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CHAPITRE PREMIER

La chapelle.

La galerie formant le rez-de-chaussée extérieur du grand corps de logis était-elle une construction de Guillaume Senault? On peut en douter. Dans les gravures de J. Androuet du Cerceau, la galerie apparaît en hors-d’œuvre; et les Comptes nous informent qu’elle fut édifiée, au moins deux mois après l’achèvement de la « Grant Maison », par Toussaint Delorme. Mais, comme l’ordonnance architecturale de cette galerie rappelle celles des galeries de la tour et de la chapelle, il est certain que ce maître maçon s'inspira des plans de Guillaume Senault.

A l’extrémité sud-ouest de la « Grant Maison », l’on voit, dans la gravure de J. Androuet du Cerceau, une haute tour ronde, percée de grandes fenêtres à meneaux, encadrés de pilastres terminés en aiguilles à crochets, et qui correspondent à celles du rez-de-chaussée et du premier étage du corps d’hôtel. Au dessus du créneau continuant la balustrade de la « Grant Maison » s’élève un dôme entouré d’une galerie à arcades posées sur de fines colonnettes; et du dôme s’élance un lanternon terminé par une haute fièche Heuronnée. Cette tour contenait la chambre du cardinal, peinte et dorée par Jehan Testefort, et décorée de menuiserie en marqueterie par Colin Castille, Michellet Guesnon et Richard Guerpre. Les travaux de construction de cette tour furent antérieurs à ceux de la « Grant Maison ». Dès le mois d’octobre i5o2, on s’apprêtait à en monter les voûtes (i). Ils continuèrent jusqu’en i5o6, d’après les Comptes.

La chapelle double, ou à étage, est l’œuvre de Guillaume Senault (2). Les premiers articles concernant cette partie de Gaillon sont du mois d’octobre de iSoq; ils se rapportent à la pose des cintres de la chapelle inférieure parles maîtres charpentiers ; au mois de novembre, on commençait à en tailler les pierres. La chapelle inférieure, qui a été conservée, se compose de deux travées et d’un hémicycle à six divisions ajourées par autant de baies quadrangulaires où s’inscrivent successivement un arc en plein cintre, puis au dessous un arc en accolade. Deux autres fenêtres, répétant en double la disposition de celles du chœur, sont percées au nord dans la travée la plus proche.

Une particularité de cette chapelle inférieure est la combinaison d’une ossature de voûte ogivale dont les nervures, reçues à la retombée sur des culsde-lampe feuillagés, supportent, au lieu de voutains, de larges dalles de pierre formant plafond. Ce système a été appliqué ensuite, avec une extrême profusion

« plusieurs grandes chambres, d’une galerie au bout, qui fait face à l’orangerie, et d’une colonnade, « qui est une espèce de salon ouvert ; à côté des chambres est une autre galerie, au bout de laquelle « on trouve un grand salon : l’appartement d’en haut a le même nombre de chambres, la galerie et le « salon comme en bas; mais au bout de la galerie, qui répond à celle du bas, qui donne sur l’orangerie, « est un salon des plus beaux, d’où l’on entre dans la serre et qui conduit de plain pied dans un « parterre. »

(1) D’après un fragment des Comptes, qui n’a pas été connu de Deville, et que possèdent les Archives de la Seine-Inférieure, p. 2031.

(2) S’appuyant sur deux passages des Comptes, Deville pense que Colin Byart prit une part indéterminée à la construction de la chapelle; mais cette hypothèse n’est rien moins que justifiée par cette simple coïncidence de l’apparition du nom du maître maçon d’Amboise dans ces documents avec le commencement des travaux de cette partie du château.

LES MAITRES DE GAILLON

d’ornements, à Caen, au petit porche septentrional de Saint-Pierre-le-Vieux, et aux chapelles absidiales de Saint-Pierre, dans quelques chapelles de Saint- Jacques de Dieppe, et dans les églises de Tillières et de la Ferté Bernard. Mais il importe fort de faire remarquer que le premier essai en a été fait à Gaillon, dès octobre ID04, date déterminée par les Comptes (1). Les travaux de construction de la chapelle haute et de la chapelle basse durèrent cinq ans; le toit était couvert d’ardoises dans le courant de l’année 1509.

Le bâtiment ne se faisait point remarquer extérieurement par une architecture et une ornementation exceptionnelles. Il était en forme de croix. L’abside, dessinée en demi-cercle, s’éclairait par trois rangs de huit fenêtres géminées, divisées en autant de travées par des pilastres, à trois sections, terminés en aiguille au-dessus de la corniche, et dont les bases portaient sur la galerie à arcades cintrées du soubassement. Les bras de la croix n’avaient que deux rangs de quatre croisées au-dessous de la corniche, mais le comble formant pignon suites façades présentait un autre rang de deux lucarnes. Du centre, s’élevait le clocher, formé d’une tour carrée ayant sur chacune de ses faces une croisée géminée avec encadrement de colonnes et de frontons cintrés, et que surmontait un campanile à jour, dénommé par les contemporains « la Syrène », delà figure qui la décorait, en même temps que des ligures de Sybil les (2).

Mais, à l'intérieur, la chapelle était d’une richesse extraordinaire ; on y voyait un autel de marbre sculpté par Jérôme Pacherot et Bertrand de Meynal, orné d’un bas relief de Michel Colombe : « Saint Georges terrassant le dragon » ; douze statues d’apôtres en terre cuite, qu’Antoine Juste avait modelées ; des peintures à fresque d’Andrea Solario ; des boiseries et des stalles, œuvre de marqueterie et de sculptures sur bois, exécutées de 1 5 1 4 à 1 5 1 8, par Nicolas Castille, Jehan Dubois, Richard Delaplace, Pierre Cornedieu, Richart Carpe ou Guerpe, et Michellet Guesnon ; et des vitraux d’Antoine de Chevesson.

A la chapelle, ainsi qu’aux étages de la « Grant Maison » donnait accès la « Grant viz », ou tour octogonale située dans l’angle nord-est de la courd’honneur, qui comprenait un escalier de soixante-dix-neuf marches, et dont le degré était indiqué extérieurement par les arcs rampants des baies et l'inclinaison de leurs allèges. On remarquait, à l’intérieur, des pendentifs richement sculptés, qui formaient clefs de voûte. Le comble à huit pans, couvert d’ardoises imbriquées et de plombs ornementés, était surmonté d’un édicule en forme de lanterne, que couronnait un Saint Georges en cuivre, dont 1’ « ymaiginier » Jehan de Boissy, de Rouen, avait donné le modèle, et qu’exécutèrent Jacques de Rouen et ses « compagnons » (3).

(1) Abbé Blanquart : La chapelle de Gaillon, brochure in-8% Evreux.

(2) En 1757, autorisé par un arrêt du Conseil du roi et un mandement exprès de Louis XV, l’archevêque de Rouen, M. de Saulx-Tavannes, fit démolir le campanile, afin de faire l’économie de la dépense nécessaire pour sa réfection, et le remplaça par une lanterne du plus mauvais goût.

(3) Le « Grant viz » de Gaillon ressemblait fort, par ses dispositions et son ornementation, à la tour du Lion du château de Meillan en Berry, bâti, vers le même temps, pour Charles d’Amboise,

viz ».

L’œuvre

de Guillaume Senault.

Les autres Senault.

Pierre Delorme.

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