CHAPITRE ONZIÈME
Pierre Valence « menuysier ».
Tierre Valence à Blois.
« qu’i! vint pour visiter la fontaine, et à l’Ytalien pour sa despense, par quittance « du vmc avril. » L’Italien en question est Bertrand de Meynal chargé d'amener de Gènes à Gaillon le présent de la République de Gênes, et d’assurer le montage de cette œuvre d’art de grand prix. Dès que toutes les pièces en sont arrivées, Pierre Valence reçoit un salaire fixe de 20 livres par mois, qu’il touche en avril et en mai. Au mois d’octobre, les Comptes le signalent de retour à Gaillon venant de Tours « pour visiter la fontaine »; et, au mois de février i5oc), il fait le même voyage. L’érection de la belle fontaine du jardin fut, sans doute aucun, l’œuvre du célèbre fontainier.
Au cours des années i5o6 et 1607, Pierre Valence exécutera les lambris de la Grande galerie, de la chapelle et de la chambre du Lydieu, et sera qualifié, dans les Comptes, à ce propos, « menuysier ». Les lambris de la Grande galerie lui furent payés 196 livres. Pour les autres, il avait traité au prix fait de 35 sous la toise.
L’artiste n’en faisait pas moins et régulièrement de fréquents voyages à Amboise, Blois et Tours. Des travaux importants l’appelaient dans cette dernière ville; et pour les autres, résidences royales, le cardinal y mandait l’artiste pour être renseigné périodiquement, par lui, avec précision, sur l'état d’avancement des bâtiments et des jardins de son cher Gaillon. Peut être aussi, vint-il à Blois, tout au moins une fois, pour y besogner de son métier de « menuysier ».
Au mois d’avril i5o6, Pierre Valence, sur l’ordre du cardinal, partait pour Blois, en compagnie de monsieur de Saulveterre, chancelier et chanoine de Rouen, et recevait pour ce voyage 3o sous. A cette date, il était fait au château de Blois des travaux considérables pour l’ornementation des Jardins bas. On y avait érigé une fontaine de marbre blanc à deux vasques superposées. Pour fournir de l’eau à cette fontaine, après avoir creusé dans le jardin un puits inutile, on avait entrepris de faire une brèche dans la chaussée de l’étang de Pigelée, situé à environ trois kilomètres de Blois, et de conduire l’eau jusqu’aux jardins, au moyen de tuyaux souterrains. Il est à supposer que Pierre Valence et le chanoine de Rouen, préposé au contrôle financier des travaux de Gaillon, avaient été envoyés à Blois par le cardinal afin que ces personnes de confiance lui fissent connaître les résultats de cette entreprise, en vue de ce qu’il projetait de faire pour les jardins et les fontaines de son château. Pacello de Mercoliano, le jardinier italien de LouisXII, échoua complètement. En i3o5, la Cour des Comptes de Blois consentait une indemnité de q5 livres aux fermiers des étangs de Saint-Bohaire et de Pigelée, qui n’avaient pu jouir de ce dernier à cause des travaux; et, en 1 507 , en renouvelant le bail, la Chambre imposait au nouveau fermier la charge de « reffaire la chaussée dudit estang, qui a esté « rompue, et combler entièrement ce qui a esté démoly et gasté en icelluy « estang, au moyen de la dite fontaine » (1). La fontaine en question était
(1) Archives nationales : K. K. 902, f°‘ 47, V" et 55. De Croy \ N ouveaux documents four V histoire de la création des résidences royales des bords de la Loire, p. 120.
MAITRES MAÇONS TOURANGEAUX
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insérée dans « un édifice de figure octogone, de plus de sept thoises de diamètre « et de plus de neuf thoises de hault. . . qui faisoit comme un grand salon, cstoit « de charpente, mais d’un bois extraordinairement bien travaillé. .. , n’étoit clos « que par des treillis de bois.. . » et dont les deux dômes « estoient lambrissez « d’une menuiserie très délicate... » (1). Ne peut-on faire l’hypothèse vraisemblable, d’une intervention effective de Pierre Valence dans l’exécution, sinon dans la conception, de cet édicule ? Vers le même temps, une construction semblable, on vient de le voir, était édifiée à Gaillon.
Fn i5i 1, la municipalité de Blois confiait à Pierre Valence l’installation de plusieurs fontaines publiques. Les Comptes de la Ville font, de cette année-là à 1 522, mention de travaux exécutés, dans ce but, parle maître, aidé par deux collègues tourangeaux, Bertrand Collas et Jehan Ferrant. Il est question notamment d’une visite et de réparations « à l'aqueduc taillé dans le roc et attribué aux Romains », ainsi que de la pose de tuyaux neufs en terre cuite, fabriqués à Vançay (2).
Au mois de novembre i5o6, la municipalité de Tours s’étant décidée, Pierre Valence après en avoir reçu l’autorisation du roi, à faire venir des « eaux vives » dans a lours-
la ville, « s’adressa à Pierre Vallence, ouvrier estant en court, pour savoir de luy « ce qu’il pourroit couster à chercher fontaines, que on puisse faire venir »(3).
Arrivé à la fin de décembre, le maître commença ses recherches dès le 4 janvier 007. Il fit suivre par ses ouvriers le cours de la fontaine de Limançon à Vançay-Saint-Avertin, au-dessus de la source visible, et ordonna sur ce point la construction d’un premier bassin, qui était achevé en octobre ; et, après avoir poussé les tranchées jusqu’à 140 toises au-dessus de ce premier bassin, il en faisait construire un second de 8 toises de long sur 4 de large.
L’année suivante, à l’aide de batardeaux, les tuyaux d’amenée d’eau étaient placés dans le lit du Cher; et, en 1509, les eaux arrivaient à Tours, où elles étaient reçues dans trois réservoirs établis successivement sur trois points de la ville.
Vers ce temps, en i5o8, Pierre Valence était appelé à Rouen par Antoine Retour de Pierre Valence Bohier, abbé de Saint-Ouen, pour organiser la conduite des eaux d’une fontaine en marbre qu’il voulait faire placer dans le jardin de l’hôtel abbatial. Là aussi, comme dans le Palais archiépiscopal, se montre le céramiste. Il exécuta « deux armories de carreaulx esmaillés où sont les escuchons et armories de Monsr, assis au devant du corps de la maison sur la court » ; elles lui furent payées 3 livres 10 sous (4).
(1) Félibien : Ibidem, p. 21.
(2) Dr Giraudet : Les artistes tourangeaux, p. 381.
(3) Deville : Ibidem, p. CXIII, en note.
(4) L.-A. Hossebœcf: Réunion des Sociétés des Beaux-Arts des départements, 33’ session 1909,
Pierre Valence « maistre fontainier du roi et de la Ville de Tours ».
Mort
de Pierre Valence.
Germain Valence.