi des Métamorphoses d'Ovide et de basses

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