CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
et dresser des plans originaux, ingénieux et pratiques, qu’à les faire exécuter de façon irréprochable;
Dans les compagnons, « varlets », et apprentis de la corporation du Ràtiment, formés par une discipline corporative admirable, d’incomparables ouvriers, d’une habileté technique prodigieuse, et d’une conscience professionnelle intransigeante et irréductible ;
Dans les rois, les princes, les grands seigneurs, les prélats et les bourgeois, dans les municipalités, les Chapitres de cathédrales, et les Fabriques des églises, des protecteurs, d’une générosité inépuisable, du goût le plus sûr, conscients de leur devoir social d’encouragement des arts, profondément respectueux des traditions, des droits, usages, et coutumes des corporations;
Dans le peuple, des imaginations et des intelligences instinctives, naïves, et prime-sautières, capables d’admirer, aimer, et comprendre les créations architecturales les plus grandioses, les plus hardies, et les plus sévères.
Un long et fécond passé de vie sociale intense fournit, inépuisablement, aux maîtres maçons les idées artistiques, variées comme le tempérament et l'idéal propres à chaque région, à chaque province, à chaque cité, et en harmonie intime avec ses traditions et ses mœurs, avec son climat et sa topographie.
11 en sera donné à l’expression de ces idées une diversité extraordinaire de formes, originales et spéciales à ce point qu’elles désignent et caractérisent des écoles d’architecture distinctes et autonomes, sachant adapter à leur esthétique particulière, par une technique qui ne l’est pas moins, les matériaux indigènes, qu’elles emploient, toujours, et partout, avec une science parfaite de leurs propriétés et de leurs effets.
Dans l’Architecture de la Renaissance française tout, — idées, formes et matériaux, esthétique et technique, — est de notre pays, est sorti de son cerveau, de son cœur, de son âme, et de ses entrailles, été mis en œuvre par ses artistes et par ses ouvriers, pour la satisfaction complète de son idéal, constant et impérissable, de grandeur et de beauté.
CONCLUSIONS
l)c cette erreur historique est née la fausse légende du Panitalianisme artistique, qui a fait attribuer, pendant longtemps, tous les grands édifices français de la Renaissance aux deviscurs de plans italiens, venus en Franc.- dans les fourgons de Charles VIII et Louis XII, accueillis par François Ier, ou accourus spontanément pour faire des affaires dans notre pays. Cette légende devait s'accréditer bien vite, à cause de l'ignorance où l’on a été, dans le même temps, de l'existence, sinon de l’identité précise (i), de tous ces grands maîtres maçonstailleurs de pierre de la fin du xvc siècle et de la première moitié du xvie : les Chambiges, les Le Breton, les Sourdeau, les Grappin, les Françoys, les Le Prestre, Nicolas Bachelier, Hector Sohier, etc., qu’on peut qualifier les frères d’armes de nos grands écrivains : Clément Marot, Ronsart, les du Bellay, Henri Esticnne, Rabelais, Montaigne, etc. Comme ceux-ci dans la littérature, n’ont-ils pas, dans l’art, lutté avec vaillance, énergie et ténacité, de toutes leurs forces, et de tout leur patriotisme pour l’indépendance du génie français ?
Dans ses origines lointaines, dans ses évolutions successives, et dans son épanouissement complet, la Renaissance architecturale en France est restée constamment parallèle à la Renaissance architecturale en Italie. L’une et l’autre se sont faites dans des circonstances et des conditions de gestation, de naissance, de vie et de mort, identiques de tous points.
L’Architecture nouvelle est sortie de l'Architecture ogivale, graduellement, lentement, avec des intermittences d’arrêt, dues exclusivement à des causes extérieures et étrangères. Et, elle a affirmé sa prodigieuse fécondité par des œuvres merveilleuses, aussitôt que, dans son milieu, les événements politiques et sociaux avaient cessé de lui être hostiles, et lui étaient devenus favorables.
L’Architecture de la Renaissance française et l’Architecture de la Renaissance italienne sont deux sœurs, ayant pris du pays où elles sont nées et où elles ont vécu la physionomie particulière qui, seule, les différencie, car tout, en elles, est de même essence, au point qu’on en a pu croire, longtemps, que celle-ci était la jeune mère de celle-là.
Au temps de la Renaissance, comme aux grandes périodes de l’Art roman, et de l’Art ogival, l’Architecture nationale a trouvé, chez nous, tout ce dont elle avait besoin, nécessairement, et même en superflu, pour préparer, accomplir, et achever son évolution, normale, progressive, décisive, et complète :
Dans les maîtres maçons-tailleurs de pierre tout d’abord, dans les architectes ensuite, des maîtres d’œuvre et des directeurs de chantiers, aussi aptes à concevoir
( i ) Lorsque Adolphe Bertv publia, en 1860, son étude, si précieuse et si recherchée alors, sur les Grands architectes de la Renaissance française, il le fit en un petit livre in-16 de 168 pages, oit il n’est question, et sommairement, que de Philibert de l’Orme, de Jean Bullant, de Jean Goujon, des Mètezeau, des Chambiges, et des Du Cerceau. Destailleur, en ses « Architectes français », publication beaucoup plus récente, ne fait mention que de ces artistes pour la même période.