‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 163 sur 236 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

des écussons. Cette porte conduit à l’escalier de l’hôtel, à rampes droites séparées par deux murs, ce qui était une innovation à Toulouse, en ce temps-là.

Le fameux Hôtel d’Assezat (i) est également une création de Nicolas Bachelier.

Pierre d’Assezat était un de ces négociants, expérimentés et hardis, qui concentraient habilement dans leurs mains tous les commerces importants et rémunérateurs : blés, étoiles, pastels, et, très vraisemblablement, faisaient aussi la banque, arrivant par là rapidement à des fortunes énormes. Il appartenait, troisième enfant sur sept, dont trois filles, à une famille originaire d’Espalion et de Saint-Ceniez-d’Olt, dans le Rouergue. Venu à Toulouse vers 1 53c), associé tout d’abord avec ses deux autres frères, aux prénoms de Noël et de Bernard, qui moururent vers i 545-1546, il continua seul les aflaires avec ses capitaux personnels augmentés de ceux de ses deux neveux, fils de Noël, et les étendit d’une façon extraordinaire. Il commerçait non seulement avec toutes les grandes villes de France, mais avec l’Angleterre et les Flandres. Son mariage avec la fille d’un autre grand commerçant de Toulouse, Peyronne de Cheverry, accrut encore sa fortune par l’apport d’une dot considérable. Ses concitoyens l’élisaient capitoul en i55o, puis en 1 56 1 . Il embrassa la religion protestante; et, pour ce fait, il fut poursuivi et condamné par un arrêt du Parlement de Toulouse en date du 2 mars 069; mais, le 27 juillet, Charles IX le graciait et ordonna de surseoir à la saisie de ses biens. Pierre d’Assezat mourut le 20 août 1 58 1 . En 1 5 5 3, le riche négociant toulousain avait décidé de se faire construire un hôtel, très probablement en vue de son prochain mariage avec Peyronne de Cheverry.

Une légende a fait pendant longtemps attribuer l’Hôtel d’Assezat au Primatice, qui l’avait élevé, sur l’ordre et aux frais de François Ior, pour sa sœur Marguerite d’Angoulême. Cette légende, comme toutes celles du même genre, était fausse de tous points. Deux documents authentiques permettent de restituer à Nicolas Bachelier, sans contestation possible, cette superbe construction, l’une des plus belles œuvres de l'Architecture toulousaine. C’est d’abord le « bail à besogne » passé le 26 mars 1 5 5 5 , devant M° Bolaroti par le riche marchand avec Jehan Castanié, dit Nicot « maçon de Tholoze » où il est convenu que celui-ci, « a prins à fère demollir et bastir à noble Pierre Assczat, « bourgeois de Tholoze... soubz les dietz articles qu’il a dict avoir été faietz « escripre et ordonne à MR Nycolas Bachelier » (2). Et ensuite c’est une quittance donnée, le 4 août 1 557, par 1& veuve de Castanié d’une somme de 1.579 livres 10 sous, après réception des travaux par Dominique Bachelier, fils de Nicolas,

(1) Actuellement l’Hôtel des Sociétés savantes, donné îi ces sociétés par son dernier propriétaire, M. Ozenne.

(4 C. Douais : Ibidem, p. 167.

MAITRES MAÇONS TOULOUSAINS 2 JD

assiste de Guillaume Blanc, Antoine Vault et Raimond Sudre « massons de « Tholoze, qui ont visité et estimé la dicte besoigne estre ce que le dict Castagnié « avoir faict en la dicte raison du prix convenu et jusques au jour de son trépas » (i).

L’extérieur de l’Hotel d’Assezat, qui ne se fait remarquer que par une porte à bossages, n’a rien qui fasse prévoir la beauté architecturale des corps de batiment sur la cour. Ces corps de bâtiment, formant deux ailes en équerre, présentent une riche et majestueuse ordonnance de trois ordres superposés. Kntre les colonnes accouplées de ces ordres s’ouvrent les fenêtres plein cintre à l’étage supérieur, rectangulaires et couronnées d’arcades aux étage inférieurs. A la jonction des deux ailes, s’élève une cage d’escalier carrée, à moitié en hors d’œuvre ; cette cage sert de base à une tourelle, couverte par une plateforme à balustrade, surmontée d’une lanterne de forme octogonale. Le troisième côté de la cour est le revers du corps de bâtiment sur la rue; il a un portique dorique qui supporte un attique à pilastres, avec fenêtre géminée, couvert de fines arabesques, et une galerie en encorbellement. Sur le quatrième côté, de puissantes consoles soutiennent une autre galerie en encorbellement.

Nicolas Bachelier fut-il le maître maçon de Jean de Pi ns, évêque de Rieux.qui, après avoir hérité de l’hôtel de famille situé rue des Vieilles-Hunyères (2), vers i53o, y fit apporter des modifications considérables dans l’architecture et dans l’ornementation, afin de le mettre à la mode ? On peut le penser, parla comparaison des parties tranformées, dont l’ordonnance, large et sobre, a toujours été remarquée, avec les parties primitives de l’Hôtel de Bagis ou de pierre. L'Hôtel de Pins présente notamment la particularité d’une galerie sur les deux côtés de la cour qui ne se retrouve qu’aux Hôtels de pierre et d’Assezat. Lorsque Jean de Pins mourut, le 1 5 novembre 1 53 y, Jean Nolet, riche bourgeois de Toulouse, acheta son hôtel ; après l’avoir habité un assez long temps, il le fit remanier de nouveau par Nicolas Bachelier. Le 22 mars 1 5q5 , par acte passé devant le notaire Labeyrie, Jean Nolet commandait à Nicolas Bachelier, maître maçon, « six croisées en pierre rousse à la moderne, en la forme et manière des autres « croisées de la même maison, au prix de vingt livres chacune; puis quatre « fenêtres bâtardes à deux croisées, au prix de douze livres, et six gargouilles « pareilles à celles de la maison du Juge mage, au prix de cinq livres « chacune » (3). Il est peu probable que Nicolas Bachelier aurait accepté de

(1) C. Douais : Ibidem, p. 168.

(2) Aujourd’hui, rue des Chapeliers.

(3) Bachelier s’engageait en outre à poser les chéneaux pour les eaux de pluie d’un pan et demi de large et d’un pan d’épaisseur, puis fournir et poser les pierres sans moulures telles que gaffonnières (pierres dans lesquelles se scellent les gonds), barrolières (montant de la croisée où se fixent les grilles), solhets (appuis de la croisée), et couvertes (linteaux) à raison de trois sols le plan, Nolet devant fournir le mortier et les tuiles nécessaires. Le client paya, en déduction du prix fait, la somme de cent huit livres quinze sous tournois, en cinquante écus d’Espagne, et s’engagea, dans les formes ordinaires, à payer le reste à mesure de la continuation des travaux qui devaient être terminés au mois de mai. — Archives des notaires de Toulouse.

L’Hôtel de Pins œuvre présumée de Bachelier.

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