CHAPITRE DOUZIÈME
La première œuvre importante et authentique de Bachelier à Toulouse, sur laquelle on possède aujourd’hui des documents d’archives, est l’Hôtel de pierre primitif. Le 5 mars 1 538, Jean de Bagis « docteur ès droitz », conseiller ordinaire du roi en son grand conseil ( 1), et Nicolas Bachelier, et Antoine de L escale, « maistres maçonniers de la cité de Tholoze », passaient un « bail à besogne » pour la « construction et édiflication d’une mayson... suivant le plan « et pourtraict qui par eulx, ensemble monsr le prieur de la Réole, a esté faict, qui « est signé de la main des dit maistres maçons » (2). Dans le bail il est spécifié que :
« Les d. maistres maçons seront tenuz fère et construire tant les arvoltz « (voûtes) que murailles nécessaires pour le prix de six cannes pour deux escuz « petits comprins tant plain que vuyde en la forme que s’ensuit, assavoir est « de deux tuiles et demye les fondemens jusques à Heur de terre et de fleur de (.< terre jusques à la première estaige de deuxtuyles de poincte, et de la seconde « estaige de tuyles et demye la tierce estaige de deux demys tuyles, et le tout « suyvant le d. plant.
« Les d. maistres feront les cheminées nécessaires en la d. mayson selon la qualité du d. plant et édiffice à dix escuz petits chascune pièce.
« Seront tenuz de faire les autres cheminées des chambres et arrière cham- « bres à arc de moulure au pris de six escuz petitz chascune, excepté que si les « cheminées, tuyles et moulins qui sont à présent en lad. place seront employées « par les d. maçons à l’usaige et service d’icelle mayson, leur sera satisfaict de « leur travail et peine à l’arbitre de deux maistres, ou bien desduict, au « prouffict du d. de Bagis, du d. pris que dessus de la tailleur qui sera employée « ainsi que de rayson.
« Les d. maistres seront tenuz faire les fenestres et crozécs à l’antique, « piliers carrez ou deux demy colonnes rondes, pour le pris de quinze escuz « petits chascune.
« Et les deux demy fenestres qui seront faictes à la d. façon au pris de « huict escuz petits chascune.
« Les d. maistres seront tenuz fère la viz à repoz suyvant le d. plant, en (f poyant par le d. de Bagis au d. pris de six cannes pour deux escuz, poyant « pour palm. de pierre des d. marches au d. pris de troys soulz pour palm.
« Le d. de Bagis sera tenu payer aus d. maistres cinq escuz petitz pour « chascune fenestrc carrée qui sera en la d. viz, ou bien si est fenestre entière et de la façon susdite là où sera besoing,au d. prisde fenestre entière. »
(1) Jean de Bagis était un personnage jouissant d'une grande considération et d’une autorité particulière en matière administrative et financière. Par lettres patentes royales, en date du 25 avril 1552, il recevait commission de Henri II, avec Pierre et Michel du Faur, et François Bertrand, pour la vente de 120.000 livres du Domaine du roi. (Archives de la Ville de Toulouse, A. A. 20. Document cité par C. Douais : Ibidem, p. 12S.)
(2) C. Douais : L'Art à Toulouse, matériaux -pour servir à son histoire, du XV* au XVIII* siècle, 1904, in-8°, p. 128.
Hôtel d’Assézat, a Toulouse Œuvre de Nicolas Bachelier
MAITRES MAÇONS TOULOUSAINS
Le 21 juin ib3c), quittance était donnée à Mc Jean de Bagis, par devant maistre Hugues Carrerii, notaire à Toulouse, pour l’achat de 40.000 briques pleines du prix fait le 10 mars par « maistre Guillaume Arnauld de Bagis, son « frère, curé de la cure de Malbec, de Pierre Serres et Pierre Castain du Port « Garauld et faulxbors Sainct Michel de Tholoze ... de la somme de cent escuz « d’or soleil chacun de la valeur de quarante cinq solz tourn. . , en présence de « Nicolas Bachelier, maistre masson, maistre Pierre Bama, banquier, de Bernard « Galy, prebtre, habitants de Tholoze. . . » (1)
La construction était achevée en 1539. Le 17 mai, les deux maîtres maçons donnent quittance de ce qui leur était encore dû à cette date (2).
La façade de l’hôtel bâti pour Jean de Bagis est disparue; François de Clary, premier président du Parlement de Toulouse, qui en devenait propriétaire, en 161 1, par son mariage avôc Gabrielle de Guerrier, la remplaça par la façade à l’ornementation exhubérante, qu'on voit aujourd’hui. Les façades de la cour furent, également, en ce temps-lâ, transformées pardes surcharges de décor, qui leur ont fait perdre leur caractère originel. Maison peut en imagination restituer l’œuvre de Nicolas Bachelier, dans les corps de bâtiment de la cour (3).
L’hôtel comprend un corps de logis sur la rue, un deuxième entre cour et jardin, avec deux ailes en retour sur la cour, en murs de briques et ornementation de pierre, le tout à un rez-de-chaussée et deux étages. Les façades sur la cour présentent une ordonnance architecturale uniforme, saufau rez-de-chaussée, où, dans l’aile méridionale et aux deux côtés du corps de logis sur la rue, est établie une large galerie à arcades cintrées, divisées en cinq travées. Cette galerie semblable à celle de l’Hôtel de Pins et de l’Hôtel d’Assezat servait de promenoir intérieur. Dans les autres parties, le rez-de-chaussée otlre un rang de croisées. Aux deux étages, les façades sont ajourées par des fenêtres « à l’antique », à double étage de colonnettes et pilastres, et dont les chambranles portent sur des consoles en pierre à ornement feuillagé. Au-dessus, se développe un attique formé par des extrémités de fûts de pilastre avec une feuille épanouie recouvrant la moulure ronde de la corniche en guise de chapiteau. Au milieu de la façade du corps de logis, entre cour et jardin, s’ouvre une porte monumentale ornée de deux figures d’hommes engainées, supportant une corniche que surmonte un fronton carré, et aux angles de laquelle sont placés deux génies qui soutiennent
Description de l’Hôtel de pierre primitif.
(1) Archives des notaires, Hugues Carrerii, not. tov. Registres années 15381541, f’ Illj , V*. Document publié par C. Douais, Ibidem, p. 131.
(2) Archives des notaires à Toulouse, Hugues Carrerii, not.; Registres de 1538 à 1541, f* LXXVj, V*. Pièce publiée par C. Douais : Ibidem, p. 131.
(3) L’Hôtel de Iluisson, seigneur de Mirabel, que le conseiller De Cheverry achetait, en 1535, et faisait agrandir de deux corps de bâtiment, a, dans la cour, des fenêtres qui ressemblent fort à celles de la cour de l’Hôtel de pierre.
Cette même cour fut imitée, deux ans après sa construction, au château de Pibrac, bâti pour un membre de la célèbre famille toulousaine : Les Du Faur.
L'Hôtel d’Assezat.
Pierre d’Assezat.
Légende du Primatice architecte
de l’Hôtel d’Assezat.
Bail à besogne pour la construction de l’hôtel.