‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 207 sur 236 · CHAPITRE LUX-SEPTI E.\1E · texte numérisé non relu

CHAPITRE LUX-SEPTI E.\1E

l’ossature ogivale sous une parure nouvelle d’ornements, dérivés autant de l'Art national que de l’Art antique; parle respect inaltéré des lointaines traditions de l’union intime de l’architecture et de la sculpture décorative; par le maintien, dans les châteaux, du dispositif topographique, des tours et tourelles féodales, des façades, des grands combles, des distributions et des aménagements intérieurs, usités au Moyen âge.

A analyser, et à peser, si faire se pouvait, avec quelque précision, les éléments divers qui constituent l'Architecture nationale de la Renaissance, dans sa première période, celle du commencement du xvi" siècle, la plus féconde en créations originales, on constaterait, sans aucun doute, qu'elle en renferme beaucoup plus de provenance du Moyen âge que de provenance de l’Antiquité . et même, en sus, trouverait-on, certainement, comme dans la Littérature nationale, une quantité considérable d’apports nouveaux de l’imagination, de l’esprit, et de la verve indigènes.

Aussi, qu’ils soient normands ou bretons, angevins ou champenois, gascons ou franc-comtois, picards, parisiens ou tourangeaux, les maîtres maçons-tailleurs de pierre font-ils, en ce temps, simultanément et indistinctement, de l’Art ogival et de l’Art Renaissance, du « Moderne » et de « l’Antique ».

Ces maîtres maçons-tailleurs de pierre, formés à la rude et sévère, mais pratique et féconde Ecole des anciennes corporations, sont les fondateurs de l’Architecture nationale de la Renaissance ; les architectes, formés par l’étude théorique de l’Antiquité, n’ont. été que des continuateurs, dont quelques-uns, il est vrai, par leur génie, ont porté l’art aux plus hauts sommets.

Pendant longtemps, ces fondateurs ont été, pour ainsi dire, exclus de l’histoire de l’Architecture nationale, par suite de l'erreur, commise par les historiens, de dater la Renaissance classique de la seconde moitié du xvi® siècle, soit de l’arrivée triomphale de Pierre Lcscot, Jean Huilant, et Philibert de l’Orme, qui étaient allés, — tout au moins les deux derniers, — étudier l’Architecture antique en Italie.

Or, les maîtres maçons-tailleurs de pierre avaient fait, bien avant eux, de l’architecture nouvelle, avec une personnalité et une originalité saisissantes. Gaillon, création collective de Guillaume Senault, Pierre Fa in et Pierre Delorme, est achevé en 1 5oq ; le Bureau de Finances, à Rouen, bâti par Rouland Le Roux, date de 1 5 1 o ; le chœur de Saint-Pierre, à Caen, chef-d’œuvre d’Hector Sohier, a été commencé en 1028; Pierre Chambiges a terminé avant i53o Chantilly, et a dressé, en 1 5 3 5 , les plans de l’ancien Hôtel de Ville de Paris; Louis Privât, construisait, en 1 5 3 3 , lenouvel Hôtel de Bernuy, â Toulouse; Nicolas Bachelier, en 1 538, l’Hôtel de Bagis, ou Hôtel de pierre primitif. Et, les lettres patentes royales ordonnant l’édification du Nouveau Louvre sont de î 546; Jean Bullant n’a élevé qu’en 1 36o les célèbres portiques d’Ecoucn ; les premiers travaux des Tuileries furent ordonnés par la reine Catherine de Médicis.

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