‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 165 sur 236 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

notamment la clôture du chœur et deux chapelles aux Cordeliers, l’autel de saint Etienne, et la Renommée qui surmontait autrefois le Donjon et qui forme le couronnement actuel de la Colonne Dupuy.

L’historien Catel (1) affirme que la clôture du chœur des Cordeliers fut élevée en 1 535 par Nicolas Bachelier ; Lavigne (2) objecte que le Christ qui surmontait la clôture et quelques autres figures furent sculptés à Albi ; mais J. de Malafosse a fait observer qu’une fantaisie de donateur peut fort bien expliquer cette particularité, sans que l’on doive en conclure que Bachelier ne fut dans cette circonstance qu’un simple entrepreneur.

Quant à l’autel de saint Etienne et au rétable qui le surmontait, Dupuy- Dugrez en a laissé une description enthousiaste, faite <i de visu », cette œuvre d’art n’ayant été détruite qu’à la Révolution; et il l’attribue formellement au maître toulousain, qui l’aurait exécutée en i53q (3) :

« Y a-t-il rien de mieux imaginé, dit-il, que l’autel de la paroisse de « Saint-Etienne où pour représenter en ronde-bosse la mort delà Sainte Vierge, « mère de Dieu, à laquelle nous savons par tradition que se trouvèrent tous les « apôtres, l’ouvrier a fait un corps d’architecture qui règne dans toute l’étendue « des deux crédences et de l’autel. Il est soutenu de huit colonnes et il y en a « quatre sur le devant et autant sur le derrière. Les deux angulaires antérieures « sont torses, très bien ornées et d’un ordre composé. Elles ont leurs piédestaux « de même ordre. Les autres six sont d’ordre corinthien, dont deux sont placées « derrière les torses, à chaque aile, avec des piédestaux convenables, et les quatre « du milieu sont posées sur un grand soubassement de même hauteur que les « piédestaux des colonnes angulaires et de la profondeur de l’ouvrage. Toutes « ces colonnes soutiennent un entablement et un sofite, et l'autre colonne du « milieu, étant de toute la longueur de la table, forme une espèce de pavillon.

« C’est là que Bachelier a disposé son histoire ; mais si dégagée que c’est « un enchantement de la voir. Il y a sur le devant trois apôtres à genoux qui « expriment tendrement leur tristesse ; on en voit un autre debout à côté, et « deux qui entrent dans leur pavillon en embrassant les colonnes qui le « soutiennent. La Vierge est couchée sur un lit, les yeux fermés et les mains « jointes vers le ciel. Les autres dix apôtres sont de l’autre côté du lit dans des « attitudes différentes qui marquent assez leur douleur, de sorte qu’en voyant « cet ouvrage on se sent en même temps touché de cette histoire. Il a même « observé les règles de l’optique faisant les figures les plus éloignées un peu « plus petites que celles de devant, toutefois d’une manière imperceptible. Mais, « parce qu’un tabernacle aurait caché son histoire, il a fait une espèce d’arche « d’alliance, sur laquelle on voit un petit enfant qui dort et un ange qui répand

(1) C.iTEr. : Mémoires de V histoire du Languedoc , p. 217.

(2) Lavigne : Comptes rendus de V Académie des Sciences de Toulouse, 1879. •'

(3) Duruv-DuGREZ : Traité sur la feinture, 1699, p. 28-35.

MAITRES MAÇONS TOULOUSAINS

« des Heurs sur lui. C’est dans ce coffre qu’on resserre le saint ciboire.

« Sur ce corps inférieur il y en a un autre de quatre colonnes corinthiennes « avec leurs piédestaux, assis à plomb sur celles du premier. Elles portent un « entablement et un sofite, sous lequel, dans l’autre colonne du milieu et dans « une niche fort large, on voit une image assise de la Sainte Vierge, 'fous ces « petits enfants tiennent entièrement de la manière de Michel-Ange et de « Donatelle car ils sont un peu musclés et font un bel effet dans la sculpture, « lorsqu’ils sont vus d’un peu loin.

« Les apôtres de l’autel Saint-Etienne sont merveilleusement bien habillés; « l’étoffe est assez légère pour masquer le nu que faisaient les plis et assez forte « pour convenir à des personnes de leur état. »

L’attribution à Nicolas Bachelier de la Renommée est due à Lafaille (i), qui n’a apporté à l’appui aucun document officiel.

Un arrêt du Parlement en date du 18 juin i55q mentionne « Nicolas Bazelier, maistre maçon et tailleur de pierre » comme adjudicataire de la démolition du Château narbonnais, à Toulouse (2).

Nicolas Bachelier « ymagier et architecteur » et Michel du Faur, Juge mage de Toulouse, seigneur de Saint-Jory, signaient, les 27 avril et 1 7 mai 1 5q5, par devant le notaire Labeyrie, un bail à besogne (3) « pour certain édiflice « de masonnerie que le d. seigneur veut fère en sa maison et chasteau de « Saint-Jory » (4).

Il s’agissait de transformer au goût du jour certaines parties du vieux manoir, de façon à en faire une résidence plus plaisante et plus moderne. Le bail contient à ce propos les renseignements techniques les plus détaillés, et nous fait connaître avec précision les nouvelles dispositions architecturales et ornementales qui constituent « la besoigne... articulée et démonstrée par le portraict et montre faietz de la main du dit Bachelier ». On en peut restituer, pour ainsi dire, imaginativement son œuvre originale et pittoresque.

« Fera le d. Bachillier une grande porte laquelle aura d’ouverture douze « pans de large et dix huict de haut, de laquelle les deux voustes et le dessus « jusqu'à l’architrave sera faict à la rustique, le tout de pierre grysse et dure « piquée et laborée, de sorte qu’elle semble estre plus tost naturelle qu’arti- « ficielle, excepté les pierres de l’ambaissement de la d. porte et celles de la « retumbée de l’arc, qui seront toutes plaines sans piqueure ...

« Sur le d. bas ordre rustique, le d. Bachillier fera ung archibanc dorique « et frize... et gravera en icelle d. frize la lettre romaine et mottet qu’on vouldra...

« Despuy sceste dicte première cornice qui sera corinthe le d. Bachillier

Le château de Saint-Jory oeuvre de Bachelier.

Bail à besogne pour la construction du château.

(1) Recueil de Malenfant, t. VII, p. 82.

(2 et 3) C. Douais : lbidem/ p. 132-139.

(4) Il ne reste plus que des ruines de ce château, situé au nord-ouest de Toulouse.

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