‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 5 sur 236 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

non moins belle que l’ancienne. Les confréries des maçons et des couvreurs, qui se réunissent à la chapelle Saint-Michel, lui font ajouter une aile à leurs frais. Le couvent de Saint-Loup et le prieuré de Bonne-Nouvelle ressuscitent de leurs décombres. Pour mettre Saint-Aignan, qu’on va reconstruire, à l’abri d’un désastre pareil à celui dont il a été victime pendant le siège — sa destruction par les habitants eux-mêmes, pour qu’il ne pût être transformé en forteresse par les assiégeants, en raison de sa situation en un faubourg ouvert, — on l’enferme dans une nouvelle enceinte (i).

En Touraine. A la fin du xve siècle, dans la seule ville de Tours, douze églises et chapelles

sont en construction ou en voie d’achèvement : les Carmes, les Jacobins, Saint-Clément, Saint-Pierre-des-Corps, Saint-Etienne, Saint-Pierre-du- Chardonneret, Sainte-Croix, Saint-Pierre-du-Boile, Saint-Denis, la chapelle Saint-Eloi, et l’église du prieuré de Sainte-Anne. Jehan Papin, de 1454 à 1483, et Jehan Durant, de 1483 à i5oo, terminent les travaux intérieurs de la grande nef et des collatéraux de la cathédrale, la grande fenêtre à rosaces de la façade principale, le clocher nord, la bibliothèque et la grande salle des assemblées du Chapitre, voûtées, et décorées de sculptures d'une grande originalité (2). En Touraine, on constate l’édification de Saint-Etienne de Chinon, des églises de Bueil, de Saint-Cyr-sur-Loire, de Nouatre, de Crissay, et de Saint-Florentin d’Amboise.

En Bretagne. A Nantes, pendant le xve siècle, la moitié de la ville fut reconstruite et ses

faubourgs prirent un accroissement considérable (3). En 1448, Mathelin, « maistre inaezon de Saint-Pierre » donne « la pourtraicture et devis du portail de Sainct-Nichollas, en trois fassons apportées devant le duc » ; maître Rodier, qui fut un des maîtres d’œuvre de Saint-Gatien de Tours, est appelé par le Chapitre, quelques années après, en iq55, pour diriger les travaux de la cathédrale; vers 1460, François II lui confie l’exécution des travaux du château ducal. Vers 1470, la façade de la cathédrale est terminée par Johannès Mestre. Pasquier, Guillaume Geraut, Jehan Rousseau, et Guillaume Chausse construisirent les nouvelles fortifications de la ville. L’évêque Pierre Duchaffaut fait bâtir par Guillaume Noël, de 1478 à 1492, le nouveau palais épiscopal. Guillaume Pâtissier commence la construction d’un hospice général (4).

Le nombre des églises construites dans toute la France, du milieu du xve siècle aux premières années du xvi° siècle, ne s’élève pas à moins de G36 (3).

(1) De PuzonnièRE : Histoire architecturale de la ville d'Orléans, 2 vol. in-8“, Paris, 1849.

(2) D' Giraudet : Les artistes tourangeaux, p. XXVI.

(3 et 4) J- Perret et D. Caillé : Nantes ancien : maîtres d'œuvres et artisans, in-8°, 1910, Nantes, fassim.

(5) Camille Enlart : Manuel d' archéologie française, t. II. Résumé des statistiques dressées par l’auteur.

Hôtel de Cllny, a Paris Type d’architecture de la fin du XVe siècle

AU LENDEMAIN DE LA GUERRE DE CENT ANS

L’architecture civile n’a pas reçu une moindre impulsion. La plupart des grandes cités affirment leur prospérité nouvelle par la construction d’hôtels de ville, quelles tiennent à honneur de faire aussi beaux et aussi imposants que possible : Compïègne, Saint-Quentin, Noyon, Dreux, Beaugency, Toulouse, La Rochelle, Bourges, Amboise, Vendôme, Saumur, Libourne, Gray, Saint-Flour, Commines, et Hondschoote. A Orléans, la manifestation de la puissance municipale par l'édification du superbe hôtel de ville, orné d'un fier beffroi, se complétera du témoignage officiel de la reconnaissance publique par l'érection, en son « carroir », d'un pieux monument en l’honneur de Jeanne d’Arc, la libératrice de la France.

Dans la construction des châteaux royaux, princiers, et seigneuriaux, qui s’élèvent en grand nombre, partout, on constate une première évolution esthétique, qui correspond h l’état social nouveau du pays.

Déjà au xivc siècle, bien longtemps avant les expéditions de Charles VII, en Italie, qui, à l’opinion des ultramontains, auraient été la période d’initiation de notre pays à l’architecture riche, élégante, et gracieuse, nos maîtres maçonstailleurs de pierre savaient bâtir des manoirs d'une physionomie très artistique et d’intérieurs très luxueux. Pierrefonds, Coucy, Meung, Chàteaudun, etc., abritaient, derrière leurs hautes et sévères courtines, de pures merveilles d’art. Mais, la paix revenue, et, avec elle, le travail et la prospérité, on n’éprouve plus le besoin de donner aux châteaux les dispositions de forteresses formidables^ propres à repousser les attaques des envahisseurs, et à supporter les plus longs sièges, par leurs dispositions architecturales, et par leur situation topographique au sommet de collines, de buttes, et même de rochers. On descend dans les plaines et dans les vallées, sur les rives des fleuves, aux bords des rivières, et dans les clairières des forêts et des bois; les constructions deviennent plus légères et plus plaisantes.

C’est ainsi que, sur les ordres de René d’Anjou, s’élèvent tout à coup, près de la Maine, au milieu des prairies, de véritables maisons de campagne, riantes d’aspect; que le vieux et morose château de Saint-Louis, à Angers, s’entoure de beaux jardins, et de plantureux vergers ; que Louis XI fait bâtir Plessis-les-Tours dans un site charmant, et, tout en assurant sa sécurité, se préoccupe de lui donner l’aspect le plus pittoresque et l’aménagement le plus confortable. En Bourgogne, Philippe le Bon quitte le morne château des ducs, pour se loger dans une résidence nouvelle, d’un grand caractère artistique, propre aux fêtes somptueuses. Bourges, Moulins, Nantes, et Pau, sous les ducs de Berry, de Bourbon, et de Bretagne, et les vicomtes de Béarn, s'embellissent de palais, où ces princes tiennent de véritables cours. Jean, bâtard d’Orléans, comte de Dunois, élève le superbe château de Chàteaudun ; Robert de Dreux, rentré

Les nouveaux hôtels de Ville.

Evolution de l’esthétique des

châteaux.

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