CHAPITRE QUATORZIEME
Jean Moal.
Julien Ricaud.
Dans le Maine.
Marthurin Delaborde.
Notre-Dame des Marais, à la Ferté-Bernard.
Jean Moal, l’auteur des plans de reconstruction de la façade et de la partie méridionale de la nef de Notre-Dame de Guingamp, après la catastrophe de 1 535 , et qui eut, pour successeurs, dans ce travail, Gilles Le Nouezec, Jean Le Cozic et Yves Auffret ;
Julien Ricaud, que Jean d’Espinay, seigneur du lieu de ce nom, dans les environ de Vitré, employa à la construction de son château, et qui travailla aussi à l’église de Champeaux, oü la chapelle seigneuriale porte en deux endroits une inscription contenant son nom.
L’histoire architecturale du Maine offre également, en outre d’un autre deviseur de plans, formé en Italie, Simon Hayeneufve, quelques maîtres maçons-tailleurs de pierre de grand mérite, qui ont bâti des édifices fort intéressants par leur beauté, leur caractère, et leur originalité.
Mathurin Delaborde est de tous le plus en vue. On possède quelques documents d’archives qui renseignent sur sa vie et sur ses créations, mais d'une façon bien sommaire, et insuffisante pour écrire une biographie digne de ce grand maître d’œuvre.
Mathurin Delaborde était originaire de Chartres, qui, à la fin xve siècle, fut un centre artistique très florissant, d’où essaimèrent, dans les régions voisines, de nombreux artistes de grande valeur. La date de sa naissance n’est pas encore connue; mais il semble bien qu’on puisse la fixer avec vraisemblance autour de i5oo. En i53o, la municipalité de Dreux mandait le jeune maître maçon, en compagnie d’un maître charpentier, pour donner son avis sur les plans d’une lanterne que les échevins avaient le projet de faire dresser sur le nouvel Hôtel de Ville. Ils recevaient chacun, comme indemnité de voyage, la somme de 75 sols. Cette consultation prouve que Delaborde, à ce moment, malgré son jeune âge, était un maître maçon en renom pour son savoir. Il aurait travaillé, un certain temps, à l’abbaye de Solesmes envoyé là par un Jehan Perréal, contrôleur des Bâtiments d’Orléans, qu’on peut vraisemblablement identifier avec l’architecte de Brou ; mais on ne sait à quoi il y fut employé.
L’œuvre capitale du maître est l’achèvement de l’église de Notre-Dame-des- Marais, à la Ferté-Bernard, qu'il entreprenait en 1 535 . Les premiers architectes de ce remarquable édifice avaient été Jérôme Gouin, Mathurin Grignon, et Jehan Tcxicr, qui, de 1 52 7 à i53>, — tous les trois moururent, à quelques années de distance, en ce court espace de temps, — le bâtirent en style ogival. A la date de 1 535, le côté méridional n’était pas commencé ; et les chapelles absidiales atteignaient à peine la hauteur des voûtes. Le nouveau maître d’œuvre fit à la Fabrique la proposition de terminer cette partie de l’église dans le style nouveau ; elle fut acceptée'. Mathurin Delaborde produisit une œuvre d’art qui est tenue pour un des bijoux de l’Architecture de la Renaissance dans le Maine, et qui rappelle, par son élégance et par sa beauté, ainsi que par l’emploi
Oeuvre de Mathurin Delaborde
AUTRES MAITRES MAÇONS
des voûtes dallées à ornementation de caissons et de pendentifs, à la fois, le chœur de Saint-Pierre de Caen, et le chœur de Tillières, en Normandie.
A Notre-I)ame-des-Marais, une imagination, aussi hardie que féconde, alliée au goût le plus délicat, s’est ingéniée, dans l’invention des thèmes d’ornementation, à mélanger le profane et le sacré, la mythologie et l’histoire, en vue d’en faire un ensemble qui est de la plus charmante fantaisie décorative, et des proportions les plus nobles et les plus légères, en parfaite harmonie, malgré son originalité particulière, avec les autres parties de l’édifice. A l’exte'rieur, la balustrade de pierre, qui surmonte la paroi de l’église, est historiée d’une série de figurines qui rcprésententent successivement les Sept jours de la semaine et les Sept planètes, personnifiés par des dieux et des déesses, les Douze pairs de France légendaires, et le Roi ; et les Tempéraments divers de l’homme : le Colérique, le Sanguin, le Flegmatique, et le Mélancolique. L’ « Ave Maria » et le « Regina Cœli » se déroulent en lettres ornées sur les châssis de pierre des croisées, dans les écoinçons formés par les arcs aigus, et sur les contreforts. Ce ne sont, partout, qu’arabesques, rinceaux, grotesques, et niches à dais ajourés. A l'intérieur, les principaux versets des Litanies de la Vierge forment les sujets d’exquis bas-reliefs, aux encadrements fleuris. Des voûtes à caissons et à nervures se détachent de nombreux pendentifs, fort bien sculptés. Tout est un enchantement pour les yeux et pour l’esprit.
Ou Mathurin Delaborde mourut à la veille de l’achèvement de cette belle œuvre d’art, ou les travaux furent suspendus de son vivant : il ne put mener lui-même à fin sa hardie entreprise.
Dans les dernières années du xvi” siècle, les frères Vietz furent chargés de continuer les travaux de construction de Notre-Dame-des-Marais ; et, témoignage de la persistance du goût pour le style ogival, en dépit de la merveilleuse floraison du style nouveau, ces maîtres maçons adoptèrent les formes architecturales de transition ; mais ils respectèrent avec soin l’œuvre de leur prédécesseur. Une inscription placée au-dessus de l’arc qui s’ouvre sur le transept du côté du chœur, et ornementée d’un compas, d’un fil à plomb et d’une équerre, se rapporte à cette période des travaux :
Ceste œuvre sy dessus a Esté faite et conduicte Par troys Frères Robert Gabriel et Hierosme Les Vietz maistres masons J596
Les frères Vietz.
Du côté du midi, dans la pénétration d’une fenêtre se trouve une inscription faisant connaître le nom d’un autre Vietz, qui, en raison de l’exécution des travaux exécutés par lui, en 1577, — le bas chœur de l’église, — au prix de 3qo livres, était sans doute le père de ces trois Vietz, et avait le prénom de