‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 136 sur 236 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

La légende italienne de

Girolamo délia Robbia, architecte

du château de Madrid.

Fausseté de la légende.

tailles exécutées avec beaucoup d’adresse, de tendresse et de patience. C’est un de ces escaliers que les architectes appellent vis de Saint-Gilles, parce que le premier de ce genre fut construit au prieuré de Saint-Gilles, en Provence, mais celui du château de Boulogne lui est infiniment supérieur par la conduite et l’exécution.

<( .le ne trouve d’agréable à l’extérieur, en me reportant au moment oü le château fut bâti, que les galeries extérieures, ayant dans le milieu de leurs faces deux tours rondes couvertes d’un campanile, qui forment des avant corps aux extrémités, et d’autres pavillons de la même forme, situés aux angles, le tout formant un aspect très agréable et très varié. D'un côté, les galeries procurent la vue du Bois de Boulogne et du rideau de Saint-Cloud jusques audessus de l’Observatoire, et du côté du nord, l’aspect riant de la rivière de Seine, Puteaux, Su rêne, le Mont Valérien, etc. (1) ».

La base de la légende qui a fait pendant longtemps un artiste italien architecte du château de Madrid est le passage suivant de la biographie des Délia Robbia, par Vasari (2) :

« (Girolamo délia Robbia) bâtit à Madrid, non loin de Paris, pour le roi « François, un palais qu’il enrichit de figures et d'ornemens formés avec une « pierre tendre assez semblable au plâtre de Volterra, mais de meilleure nature, « car elle devient dure et solide avec le temps. »

Il convient d’accorder peu decrédit aux renseignements publiés par Vasari sur les œuvres d’art exécutées en France par les artistes italiens; ces renseignements sont presque toujours erronés par suite de la préoccupation constante que cet historien apporte à assurer à l’art de son pays une prééminence universelle, qui lui a fait accueillir sans contrôle tout ce qu’il a plu aux intéressés de raconter de vantardises et de fantaisies sur leur compte.

Tout d’abord, l’étude de la question au point de vue de la chronologie fournit une première preuve de la fausseté de la légende. Les biographes les plus récents des Délia Robia (3) déclarent qu’on peut supposer que Girolamo arriva en France à la fin de 1527. Or, comme on l’a vu plus haut, par les lettres patentes royales en date du 28 janvier et du 3 décembre 1 528, la construction du château de Madrid était décidée depuis un certain temps, puisqu'il la première date l’administration des travaux était déjà organisée, et qu’à la seconde date les travaux étaient commencés, François Ier ordonnant de faire « promptement et diligemment besongnerles ouvriers ». Il faudrait donc admettre que les plans et devis de ce château colossal ont été improvisés au débotté par l’artiste italien, qui, au dire même de Vasari, n’était qu’un sculpteur et un céramiste, qui

(1) Ponokt DF. la Grave: Mémoires intéressants four servir à /'Histoire de France, 1785, t. IV, p. lit).

(2) Vasari, édition Leclanché, 1840; p. 41.

(3) Cavai.ucci et Moi.inifr : Les Délia Robbia, leur vie et leur œuvre, in-4", Paris, 1884.

PIERRE GADYER

n’avait jamais fait œuvre d’architecte, ni même de simple deviseur de plans. L’information de Vasari sur les circonstances du voyage en France de Girolamo rend absolument invraisemblable ce tour de force artistique : « Déjà aiguil- « ionné par la concurrence de Jacopo Sansovino, Baccio Bandinelli, et Jacopo « délia Quercia, et plusieurs maîtres de son temps, dit-il, Girolamo était « devenu un vaillant artiste quand il fut conduit en France par des marchands « Horentins ». Ce délia Robia n’était donc appelé en France ni par le roi, ni par aucun grand personnage de la cour; il y venait simplement chercher fortune à ses risques et périls.

Les documents officiels relatifs au château de Madrid, encore qu’ils soient peu nombreux et incomplets, révèlent, à les lire tout simplement dans leur texte, les véritables origines de cet édifice, qui sont celles de tous les autres châteaux neufs de François Ier : Saint-Germain-en-Laye, Fontainebleau, Villers-Cotterets, et Chambord.

Dans les « Comptes des Bâtiments du roi », à la date du 5 février 1029, on lit :

« A Pierre Gadier, tailleur de pierres et maistre masson, et Jherosme de « Robia, tailleur d’ymaiges et esmailleur, ayans charge du dict seigneur du « bastiment qu’il fait présentement édiffier au boys de Boullogne près Paris, la « somme de quarante et une livres tournoys à eulx donnée et ordonnée par « le dict seigneur pour les récompenser de la despanse qu’ils ont faicte et payée « venant de Paris en la ville de Dijon recouvrer envers messieurs du conseil « du dict seigneur partie des deniers qui, par le dict seigneur, leur ont été « ordonnez, pour convertir au dict batiment. »

Ce texte est explicite. Girolamo délia Robbia n’y figure qu’au titre de « tailleur d’ymaiges et esmailleur ». Le vrai, l'unique maître d’œuvre du château de Madrid, soit l’architecte, est Pierre Gadycr, dont la qualification officielle « maistre masson tailleur de pierre » est celle donnée dans les « Comptes des Bâtiments du roi » à tous ceux qui ont construit sur leurs plans Saint- Germain-en-Laye, Fontainebleau, Villers-Cotterets, etc. : Pierre Chambiges, Gilles, Guillaume et Jacques Le Breton. A la fin du xvc siècle, et dans tout le Moyen âge, on ne donne pas d’autres titres, dans les Comptes des cathédrales et églises, neuves ou restaurées ou agrandies, à ceux qui en dressèrent les « pourtraicts » et qui en dirigèrent les travaux.

La confirmation indiscutable que Pierre Gadyer a constamment et exclusivement rempli la fonction et a eu la situation prépondérante de maître d'œuvre du château se trouve dans un autre document non moins officiel : les Lettres patentes qui suivent (1), où son nom est mentionné avec le titre de « maistre des œuvres » :

Pierre Gadyer, maître d’œuvre du château.

Preuves documentaires de l’attribution.

(1) Archives nationales, K. S4, n* 20.

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