‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 186 sur 236 · CHAPITRE QUATORZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIEME

Jehan. Ce maître maçon eut l'honneur d'être inhumé dans l'église terminée par lui et par ses enfants.

La construction de Notre-Dame de la Ferté-Bcrnard lit de cette ville une véritable Ecole locale d’architecture et de sculpture ornementale, dont Léon Palustre a ainsi exposé l'influence dans le Maine :

« Tandis que dans les autres parties de la province, la Renaissance ne se « présentait qu’à l’état d’accident, quelle (lotissait dans un centre plus ou « moins bien préparé, mais sans projeter au dehors de vigoureux rameaux, à « l’est d’une ligne qui, de La Châtre, se dirige sur Mamers en passant par le « Grand-Lucé, Montfort et Bonnétable, presque dans chaque village, nous « voyons les formes nouvelles non seulement adoptées mais pratiquées avec « succès. Que l’on construise une crypte (église de Courdemanche), une « chapelle ou une façade (Saint-Calais, la chapelle Gaugain, église Saint-Nicolas « de Mamers), il ne saurait y avoir le moindre embarras sur le modèle à suivre, « non plus que sur le choix de l’architecte. L’un et l’autre seront demandés à « la petite ville, qui, depuis si longtemps, attire tous les regards. » (1)

Jehan Turbillon. Jehan Turbillon fut aussi un maître maçon manceau de grand mérite.

Jeune encore, sans doute, il avait acquis un renom de constructeur habile, qui avait franchi les frontières de sa province, puisqu’il fut invité par le Bureau de la Ville de Paris à prendre part, le 26 avril i5oo, au congrès de maîtres des œuvres de maçonnerie réuni pour délibérer sur la reconstruction du pont Notre-Dame (2). Il était le fils du maçon qui construisit les tours du château du Lude, vers 1470 (3). Lorsque Jacques de Daillon, seigneur du Lude, décida de faire transformer dans le goût artistique de l’époque le manoir féodal de sa famille, au commencement du règne de François Ier, il fit, certainement, appel à Jehan Turbillon ; et ce maçon doit être le maître d’œuvre de toute la partie Renaissance de ce château, l’auteur des transformations apportées, si hardiment et avec tant d’habileté, aux parties anciennes, religieusement conservées par lui, puisqu’elles étaient la création de son père.

En l'année 1 52 5, où Jacques de Daillon fut tué glorieusement à Pavie, aux côtés de François Ier, sa fille Antoinette épousa Guy XVI, comte de Laval, veuf d’Anne de Montmorency. La nouvelle comtesse fit venir à Vitré Jehan Turbillon et le chargea de compléter par l’embellissement, sinon par la construction, de la chapelle (4), les travaux de rajeunissement du château commencés déjà vers 1517.

(1) Léon Palustre : La Renaissance en France, 13' livrais., p. 125.

(2) Registres des délibérations du Bureau de la Ville de Paris, t. I, p. 38.

(3) Dans le procès-verbal de la séance tenue pour la reconstruction du pont Notre-Dame, le greffier écrivait : « Lequel Turbillon a dit oultre qu’il a veu besongner son feu père à certaines tours « au Lude et que celles qui furent fondées sans pillotis sont tombées et que celles qui furent faites « sur pillotis sont encore debout ».

(4) Très probablement, la chapelle dite de Saint-Michel, mentionnée dans un document de 1681,

EGLISE DF. SAINT-CALAIS, DANS LF MAINE Ecole des maîtres maçons de la Fertc-Bcrnard

Hôtel de ville de Loches

Œuvre de Jehan Baudoin

AUTRES MAITRES MAÇONS 3 I 5

C’est malheureusement tout ce que l’on sait, jusqu'ici, sur cet artiste.

ün doit faire mention également de Jacques Mathieu Estourneau, (ils d'un maître maçon-tailleur de pierre, né à La Flèche en 1486, et auquel Françoise d’Alençon, veuve de Charles de Bourbon, duc de Vendôme, donna à construire, en 1 53y, le château de La Flèche, et demanda les plans du château de Châteauneuf-sur-Cher, en Ô40. Le tombeau que cette princesse fit élever à son mari dans l’église de la Trinité, à Vendôme, était aussi l’œuvre de Jacques- Mathieu Estourneau.

Quelques maîtres "maçons-tailleurs de pierre manceaux sont encore à citer pour les œuvres d’architecture qu’on leur attribue, ou pour celles dont ils sont, indiscutablement, les auteurs : par ordre chronologique, Jamet Neveu , qui travailla longtemps à la Trinité de Laval, et à l’église d’Avenières, où il mélangea avec habileté et avec goût le style ogival et le style nouveau; Pierre Guillot, qui lui succéda à la Trinité, et qui doit être tenu pour le maître d’œuvre de la voûte percée d’une lunette ovale et de la grande fenêtre à fronton reposant sur quatre colonnes corinthiennes ; Jean Guillot, probablement fils de Pierre, qualifié « maistre voyeur et visiteur des œuvres de maçonnerie en le duché d’Anjou », dans un acte du 24 septembre 1 5g5 (1), et qui construisit la portail de l’église, dont une inscription fait connaître à la fois le nom du maçon, et la date d’achèvement ; 1394. Puis viennent Jean Masneret et René Guitton, chargés, sous Henri II et Charles IX, de reconstruire le château de Pescheseul, sur les bords de la Sarthe, entre Sablé et Malicorne, reproduction, dit-on, du manoir du Puy-du-Fou en Poitou (2). Ces deux maçons seraient aussi les constructeurs de la belle porte d’entrée du château de Courtenvaux, près de Saint-Calais, et les auteurs de la transformation des deux tours latérales par les fenêtres et par les lucarnes en style de la Renaissance, d’une très belle ordonnance architecturale, et d’une décoration sculpturale de grande beauté. Et, enfin il faut nommer Boisselleret, qui fit, avec Huet, le magnifique jubé de l’église des Jacobins, au Mans, œuvre fort admirée pour ses huit colonnes corinthiennes accouplées, ses trois portes plein cintre, couronnées d’un attique divisé en plusieurs panneaux de sculptures (3).

On connaît le nom d’un maître angevin, contemporain, sinon émule de Jehan de Lespine, qui, dans la première moitié du xvi° siècle, entreprenait une œuvre fort importante à Angers. Le 22 février 1527, Pierre Boismery présenta aux échevins, qui l’acceptèrent, le plan d’un nouvel Hôtel de Ville. Il passait

et dans la déclaration et dénombrement de la baronnie de Vitré, comme ayant été « bastie pour la « commodité desdits seigneurs, pour y faire célébrer la Saincte Messe ». (Archives de la Trémouille.)

(1) Bouli.ier : Recherches historiques sur l'église et la paroisse de la Trinité de Laval, 1845.

(2) Léon Palustre : La Renaissance en France, 13* livrais., p. 162.

(3) Ce jubé a été détruit, en 1793, par les révolutionnaires.

J.-M. Estourneau.

Autres

maîtres manceaux.

En Anjou.

Pierre Boismery.

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