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CHAPITRE ONZIÈME

La Fontaine de Beaune En i^io, les Registres des Comptes municipaux de la Ville de Tours (i) à Tours. font mention de Martin Françoys occupé, avec son frère, aux travaux de la

Fontaine de Reaune.

Mécontent de boire exclusivement de l’eau de la Loire, les habitants avaient réclamé de la municipalité et obtenu du roi l’établissement de fontaines publiques alimentées par des sources de Saint-Avertin. Une de ces fontaines fut placée au carroi dit de Reaune, soit en face de l’hôtel que Jacques de Reaune venait de faire construire à l’angle de la Grande-Rue et de la rue Traversière. Pour reconnaître cette gracieuseté, le célèbre financier voulut participer aux frais d’installation de la fontaine, et lui donner un caractère monumental. Il fit venir de Gênes quatre blocs de marbre blanc, qui lui coûtèrent 65 livres, r sou, et 9 deniers. La municipalité se procura des pierres de Volvic en Auvergne, destinées à former le bassin. Le 3o avril et le 23 juin 1 5 1 1 , le maire, et les commissaires pour la distribution des eaux de Saint-Avertin se réunissaient pour délibérer sur la « manière et faezon du tabernacle de marbre et autres « pierres grises, des croix et ymaiges et de l’assiette et ferreure d’iceulx, et dorer « les dictes croix et ymaiges ». D’après les procès-verbaux, assistent aux séances : maistre Golombe, Pierre Valence, maistre fontainier, Ferry Hutel, « fondeur canonnier du roy nostre sire, Rastian et Martin les Françoys, « Guillaume Resnouart, maistres maezons ; Macé Salmon, maistre charpentier; « Jehan Guérin, maistre orfèvre ; Jehan Vatin, maistre serrurier ; Michel Pellu, « maistre doreur ». Les registres de Comptes, concernant l’érection de la fontaine, font ainsi mention de la collaboration de Rastien et Martin Françoys : « à Rastian et Martin les Françoys... audit quarroy de monseigneur le général « de Reaune, tant le pillier que la saincture de la citerne par marché faict avec « eulx à la dicte somme. Et pour ce cy iiic xl1’1-

« Plus à Rastian Françoys la somme de dix livres tournoys à lui taxée et allouée », pour des travaux supplémentaires divers, nécessités par la pose de la fontaine.

En 1778, lors du percement de la rue Royale, la fontaine fut démolie et déposée à l’Hôtel du Gouvernement ; la municipalité, en 1820, la fit réédifier sur la place du Grand Marché.

La Fontaine de Reaune est un monument délicieux, qui fait grand honneur aux maîtres maçons et tailleurs de pierre tourangeaux par son élégance et son originalité. Elle se compose de cinq parties ou étages en retrait les uns des autres, formant pyramide de marbre blanc, au-dessus d’un bassin en pierre. Le plan dessine, pour le soubassement, à sa base, quatre segments de cercle, au dé et à la corniche, un quadrilatère à arêtes abattues et à côtes concaves ; pour la pyramide, tout d’abord quatre segments de cercle, puis un carré, et finalement un cercle parfait. Au premier étage, se voient quatre écussons aux

(2) Registres des Comptes municipaux de Tours, t. LVII, f° 220.

Fontaine de Beau. ne, a Tours Œuvre de Bastien et Martin Françoys

MAITRES MAÇONS TOURANGEAUX

armes de Beaune-Semblançay ; au deuxième, les armes de la Ville de Tours ; au troisième, les armes de France simple, et celles de France-Bretagne, et entre ces armes les chiffres L. A., ceux de Louis XII et Anne de Bretagne ; au quatrième, ces mêmes chiffres couronnés ; et au cinquième, les attributs de la Passion. Le conoïde est semé de fleurs de lis de France et d’hermines de Bretagne. La cordelière d'Anne de Bretagne figure souvent dans les moulures. La pyramide était autrefois terminée par une terrasse ornée de fleurs au naturel ; au centre de la terrasse, se dressait une couronne émaillée, surmontée elle-même d’une figuration de la scène du Crucifiement, avec la Vierge et Marie-Madeleine. Ferry Hutel avait fondu ce groupe, Jehan Guérin l’avait réparé au ciseau, Michel Pellu et Jehan Guérin l’avaient doré, et Jacques Lambert l’avait bruni. La peinture des armoiries était de Jehan L’Fschallier, dit le Mistc, « painctre et victrier ».

Pendant cette même année idio, Martin et Bastien Françoys reçoivent du trésorier de la Ville de Tours la somme de sept cents livres tournois pour la reconstruction de deux piliers du grand pont sur la Loire. Martin figure encore dans les Registres des Comptes municipaux des années 1 5 14, 1 020, 1 52 1 et 1 523, comme ayant reçu diverses sommes pour des réparations ou reconstructions d’arches faites aux ponts sur le Cher et sur la Loire.

En i520, Martin et Bastien Françoys sont chargés d’une expertise sur une grande maison, ayant autrefois appartenu à maitre Adam Fumée, sieur des Roches, située entre la Grande-Rue et l’église du couvent des Cordeliers, que ceux-ci veulent acheter pour l’agrandir (1).

L’année suivante, la Fabrique de la paroisse Saint-Vincent s'adresse à Martin Françoys pour la reconstruction de la façade septentrionale de l’église, et, le i5 juin, fait marché avec lui en l’étude de maître Etienne Viale, notaire à Tours (2).

Martin Françoys mourut entre les années 1024 et Ô26, dans sa maison de la rue de la Parcheminerie, paroisse Saint-Etienne, à Tours ; un acte en date d’avril 1527 fait mention du nom de sa veuve, Marguerite de Forcelles.

Le portail nord de

l'église Saint-Vincent à Tours.

Mort

de Martin Françoys

L’œuvre personnel de Bastien Françoys n’est pas moins important que celui de son frère.

L’historien d’Amboise, L.-A. Bossebœuf, a attribué la construction de la tour Hurtault du château à ce maître, dont le monogramme se trouverait dans une décoration de lettres découverte par lui à la partie supérieure de la tour au dehors ; il pense en outre, qu’il ne serait pas resté étranger, ainsi que Michel Colombe, aux plans de la chapelle Saint-Biaise (3).

(1) E. Giravdet : Les artistes tourangeaux, p. 179-180.

(2) Celte église, aliénée en 1791, a été convertie en une maison particulière; on y voit encore des arceaux et quelques colonnes à chapiteaux.

(3) L.-A. Bossebœuf : Ibidem, p. 293-299.

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