‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 67 sur 236 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Gaillon

œuvre exclusivement française.

Commencement des travaux.

Guillaume Senault.

Parmi les maîtres maçons-tailleurs de pierre de Gaillon, il n’y a donc pas un seul Italien. Le personnel des tailleurs d'images, ou sculpteurs et ornemanistes en compte trois: Paschiarotti dont le nom est francisé en Pacherot (i), Bertrand de Meynal ou de Myenal (2), et Antoine Juste (3); et parmi les quarante peintres, un seul, Andréa Solario, représente l’Italie. Mais aucun de ces artistes ne peut revendiquer la moindre part dans la conception de l’oeuvre architecturale de Gaillon. Le premier iut spécialement occupé aux travaux de marbrerie de la chapelle, à l’entreprise d’un appui ou « accoutouer d’auprès du portail neuf » dans la cour; à la conduite de Gaillon à Tours de « la tumbe ou table de marbre » sur laquelle devait être sculpté dans l’atelier de Michel Colombe le Saint Georges de la chapelle, et à la fontaine de marbre de la cour d’honneur, que Bertrand de Meynal venait d’amener d’Italie. Celui-ci, après cette besogne et celle de l’érection du monument qu’il exécuta, sous les ordres de Pierre Valence, était employé à l’autel de la chapelle, au salaire de cinq sous par jour. Lntîn, Antoine Juste ne besogna qu’au grand bas-relief de la Bataille de Gênes, à des figures de la chapelle, à un buste du cardinal, et à quelques travaux d’ornementation.

Gaillon est essentiellement et exclusivement une création de maîtres maçonstailleurs de pierre français.

Les opérations préparatoires des travaux de construction commencèrent en l’année iSoi. On procède aux achats de pierre de Vernon. Pour l’exercice i5oi-i5o2,le total des dépenses faites pour Gaillon s’élève à la somme de 3,943 livres, 14 sols et 6 deniers tournois. Au mois de février i5o2, eut lieu « l'apressiaction des maisons du Lydieu et d’Aubevoye » à acquérir pour l’emplacement des constructions nouvelles du jardin. La commission se composait de trente personnages « tant gens d’église que séculiers » (4).

Le premier grand corps de bâtiment entrepris fut la « Grant Maison », dont le maître d’œuvre était Guillaume Senault.

D’où vient Guillaume Senault? Très vraisemblablement de Paris. Le i3 mars 1 5oo, le Bureau de la Ville le charge, avec cinq autres maîtres maçons parisiens, des

(1) Paschiarotti était au nombre des Italiens, de tous métiers, venus en France dans les fourgons de Charles VIII. On le trouve mentionné dans l’état des pensions payées par le roi, avec la qualification de « maître ouvrier de maçonnerie », et le chiffre de 240 livres. Il fut employé par la Ville d’Amboise pendant quelque temps.

(2) Bertrand de Meynal figure dans les comptes sous la désignation de « Genevois (Génois), masson « et tailleur de marbre ».

(3) Antoine Juste, de la famille des Juste, établie à Tours depuis de nombreuses années, est qualifié « fleurentin, faiseur d’images ».

(4) Les Comptes nous ont conservé les menus du dîner et du souper qui leur fut offert au château. « A diner, V douzaines de pain de X s, XVIII pos de vin de XVIII s, en harenc II s, « en œufz III s, en poisson V s, en beurre III s ; à soupper VII douzaines et demye de pain de « XV s, en vin XXVIII s, en harenc troys solz II II d, en deux brochés et quatre barbeaux, et en ueuts « II s, en beurre III s, en belle chiére X s. »

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Une uks paieries de la coi r d’honneur du chate.au de Gau.lon

Restauration par Uchard, d'après les fragments

LES MAITRES DE GAILLON

études préparatoires de la reconstruction du Pont Notre-Dame (i). Par décision en date du 20 mars, son salaire quotidien est fixé à dix sols tournois, ce qui est un salaire très élevé pour le temps. Kn ce même mois, il assista, avec Colinet de la Chesnaye, et maître Jehan Oreau, maîtres maçons au service de la Ville de Paris, à une visite officielle des carrières d’Ivry et de Conflans, en vue de la recherche des matériaux nécessaires pour cette reconstruction.

Le nom de ce maître d’œuvre apparaît, pour la première fois, dans les Comptes à la date de novembre i5o2, au sujet de payements de son salaire quotidien fixé à sept sous et six deniers (2). Guillaume Senault a pour second Jehan Fouquet, qui touche par jour six sous et trois deniers, et dirige de vingt à trente compagnons maçons, dont les salaires varient de trois à deux sous et vingt deniers; les simples manœuvres, désignés parfois sous la dénomination expressive de « forts hommes », sont payés uniformément deux sous et vingt deniers. Les Comptes de l’année i5oi font mention du voyage du « maître maçon de Rouen » (Jacques Le Roux), qui vint, à Gaillon, en compagnie de M. de Sauveterre, chanoine de Rouen, et de Nicolas Castille, maître menuisier, pour « visiter et voyr l’asiète de la grant maison et aultres édifices ».

Les gravures de J. Androuet du Cerceau ne permettent point, à cause de T „ , .

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