‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 177 sur 236 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

en gargouille, d’une si charmante fantaisie; la partie de l'hôtel, à l'extrémité de l’ancien corps de logis de droite, qui a été' démolie lors de la restauration de l’édifice.

L’Hôtel de Pincé, œuvre de Jehan de Lcspine, est une merveille de goût et d’originalité. L’architecture, d’une pureté de lignes admirable, est toute fleurie d’ornements, — fleurs, fruits, têtes d’hommes et de femmes, amours, faunes, satyres, oiseaux et animaux divers, — d’une élégance parfaite, sculptée avec la délicatesse et le fini d’un ciseau d’orfèvre. Les entrelacs où se trouvent répétés les écussons de Jehan de Pincé et de sa femme Renée Fournier, les cartouches aux armes d’Anjou (1), sont des chefs-d’œuvre de maîtrise de tailleur de pierre (2). Les architectes tiennent pour un des plus précieux modèles de stéréotomie la tourelle à l’angle de la rue du Figuier et de la cour, tour barlongue, où la charge des murs est répartie d’un côté sur des encorbellements et de l’autre sur une trompe, disposition ingénieuse par laquelle les efforts contraires s’annulent et l’équilibre est assuré avec simplicité.

La famille de Pincé qui s’éteignit à la fin du xviii® siècle conserva jusque-là la propriété de l’hôtel. Après un long temps d’abandon, le peintre Bodinier l’acheta, puis l’offrit à la Ville d’Angers sous la condition d’affecter l’immeuble à une destination d’ordre artistique (3).

(1) Jehan de Pincé était lieutenant criminel du maréchal d’Anjou. Ce titre était rappelé au public par l’écusson aux armes d’Anjou, accoté sur la façade de l’hôtel, et sans doute aussi sur la porte île l’entrée. De là était venue à l’hôtel la dénomination populaire d’IIôtel d’Anjou.

(2) L’ornementation de l’Hôtel de Pincé rappelle d’une manière frappante celle du château de Bonivet, en Poitou, dont les débris ont été recueillis au musée archéologique de Poitiers.

(3) L’œuvre de Jehan de Lespine a été restaurée, à la fin du xix' siècle, par M. Magne, inspecteur général des Monuments historiques, avec un goût fort délicat.

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