LA TRADITION' DU CULTE DE L* ANTIQUITE EN FRANCE
de Poitiers, Fortunat, saint Avit, etc., n’ont-ils pas connu et admiré les œuvres des poètes antiques? Et les artistes se sont constamment inspirés des mythes, des symboles et des légendes que ces poètes ont créés. Vers 1218, Marie de France décrit ainsi les peintures qui décorent la chambre d’une grande dame :
La caumbre est painte, toute entiur :
Venus, la dieusse d’amur,
F u très bien mis en la painture,
Les traitz mustrez è la nature,
Cument hum deit amur tenir,
Et lealment è bien servir.
Le livre Ovide it il enseigne,
Comment cascuns d’amur tesmegne En un fu ardent les jettont ;
Etuz iceux eseumengont Ki jamais cel livre lireint Et su enseignement fereint.
Au xiv* siècle, l’Antiquité et l’Histoire sainte se partagent les romans de chevalerie, les chansons de gestes, et les décorations picturales et sculpturales des châteaux et des hôtels. Les haut-liciers, les sculpteurs et les peintres aiment autant à reproduire les légendes héroïques d'Hector, d’Alexandre, et de César que celles de Josué, de David, de Charlemagne et d’Artus. Pour accompagner les Neuf Preux sur la cheminée du château de Coucv, Louis d’Orléans fait chercher dans la Fable Deïphile, Thomyris, Hippolyte, Penthésilée et les Amazones. La mythologie pénètre jusque dans les couvents par les imagiers. Le bassin du Lavatoriumde l’abbaye de Saint-Denis, exécuté au temps de Philippe- Auguste, est décoré des têtes de Paris, d’Hélène, de Vénus, de Pan et de Jupiter, etc. Les noms des grands maîtres anciens de l’art ne sont point ignorés. En 1400, lorsqu'on consacra, dans la chapelle du couvent de Chailly, près de Senlis, une statue de la Vierge en marbre blanc, Jean de Montreuil, secrétaire de Charles VI’, écrivait en latin à Nicolas de (démanges, qui fut secrétaire de l’antipape Benoit XIII : « On croirait qu’elle est l’œuvre de Lysippe et de Praxitèle. » Peu à peu, sous l’influence de ce culte de l’Antiquité, on délaisse même si fort les types traditionnels de la littérature nationale que Charles Bourdigné, dans son « Maître Pierre Faifeu », s’écrie avec une joie ironique :
Vos mots dorés garderont la boutique :
Et Peregrin qui a tant mugueté,
Les Douze pairs sont devenus étiques,
Artus est mort et Lancelot gâté.
En demandant à l’Antiquité et à la mythologie les thèmes de la décoration des façades des châteaux, des hôtels, des palais, et même parfois des édifices religieux, l’architecture de la Renaissance ne faisait que continuer les traditions de l’architecture du Moyen âge, qui s’en était constamment inspirée. Si
La décoration de la chambre d’une grande dame, au commencement du xiiic siècle.
L’Antiquité dans l’art, au xive siècle.
L’Antiquité, thème familier des tailleurs de pierre du Moyen âge.