‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 170 sur 236 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

Michel Colin, maître d’œuvre de la Dalbade.

Gaspar de Molinier, conseiller du Roy en son Parlement de Tholose », le premier de la somme de 335 livres 2 sous et 8 deniers tournois « pour toutes «. tailhes et massonneries par luy faictes à la maison du d. sr de Molinier jusques « au présent jour »; et le second de la somme de 295 livres 18 sous 8 deniers « pour sur la besoigne par led. Bossac faicte au bastiment et maison dud. sr « de Molinier jusques au jour présent ». Par un autre acte notarial, en date du 20 janvier i55o, relatif à une donation de 6 livres faite en faveur de Françoise Razins, femme de Jean Molière ou Molhère, par Gaspar de Molinier, et à une dette de 4 livres i5 sols et d’une demi-barrique de vin, reconnue par le maître maçon à l’égard de sa femme, il est constaté qu’à cette date Jean Molière e'tait déjà en relation d’affaires avec le conseiller au Parlement. Une quittance, datée du 17 mars 1 552 , par Jean Pontié et Armand Barrière, maçons, de deux écus d’or pour vacations à l’examen d’une muraille dont la construction avait amené un conflit entre Gaspar de Molinier et Sébastien de Lafitau, conseiller en la cour du Parlement, prouve que les travaux de construction de l’hôtel étaient à cette date, fort avancés, sinon terminés.

Des documents d’archives de notaires récemment découverts (1) ont révélé le nom d'un autre maître maçon toulousain, Michel Colin, qui est le maître d’œuvre de l’église de la Dalbade et de son élégant portail. Il résulte du plus ancien de ces documents (2) que le dit « massonnier » avait passé le 29 janvier i53o un « bail » pour continuer et achever ladite église. Mais, sans doute, il s’était produit des difficultés financières qui avaient mis obstacle à la continuation des travaux. Le 22 avril 1 537 , un nouvel accord intervenait entre Michel Colin et « Messieurs Monseigneur maistre Bertrand de Resseguier, conseiller du roy, en « sa souveraine cour du Parlement de Tholose, maistre Jehan Legalis, procureur « en la dite cour, Jacques Detas, marchant, et Gailhard Prat, teincturier,ovriers (3) « de l’église de la Dalbade de Tholose, par lequel le premier s’engageait de fere « continuer et fère achever la d. esglise..., pour le temps et terme de troys ans, « commensant à la feste de Pentecoste prochenement venant..., pour le pris et « somme de seze cens livres tournois ».

De nouveaux incidents provoqués par des défauts de paiement des sommes convenues arrêtèrent la construction de l’église. Le 18 juin 1539, les « ovriers » de la Dalbade en exercice faisaient rédiger par le notaire Hugues Carrerii une protestation et une offre à Michel Colin de lui payer ce qui pouvait lui être dû pour les travaux exécutés jusqu’à ce jour et de lui faire toutes les avances pour les travaux à venir, « le requérant vouloir continuer le d. édiffice suyvent la teneur du bail, pacte et pourtraietz d’icelle église » faute de quoi on s’adresserait à un autre maçon, sous réserve de « tous dépens, domaiges et interestz ». Maitrc Colin répondit qu’il était prêt à reprendre la besogne « en la payant », et

(1 et 2) C. Douais : Ibidem, p. 28.

(3) Personnes chargées de l’administration de l’œuvre.

yjk

Br

ÉmttÊEËk

y^jâÊÊ^

Hôtel de Bernuy, a Toulouse Œuvre de Louis Privât

MAITRES MAÇONS TOULOUSAINS 289

il ajoutait que « à faulte de paiement » il se réservait, lui aussi, de demander des dommages et intérêts.

La construction du portail donna lieu à des différends entre le « massonnier » et les v ovriers » de la Dalbade. Parle bail à besogne du 22 avril 1 537, Michel s’était engagé à construire « l’ost (portail de la d. église de pierre en suyvant le « pourtraict par luy faict et aujourd’huy baillé aus d. ouvriers, réservée la vyt « (vis) ensemble la gallerie ». Le 6 février 1540, il était constaté par devant notaire, « par dire d'esperetz » que le portail n’était pas exécuté dans la perfection requise, qu’il était nécessaire de « descharger les amortissemens en aultre forme ». Le 9 juillet, il était fait « ung aultre novel portraict »; et les « ovriers » après expertise, décidaient qu’il serait payé à maître Colin un supplément de 1 5o livres tournois, « pourveu toutes foys que certains avantaiges de l’ousteau, tabernacles du pourtal et toute autre besoigne luy feut tauxée ».

Michel Colin est témoin, au titre de « maistre masson », à un marché conclu, le i3 août 1542, par les « ovriers » de la Dalbade avec Vesian, de Camparan, Faure et Arnaud Pelicier, de Boussens, pour la livraison de 60 brasses de pierre de pavement. Le 27 août de la même année, il passe un bail à besogne avec Pierre Vende/.e, maçon, pour la démolition d’un oratoire devant la Dalbade, son transport et sa reconstruction au cimetière de la Dalbade « en semblable forme et pourtraict qu'il est », moyennant la somme de dix livres tournois.

Deux des chapelles de l’église de Saint-Jory, les chapelles Notre-Dame et Saint-Laurent, lurent construites sur les plans de Michel Colin (1).

L’histoire de l’architecture à Toulouse compte quelques autres noms de maîtres maçons-tailleurs de pierre, sur lesquels les renseignements documentaires font encore malheureusement défaut, et dont les œuvres restent ainsi anonymes, alors qu’elles sont, sans doute aucun, quelques-uns de ces beaux et pittoresques hôtels, la gloire artistique de la ville, que firent bâtir, au cours du xvi° siècle, d’opulents et fiers parlementaires : Pantaléon Jaulbert, président du Parlement de 1628 à 1347; Guillaume de la Mammye, conseiller de 1 528 à 1 563 ; Arnaud de Brucelles, capitoul en 1 535 ; Jean Burnet, greffier civil de 1 536 à 1 573 ; Simon Buet, conseiller au Parlement de 1 555 à 092; Jean de Mansencal, avocat général de 1 585 à 1629; Maynier, seigneur de Canac et Gallices, capitoul en 1 5 1 5, et avocat célèbre, qui avait humoristiquement fait graver, sur la façade de sa demeure, ce distique moral :

Faux conseils et mauvaises testes M’ont fait bastir ces fenestres.

Ces maîtres maçons-tailleurs de pierre sont :

Pierre de Naves et Anchise de Bologne, qui dirigeaient, de i5a5 à îSeq,

Autres travaux de Michel Colin.

Quelques autres maîtres maçons toulousains.

(1) ]. I. estrade : Ibidem, registres de Jean Richard.

Page 1