CHANTRE DIXIÈME
Jehan Renart était un maître maçon fort expérimenté. La municipalité de Tours lui avait confié la reconstruction de la porte du Chardonnet (1478), d’une partie de la muraille nord (i486); elle devait, plus tard (1494 et 1498), le charger de bâtir le nouveau portail Feu-Hugon, et la tour carrée près de la porte de Bretagne. En 1490, Jehan Renart était commis à la réception du nouveau couvent des Minimes, construit près de Plessis-lès-Tours. Amboise comptait encore en ce temps-là d’autres maçons habiles et renommés : Hervé Régnault, Jean Martin, et Bastien Françoys, à qui le roi pouvait, en toute confiance, faire appel pour lui bâtir sa nouvelle résidence. Point besoin n’était de l’intervention d’architectes étrangers, comme paraît le préjuger un historien soutenant la fausse thèse du château de Blois berceau de la Renaissance française, du fait que Charles Mil, au lendemain de sa première expédition en Italie, y installa quelques artisans italiens (1).
Les travaux commencèrent vers 1489. Cette année-là, d’après des documents des archives communales d’Amboise, l’on transportait une quantité considérable de « terrier » du pied du château aux marais que l'on se proposait de combler (2). On sait par la copie, faite au xviii® siècle, d’un ancien manuscrit de la Bibliothèque du Chapitre d'Amboise, quelles furent les parties du château construites ;i partir de cette date, et pour les dépenses desquelles le roi avait décidé, en 1496, de prendre cinq deniers par quintal de sel vendu par tout le royaume (3). C’étaient : un corps de logis, Hanqué de tours, situé au midi, vaste bâtiment à un étage, avec galerie haute et basse, quantité de pièces et de chambres ; et la chapelle de Saint-Biaise, ce pur joyau d’architecture. Les travaux furent poussés avec une rare activité, car Charles VIII, à la date du 10 octobre 149a, rendait une ordonnance en vue de meubler et décorer « les dites chapelles des aourne- « mens et beaux paremens, et le dit chastel et maison de vaisselle d’argent et « autrement, ensemble de lit/., tappicerie, tapis et autres ustencilles nécessaires ».
On sait qu’à son retour d’Italie, en octobre 1495, Charles VIII avait ramené dans ses fourgons « certains ouvriers, gens de mestier et autres personnages... pour ouvrer de leur mestier, à l’usaige et mode d’Ytallie ». Aucun des artistes appartenant au Bâtiment, trois en tout et pour tout, mentionnés officiellement, n’eut à intervenir dans la construction du nouveau château d’Amboise. Commines est très formel à ce propos dans le passage de ses Mémoires, où il est question des travaux exécutés dans cette résidence (4), ainsi que des ouvriers étrangers qui étaient employés : « Il (le roi) estoit en son chasteau d’Amboise où il avait « entreprins le plus grand édifice que commença centans a roy,tant au chasteau « qu’à la ville, et se pcult voir par les tours, par où l’on monte à cheval, et a parce qu’il avoit entreprins à la ville, dont les patrons en estoient faicts
(i et 2) L.-A. Hossebœuf : I.e Château d' Amboise, p. 144 et 287.
(4) Bibliothèque nationale : Cabinet des Titres, pières originales, vol. 365, dossier 7906, pièce n' 2. (4) Lie. VIII, tliap. XVIII.
■MK»
Aile Louis XII uu chatf.au de Blois. (Vue intérieure sur la cour.) Œuvre présumée de Jacques Sourdeau
LES MAITRES d’aMBOISE, BLOIS ET CHAMBORD
« de merveilleuse entreprinse et despensc, et qui de longtemps n’eussent prins « fin ; et avoit amené de Naples plusieurs ouvriers et excellens en plusieurs « ouvrages, comme tailleurs et peintres, et sembloit bien que ce qu’il entrepre- « noit estoit entreprinse de roy jeune et qui ne pensoit point à la mort, mais « espéroit longue vie, car il joignoit ensemble toutes les belles choses dont on « lui faisoit Teste, en quelque pais qu'elles eussent esté vcües, fust en France,
« Italie ou Flandre. » Le chroniqueur ne fait mention que de sculpteurs, et de peintres italiens, point d’architectes.
La surintendance des travaux, soit la charge de « faire faire les édillices et bastimens », avait été confiée à Raymond de Dezest ; et Alexandre Blandin était employé « à tenir le compte et faire les payements des édiffices et bastimens de la place et chaste! d’Amboise, achapt de maisons, héritaiges, recompenses et autres dépendances de cette nature ».
Monté sur le trône, Louis XII continua l’œuvre de Charles VIII. Un Louis XII
fragment de Comptes d’un trimestre de 1400 contient le rôle de de vingt-deux .. continue
3 T ^ 0 1 œuvre de Charles VIII
maçons qui besoignaient au château. Pas un seul des noms n’est de forme à Amboise.
italienne ; et tcais, au contraire, indiquent la nationalité française : Fordebras,
Boureau, Servais, Hubert, Chastigné, Tatineau, Naudeau, Dupont, Françoys,
Martin, Tulasne, etc. (1). Fn 1 5oo, François de Pontbriand et Roland de Ploarec étaient chargés de « conduire et diriger la construction de plusieurs somptueux édiflices que le roy vouloit faire faire à son château d'Amboise ».
Cette nomination semble indiquer l’ouverture d’une nouvelle campagne architecturale, destinée à ajouter de nouvelles et importantes constructions à celles qui avaient été achevées sous le règne précédent. Il est mentionné, dans un acte, daté de la fin de 1 5o 1 , des indemnités accordées aux religieux de Moncé « pour la démolition de plusieurs maisons situées au château pour l’accroissement d’icelluy ». Pendant la période de cinq années à laquelle se rapportent les documents concernant les travaux en cours d’exécution, il est question d’achats considérables destinés : à « former les voultcs de la grosse tour du chasteau... les corbeaux et machicoly de la grosse tour », qui est, sans doute (2), la seconde grosse tour du côté de la Loire, pourvue, — ainsi que la tour située au midi, construite antérieurement, — d’une montée en spirale praticable aux cavaliers; à bâtir la tour des Minimes (3); à élever les terrasses ornées de balcons de pierre, qui font suite, du côté de l’est, à la tour des Minimes; à construire l’aile en retour d’équerre joignant la grosse tour du nord et les bâtiments de Charles VIII ne formant qu’un rez-de-chaussée.
(1) Chevalier : Inventaire analytique des archives communales d'A mboise , p. XX.
(Ô J. ue Croy : Nouveaux documents four l'histoire de la création des résidences royales des bords de la Loire, un vol. in-8“, 1894, p. 14, 15.
( }) L.-A. Bossebœvf pense qu’il s'agit plutôt «le la tour Ileurtault, en raison «le son caractère
Renaissance.