‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 140 sur 236 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

roîanio délia Robbia quitte la France.

« de 2.347 l‘v- 35. 2 d., pour les ouvrages de maçonnerie et taille par eux faits <t audit chasteau de Boullongnc, suivant le marché par eux fait audit sieur de « Lorme. »

L’artiste italien était très riche, Vasari l’affirme dans sa biographie. La fortune relativement rapide qu'il fît en France prouve son activité et son entente des affaires. Il s’associa avec Gatien Françoys et lui fournit les fonds nécessaires pour le paiement régulier des ouvriers; mais il n'était qu’entreprencur, tout en continuant à figurer dans les pièces de comptabilité au titre d’ « esmaillcur et sculpteur du roy », pour les paiements des « ouvrages d’esmail ».

L. De Laborde et les derniers biographes des délia Robbia ont prétendu que Philibert de L’Orme nommé surintendant des bâtiments du roi, en i55o, força, par jalousie de métier, Girolamo délia Robbia à quitter le château de Madrid et même à retourner en Italie. Si l’artiste italien avait été le maître d’œuvre de l’édifice, le roi n’eût jamais accepté son renvoi, et Philibert de L’Orme n’eût point réussi à l’imposer. L’exemple des démêlés incessants du violent et vindicatif surintendant des bâtiments du roi avec le maître des œuvres de maçonnerie de Fontainebleau, Gilles Le Breton, et de la résistance invincible opposée par ce dernier à toutes les attaques, grâce à la protection constante du roi, en est la preuve. Cette version, d’ailleurs, est en opposition avec l’assertion de Vasari, qui donne du départ de l’émailleur cette raison plus vraisemblable que la précédente, et toute naturelle : « Il résolut d’aller jouir dans « sa patrie des biens qu'il avait acquis à la sueur de son front. L’an i55o, il « s’était déjà établi à Florence où il voulait laisser quelques souvenirs de lui. « Il espérait être honorablement employé par le duc Cosme, mais, voyant ce <f prince tout occupé de la guerre de Sienne, il changea de pensée et retourna « mourir en France. »

L’association entre Gatien Françoys et Girolamo délia Robbia fut rompue par le départ de l’artiste italien, dont le nom disparaît des Comptes, à ce moment.

Suivant Léon Palustre, Gatien Françoys avait apporté de sérieuses modifications aux plans de Pierre Gadyer ; et, ainsi, il aurait mis dans l’édifice la marque personnelle évidente, incontestable, de sa manière.

« A la mort (de celui-ci) dit-il, arrivée en 1 53 1 , c'est-à-dire en pleine « activité des travaux, Gatien Françoys, qui lui succéda, ne laissa pas que « d’apporter quelques modifications de détail. On s’aperçoit facilement, en « examinant les gravures de Du Cerceau, que le premier étage, tout en conser- « vant les dispositions arrêtées dès le début, n’est pas le produit de la même « main. Les triglyphes et les patères qui se voient dans la frise ne sont certai- « nement pas de l'invention de Pierre Gadyer. Quant aux parties supérieures, « nous sommes très portés à croire qu’elles ont subi de très graves altérations. « C’est le style de Henri 11 et non celui de François Ier qui se montre un peu

Un D1ÙS l'AVILLOXS DU CHATEAU DE MADRID Œuvre de Pierre Gadyer

PIERRE GADYER

« partout et la chose n’a rien d’étonnant puisqu’il est bien certain que le « château de Madrid ne fut terminé qu’en i56e. »

En i556, Catien Françoys transmit à son fils, Jehan, son office de (( maistre des œuvres de maçonnerie, charpenterye et de couverture pour le Roy en Touraine » ; il mourut cette même année, puisque sa veuve figure au rôle établi en 1 556 dans la paroisse Saint-Vincent de Tours, pour la subvention des pauvres (i). Si son nom réapparait, accolé à celui de Girolamo délia Robbia, avec la qualification, pour l’un et l’autre, « entrepreneurs », dans le Compte cinquième de M® Jean Durant, trésorier des bâtiments du roi, pour l’exercice 1 56 1 , c’est, sans doute aucun, une liquidation d’anciens comptes, « pour avoir fourny plusieurs matériaux audit château », obtenue par l’artiste italien, qui est revenu d Italie en France, et a été réintégré dans son entreprise de l’achèvement du château de Madrid par la faveur du Primatice nommé surintendant des bâtiments du roi, à la suite de la disgrâce que Philibert de l’Orme éprouva à l’avènement de François II. Les Comptes du château de Madrid font mention de Jehan Françoys, comme successeur de son père dans la direction et l’entreprise des travaux. Les « ouvrages de maçonnerie » et les « matériaux » de construction visés dans ces documents se rapportent à des travaux de « réparations » du château, et à la construction des « basses offices érigées de neuf en la cour du chasteau du Bois de Boullongne » (2).

Le château de Madrid montre en son maître d’œuvre, auteur des plans et directeur des travaux de construction, Pierre Gadyer, un des types les plus complets de ces maçons-tailleurs de pierre de la Renaissance française, élèves des maîtres de la dernière période de l’Architecture ogivale, qu’un enseignement professionnel aussi rude que sévère, donné pendant les longues années d’apprentissage sur les chantiers et dans les loges, avait formés de la plus admirable manière, et rendus aptes à exécuter les travaux de tous genres qu’on leur proposait, à dresser les plans et devis de tous les bâtiments et édifices, les plus considérables et les plus nouveaux, qu’on leur demandait, à mettre partout l’empreinte ineffaçable de leur originalité, de leur ingéniosité, et de leur grand goût.

Le maçon tourangeau eut la bonne fortune d’être appelé à créer de toutes pièces un château royal, sans être asservi à utiliser des parties d’anciennes constructions ou des fondations, non plus qu’à s'enclore dans un périmètre délimité par une situation topographique particulière. Mais la fantaisie et le caprice du souverain lui imposaient une ordonnance architecturale nouvelle, une décoration extérieure d’un nouveau genre, des dispositions et des aménagements intérieurs spéciaux. Pierre Gadyer a résolu avec une aisance parfaite tous les problèmes artistiques et techniques qui lui étaient posés.

Jehan Françoys au château de Madrid.

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Girolamo délia Robbia.

Le château de Madrid œuvre architecturale exclusivement française de conception et d’exécution.

(1) Archives municipales de Tours, pièces justificatives des Comptes.

(2) Comptes des Parties extraordinaires et inoppinées de l'an 1563.

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