‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 17 sur 236 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

L’Antiquité, thème de décoration des rues et places, lors des entrées de rois, princes, etc.

les habiles tailleurs de pierre des chœurs de Saint-Pierre de Caen et de l’église de Tillières ont représenté, dans les pendentifs et tympans des voûtes, en compagnie de saints et de saintes, de Moïse, de David, etc., Déjanire, Vulcain, Cérès, Jupiter et Hercule, etc., ils pouvaient justifier cette libre fantaisie et cette audacieuse ingénuité par l’exemple de leurs vieux maîtres qui, dans les cathédrales, avaient sculpté ces mêmes images, auxquelles le peuple prenait toujours intérêt et plaisir, comme au temps passé.

On a prétendu que c’était Le Rosso, Primatice, Benvenuto Cellini, etc., qui avaient révélé aux artistes français la poésie de l’Antiquité, qui leur avait enseigné la grâce féminine. Le mythe satirique du Lai d’Aristote, qui symbolise la supériorité de la Beauté sur la Philosophie, ne fut-il point le thème favori des imagiers du Moyen âge, qui le sculptaient à l’envi aux porches des églises, sur les chapiteaux des colonnes des nefs, sur les stalles des chœurs, dans les arceaux des cloîtres, et même jusque sur les tombeaux ?

Lors des réjouissances publiques, cortèges et mystères, organisés à l’occasion d’entrées de souverains, de princes et hauts personnages, se manifeste constamment chez les ordonnateurs, qui sont toujours les maîtres des œuvres de maçonnerie des villes, la préoccupation de rappeler la mythologie et l’Histoire ancienne, en ce qu’elles pouvaient offrir d'ingénieuses, pittoresques, et galantes allusions aux vertus, mérites et exploits de ceux qu’on voulait honorer. Assurément, ils n’auraient point eu cette préoccupation s’ils n’avaient été certains, par une longue expérience, que ces allusions seraient comprises et admirées par les petits bourgeois, marchands, artisans, ouvriers et manants, à la fois acteurs et spectateurs dans ces fêtes.

Dans les Comptes des ducs de Bourgogne, — 1453-1454 — , sont mentionnés des payements pour des « jeux de mistère qui estoient du roy Ector et Arci lies ( Hector et Achille) ».

Le programme de l’entrée de Charles VIII à Lyon, le 7 mars 1489, dressé par Jehan de Paris, en collaboration avec le maître maçon Clément Trie et le peintre Jehan Prévost, comprend entre autres mystères celui-ci : « En la place « tirant à l’hostel Balavin sera faict le cheval Pegasus avec un homme Bonne « Renommée ayant une épée nue à la main, l’ung et l’autre se tiendront « en l’air. »

Lors de la première entrée de Louis XII à Lyon, le 10 juillet 1499, on vit un Neptune traîné sur un char par des Sirènes, précédées de Tritons embouchant des trompettes.

Le 2 août 1 5 1 7, François T1' honorait d’une visite « sa bonne ville et cité de Rouen ». La décoration des places, des carrefours et des rues, fort magnifique, fut toute entière inspirée de l’Histoire ancienne et de la mythologie. Au sortir du pont, carrefour du Paon, on voyait les Titans foudroyés par Jupiter, à l’admiration de tous les dieux de l’Olympe. Au carrefour de la Crosse, « estoit une

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