‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 169 sur 236 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

Critique du nouvel Hôtel de Bernuy par un

jurisconsulte toulousain, au xvic siècle.

tivement et pour toujours, restitué à un maître maçon-tailleur de pierre toulousain, hier, inconnu, qui, demain, sera célèbre.

La preuve la plus évidente de l’originalité de son architecture est dans la critique qu’en faisait un personnage du temps, et qu’il est on ne peut plus intéressant de reproduire.

Jean de Boysson. professeur à la Faculté de droit de Toulouse, écrivait, en i 338, à son ami Brachet, autre jurisconsulte, cette lettre :

« Comme nous étions naguère tous les deux dans l’Hôtel de Bernuy en « compagnie de la très illustre reine de Navarre et que nous étions occupés à « regarder cette maison que celui de Tholoze a fait construire à grand frais et « avec une grande rapidité, nous vînmes à discourir d’architecture. Comme je « disais que plusieurs parties de cet hôtel ont été édifiées sans aucune observation « de l’art et, bien plus, contre les préceptes reconnus de l’art, nous vînmes à « faire mention des auteurs qui ont écrit sur cet art; et vous me demandâtes « si j’avais à la maison le livre que Léo Baptiste Alberti avait jadis écrit sur « l’architecture, avec dédicace pour Laurent de Médicis. Et comme je déclarais « l’avoir, vous me h'tcs la prière de vous le communiquer. Et lorsque j’eus « trouvé le livre, que j’avais en effet dans ma bibliothèque, mais déjà fort abîmé « par un usage quotidien et même avec quelques feuillets manquant, je ne « voulus point qu’il vous arrivât en mains ainsi mutilé, et il me parut plus « honnête d’en acheter un nouvel exemplaire à un libraire. Je vous l’envoie « aujourd’hui. » (i)

T . T, . . Louis Privât travailla de son métier de maçon pour Guillaume de Bernuy,

Louis Privât , r J ’

architecte fils de Jean, et « greffier des présentations du Parlement » en sa maison de la

de Guillaume de Bernuy, rue Tholosane. D’après un accord fait entre les parties, le 18 janvier 1 5 36 (2),

fils de Jean.

il s’agissait particulièrement de la construction d’une façade sur la rue, de deux escaliers avec leurs fenêtres, pour laquelle il avait été fait marché de 3oo livres tournois. Cet hôtel, que Guillaume de Bernuy échangeait, en 1 53g, contre une maison située rue « del Potz de Très Caras » et appartenant à Jean de Bernuy, a été si remanié au cours des ans qu’on y retrouve difficilement la trace des travaux exécutés au xvi® siècle.

T ,, r , n • , 1 Le même artiste fut le maître d’œuvre de l’église de Garidech, reconstruite de

œuvre 1 5 1 6 à 1 524, grâce à la générosité du seigneur de ce lieu, Marquion d’Aspramont,

de Louis Privât. qUi fit abandon aux habitants de la troisième partie des récoltes et fruits qui lui étaient dus. Dans un document concernant la cérémonie de la pose de la première pierre des fondations, le nom de Privât figure avec les qualifications suivantes : « mestre Loys Privât, massonié sive picapeyro de Toloso » (3) ; il

(1) Bibliothèque de la Ville de Toulouse, manuscrit 834, f” XXXIX, 40 V".

(2) C. Douais : Ibidem, p. 122.

(5) J. Lestrade r Ibidem. Registres de Pierre Calmasii, registre de 1520, entête et folio 60.

MAITRES MAÇONS TOULOUSAINS

est mentionné également comme tel dans une réclamation de payement adressée, le 16 juillet 1 524, sur la place publique de Garidech, parle syndic de la commune au procureur du percepteur.

L’Hôtel Molinier, dit ensuite de Catellan, actuellement de Fezins, rue de L la Dalbade, que Gaspar de Molinier, conseiller au Parlement, faisait construire vers 1 55o, a toujours, bien que fort mutilé, excité l’admiration des artistes et des visiteurs par sa tourelle, son portail et par une fenêtre du corps de logis sur la cour. Gabriel de Minut, chevalier, baron de Castera et sénéchal de Rouergue, qui écrivait au xvi® siècle un livre plaisant, la « Paulegraphie » (1), en l’honneur de la Belle Paule, signalait, tout en en critiquant fort spirituellement l’exubérance de proportions et de décor, la célébrité que le portail avait acquise en son temps :

« Il est à croire que ce grand et admirable architecte, qui a ouvré la dessus par « la main de sa fidelle et obéissante servante nature, qui neantmoins referée à « l’art tient ici le rang de maistresse pour conduire au plus haut degré d’une « excellente beauté, n'a point fait une si belle et si riche fasciada, comme est « celle que nous voyons et admirons en elle, qu’il n’est pareillement fait le « reste répondant à ce. Il entendait un peu mieux l’art d’architecture que ne « faisoit celui qui fit, quelque temps de là, un si beau et si riche portai en sa « maison, en la ville de Tholose, rue de la Dalbade, que quand un homme de « village, qui avoit un certain procès en la court du Parlement, duquel le maître « de la maison estoit rapporteur, fut entré dedans et qu’il ne veit chose aucune « qui approchât à la moindre de celle du portai, demanda en sortant au plus « proche voisin où est-ce qu’estoit la maison d'un tel portai. »

Les analogies d’ornements et de dispositions architecturales que présentent la porte de cet hôtel et la porte de la Commutation : figures de faunes et de nymphes, masques grotesques, avaient fait supposer que Nicolas Bachelier pourrait en être l’auteur. Quant à la tourelle en encorbellement ornée d’une exquise figure d'Amour et à la fenêtre aux délicates colonnettes doriques et ioniques supportant un entablement fort gracieux, que surmonte un fronton d’une fantaisie charmante, elles ont toujours été considérées comme un bijou d’architecture et de sculpture, faisant le plus grand honneur à leurs auteurs.

Les archives notariales de Toulouse ont révélé les noms du maître maçon et du sculpteur auxquels il est dû, en même temps que l’époque précise où et il fut exécuté. Le 2 octobre 1 552, Jehan Molière « maistre masson de Tholose»,

de

et Raymond Bossac, « maistre tailheur de pierre de Tholose » donnaient quittance, en présence du notaire royal M° Jehan Giraudat,à « Monsieur maistre

(1) Gabriel de Minut, baron de Castera : De la Beauté, discours divers, avec la Paulegraphie, ou description des beautés d'une dame tholosaine , nommée la Belle Paule, in-8", Lyon, 1587, « publié « par Charlotte de Minut, sceur du baron de Castera, très indigne abbesse du pauvre monastère de « Sainte-Claire de Tholose, du vivant de Paule de Yiguier, et dédié à Catherine de Médicis ».

’ Hôtel Molinier.

Jehan Molière Raymond Bossac, auteurs

l’Hôtel Molinier.

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