CHAPITRE NEUVIEME
J. Androuet du Cerceau, qui se connait en architecture, donne en modèle aux artistes et aux artisans de son temps ce château de Madrid, où est « le tout « si bien symmétrié, tant en son plan, que enrichissemens, que rien de plus ». Et ce n’est point seulement l'œuvre d’art d’une magnifique ornementation qu’il loue sans réserve, il prodigue les témoignages les plus expressifs de son admiration pour maintes parties de la construction : la vis qui est dans chaque tour, « viz fort bien et industrieusement faite, principalement l’une d'icelles qui doit « estre soigneusement remarquée entre artisans et mise en leurs tablettes ; « les offices partiquées dessoubs en mesme sorte et manière de commoditez que « le dessus... et qui, entre les singularité/ remarquables des bastimens exquis « de la France, doivent estre tenus comme pour les principales de toutes ».
Et, si l’on ajoute cette particularité que lors de la destruction du château, en 1792, la sape et le feu durent être employés pour venir à bout des murailles qui avaient résisté aux procédés habituels de démolition, ces diverses constatations suffisent pour prouver irréfutablement que l’auteur du château de Madrid ne pouvait être un simple deviseur de plans italien, fut un maître maçon de France, un de ces architectes de notre race et de notre pays, plus soucieux encore peut-être des « belles reigles de nature qui concernent la commodité, l’usage et profit des habitans », que de « la décoration, beauté et enrichissement des logis », dont, quelques années plus tard, Philibert de l’Orme esquissera si plaisamment le portrait idéal, sans aucun doute d’après les modèles qu’il avait eus sous les yeux dans sa jeunesse : Chambiges, Les Le Breton, Charles Billard, Pierre Gadyer, etc., etc.