‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 166 sur 236 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

« mectra ung petit marchapied ou pieddestail sur lequel seront plantées quatre « colonnes et la fenestre croisiée pareillement à laquelle servira icelluy piedestail « d’acouldoir...

« Les d. quatre colonnes assizes dessus le d. piedestail seront corinthes « avec leurs basses et chapitcaulx bien laborez ; et les trônez et corps des d. <( colonnes auront ses troys quartes parties hors de la murailhe parfaictement « laborez et faietz leurs doulx en tasis ou en fleuve et canellés tout au long de « leurs canelleures requises portant son demy rond, strilz et ornemens riches... et « faictes en tout à l’immitation de celles qui sont dedans l’église de la Rotonde (i) « à Rome, ou mieulx s’il est possible.

« Au milieu de ces d. quatre colonnes y aura une fenestre croysière enrichie « de colonnes doriques et de molures tout à l’envyron...

« La tierce estaige et sus la cornice y aura ung marchepied... Par les deux « coustés seront mises deux colonnes romaines ou conpousées avec leurs basses « et riches chapitaulx; et le traict et le corps d’icelles colonnes seront canellés « et striez richement ; et auront leur deux calhasize ou en fleure propre et non « excessive et mesures requises ; et seront accompaignées par les deux coustés « chcscune d’une griffe revestue de feulles d’anticque bien refendues et gravées « de tel art que l’oeil ne perde rien, combien que soient fort hault. Entre les « dictes colonnes romaines y aura une fenestre bastarde et deux ouvertures (' enrichies de colonnètes aussi romaines avec leur rière pillastres qui porteront « sus chacune fenestre ung arc et dessus les d. arez ung petit architrave et frize...

« ELdessus ceste petite frize y aura une cornicète ; laquelle pourtera le « dernier et tiers architrave romain, ensemble avec les deux colonnes romaines « dessus spécifiées ; et seront enrichies encore ces d. colonnes de la fenestre de « autres molures consonantes et bien sceantes par tout le tour et avec des feuilles « en forme de rolleau par les deux coustés qui serviront comme de voûtes...

(( Pardessus les sud. colonnes romaines stryées y aura un archivaut, frize « et cornize convenable à ordre romain ; et pour avoir plus de grâce et estre de « plus grande veue, la frize de ce tiers ordre romain portera neuf modillons ou « bouquetz profondément taillés et enfoncez pour estre plus apparens et visibles « de loing...

« Dessus la corniche romaine y aura ung amortissement tel qu’il est « desmontré par le d. portraict, ormys que au lieu du frontispice, demy rond, « deux rolleaux liez ensemble et quelque vaze sur le milieu ou fontaige sortant « de quelque feuillies. »

Le bail ajoute que « le dit Bachillier bastira le tout solidement, de telles « matières et de tel art et force que aucunes ventz, nèges, gresle^ tempeste, ne « aucune fureur de temps n’y pourra nuyrc, ny rien gasterdc sept générations ».

(1) I.e Panthéon à Rome.

MAITRES MAÇONS TOULOUSAINS

En 1 b 55 , dame Léonor de Bernuy, dame de Lasserre Carbonelle lez Le château de Lasserre. Montastruc, chargeait Nicolas Bachelier, qualifié « maistre masson, tailleur et architecteur de la ville de Tolozc » de dresser les plans et devis d’un château quelle voulait faire bâtir à Lasserre. Cet édifice était en briques pour les murs et en pierre blanche ou rose pour les encadrements de portes et de fenêtres, et pour les ornements. La mort du maître l'empêcha d’en terminer la construction.

Les travaux d’achèvement furent confiés, le 8 avril 1 55g, à Antoine Lescale « maistre des œuvres et réparations royalles en la sencschaussée de Tholoze (1 ) ».

Ravagé par les huguenots pendant les Guerres de religion, ce château fut restauré, sous le règne de Louis XIV, de telle façon qu’il ne reste plus rien de l’œuvre de Nicolas Bachelier.

On trouve le nom de Bachelier dans un acte d’estimation des murs et édifice de la maison de Pérenville, autrement dit le château de Terride, dressé le 6 juillet 1 55 1 , par lui eS: par un autre maître maçon, Hugues Néron, de Cajare, en vue d’un partage de biens que devait faire avec ses frères Antoine de Lornagne, baron de Terride, vicomte de Gimois (2).

Le maître aurait travaillé h Sainte-Marie d’Auch : on lui attribue les dessins des boiseries du chœur; et il y aurait sculpté quatre grandes figures (3).

Nicolas Bachelier est le maître d’œuvre de l’église de Montgiscard dont il commença, en 1 5-4-5, la construction, et qu’il acheva vers i55o (4).

Continuant la tradition des grands maîtres maçons qui étaient, le cas échéant, de véritables ingénieurs, Nicolas Bachelier étudia, avec Arnaud de Cazenove, le tracé d'un canal destiné à relier l'Océan à la Méditerranée; et il construisait, en 1 55q, le pont de Villedaigne.

L’illustre maître maçon mourut en 1 556. Mort Je Bachelier

Nicolas Bachelier eut un fils, qui embrassa la profession paternelle. en 1556.

Dans un acte qui concerne la construction d’une tour à cul-de-lampe formant l’angle de la Maison de ville de Toulouse sur la rue Neuve, en i5j8, Dominique Bachelier est qualifié « architecte, maistre des œuvres et réparations pour le roy ou la sénéchaussée de Tolose ». Ce maître donna les plans, en 1 582 , du château des Varennes en Lauragais, que M. de Saint-Félix, seigneur de ce lieu, procureur général en la Cour du Parlement de Toulouse, donnait à construire aux maîtres maçons Anglade et Lamouroux. par un prix fait de ia somme de

(1) J. de MaLAFOSSE : Ibidem, p. 241.

(2) Abbé Galabert : Bulletin de la Société archéologique de Tarn-el-Garonnc , 1901, 1" trimestre,

t. XXIV.

(3) Rraquehaye : Documents -pour servir à l'histoire des arts en Guyenne, t. II, p. 42.

(4) 23 août 1550. — Arrêt du Parlement obligeant le curé de Montgiscard à délivrer à Nicolas Bachelier la somme par lui reçue du legs fait par maître Louis David, jadis curé de Montgiscard, à la charge par Nicolas Bachelier de faire et parfaire le bâtiment de l’église suivant les conventions et pactes du 23 novembre 1541 (C. Douais, ibidem, p. 56).

Page 1