CHAPITRE ONZIÈME
Jehan Françovs.
Martin Françovs.
Jehan Françoys.
Le chœur de Saint-Aspais, à Melun.
Le cloître de Saint-Sauveur, à Melun.
Martin Françoys.
Parmi les maçons au service de la Ville d'Amboise, sous le règne de Charles VIII, on trouve, à la date de 1480, un Jehan Françoys, faisant poser, comme maître des œuvres de maçonnerie de la municipalité, au pignon de l’Hôtel de Ville, une statue de saint Michel, œuvre d’Antoine Briant (1).
En 1490,1a municipalité d’Amboise occupe ce Jehan Françoys à des travaux de réparation des piliers du grand pont sur la Loire, et à la construction d’un pont sur l’Amasse, en même temps qu’un Martin Françoys, qui était son frère très vraisemblablement.
Les Comptes du château d’Amboise, pour l’année 1499, mentionnent le nom de Martin Françoys sur le rôle des vingt-deux maçons qui y sont employés; et, en 1524, ce même nom figure sur un autre rôle avec la qualification : surveillant des travaux (2).
En la même année, Martin François ou Françoys est appelé, du château de la Brosse où il travaille avec Jean Eveillard.à Amboise, « exprès pour faire visitaçion de la voulte et pillier du pont auquel on a besongné cette présente année » (3). La municipalité leur paye trente sols pour leurs frais de route.
Les marguilliersde l’église Saint-Aspais, à Melun, passent, le 4 octobre 1 5 1 5, un marché avec un Jehan François ou Françoys, pour l’achèvement du chœur commencé neuf ans auparavant par Jehan de Félin, qui fut « maistre des œuvres de maçonnerie de la Ville de Paris ». On attribue à ce Jehan Françoys le cloitre de Saint-Sauveur, situé au milieu de l’ile Notre-Dame, dont la première pierre fut posée en iÔ2i. « Cette élégante construction, d’un goût délicat, d’une origi- « nalité rare, où les motifs décoratifs classiques, l’acanthe, les volutes et la rose « corinthienne, au pistil en colimaçon, sont remplacées par des feuillages tirés « de la fiore locale, est le triomphe complet de la Renaissance, indécise et timide « dans l’œuvre architecturale précédente. » (4)
Les « Comptes des bâtiments du roi » nous informent que Jehan Françoys,
« demeurant à Melun », faisait, avec Charles Billard ou Baillard, « maistre maçon de Mgr le Connestable (Anne de Montmorency) », Guillaume Chalon et Jean Chaponnet, « maistres maçons à Paris », partie de la commission chargée, en 1 35o, de « visiter et recevoir les ouvrages de maçonnerie et taille de l’édiffice fait de neuf à Fontainebleau, auquel il y a deux chapelles, l’une basse et l’autre haulte, et aussy le grand escallier fait de neuf au dit chasteau par maistre Gilles Le Breton, maistre des œuvres de maçonnerie du Roy ». Le maître maçon de Melun ne serait-il point le neveu de Jehan Françoys d’Amboise ? Il y a toute vraisemblance à cette filiation, ainsi qu’à la même origine amboisienne.
On trouve un Martin Françoys, en 1490, au service du Chapitrede la cathé-
(1 et 2) L.-A. Bossebœuf : Amboise, le château, la ville et le canton, p. 300.
(3) Archives communales d’Amboise, CC. 126.
(3) Léon Palustre : La Renaissance en France, 4' livraison, p. 142, en noie.
MAITRES MAÇONS TOURANGEAUX
drale de Tours comme « maistre des œuvres de la maçonnerie de l’église »,et qui remplit cette fonction pendant de nombreuses années. Et ce Martin Françoys semble être le chef de la branche tourangelle de la dynastie, qui comptera de nombreux membres dont la filiation directe est certaine.
Martin Françoys a un frère, du prénom de Bastienou Sébastien. Tous deux Bastien Françoys. sont à la fois des maçons-tailleurs de pierre, et des imagiers ou sculpteurs.
Martin Françoys et Bastien Françoys entreprennent, de i3o5-i5o7, la
construction du clocher de la tour nord de la cathédrale de Tours, comme en Le clocher de la tour non
témoignent les inscriptions monogrammatiques M F et S F gravées sur la clef de ,a
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de voûte du dôme , qui font connaître en meme temps le nom du chanoine
Gilles David, trésorier de l’église, à la générosité de qui est due cette partie
originale de l’édifice. « Martin François, a écrit fort justement un historien d'art
« tourangeau, montra une grande hardiesse de conception en greffant sur une
« tour romane, décorée d’appliques gothiques, un type de clocher en forme de
« dôme écaillé et couronné d’une élégante lanterne à jour. Cette gracieuse
« fantaisie qu'on est étonné au premier abord de trouver là sans aucun lien
« avec le reste de l’édifice, forme un contraste frappant ; mais telle a été l’habi-
« leté du maître dans l’ornementation et les détails de son architecture, qu’il est
« parvenu, il faut bien le reconnaître, à fausser la date de cette tour, sans que
« l’harmonie de l’ensemble de l'édifice en ait trop souffert. Dans l’intérieur de
« ce clocher, un bel escalier à jour et en spirale composé de soixante-quinze
« marches en pierre dure, repose comme par enchantement sur un grand
« arceau de pierre encastré dans les murailles de la tour romane, de telle sorte
« qu’il semble suspendu à la voûte du petit dôme. » (i)
Le clocher achevé, Martin Françoys entreprend seul la construction du Le cloître
cloître de la cathédrale, qui ne dura pas moins de dix-neuf ans. Le travail était , , , LJe *?
, . . . . . , „ . . , , cathédrale de Tours,
important. 11 ne s agissait rien moins que de bâtir et orner de sculptures des
galeries voûtées en pierre, divisées en vingt-six arcades plein cintre, se développant sur une longueur de 190 mètres, et entourant une superficie de terrain atteignant près de 10 ares ; de remanier toutes les ouvertures de la bibliothèque et de la grande salle du Chapitre, édifiées à la fin du xv° siècle, pour les mettre en harmonie de style avec les galeries, et les faire se communiquer au moyen d’une vis ou escalier monumental en spirale, qui passe encore aujourd’hui pour un chef-d'œuvre de coupe de pierre. La chapelle qui se trouve à l’intersection de la galerie du nord et de celle de l’est, que dans son testament, daté du 1 1 mai 1 3 3 3 , le chanoine André d’Averton déclare avoir fait « réparer, décorer et orner comme elle est de présent » (2), est, sans doute, aussi l’œuvre du même maître maçon.
(1) E. Giraudet : Les artistes tourangeaux, p. XXXII.
(2) Bibliothèque municipale de Tours : Recueil de chartes originales, n' 1274.
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