CHAPITRE DEUXIÈME
LA RENAISSANCE ###### # ARCHITECTURALE * * ^ ^ $p #>
FILIATION DE L’ARCHITECTURE OGIVALE ET DE L '.ARCHITECTURE DE LA RENAISSANCE
e l’architecture du Moyen âge à l’architecture de la Renaissance il y a une filiation directe, immédiate, et ininterrompue. Celle-ci vient de celle-là, comme une plante vient du fruit semé en terre. A l’état de germe, elle s’est nourrie de lui ; ensuite, ayant fait ses racines, elle puise dans le sol les éléments fertilisants, pousse, vient au jour, grandit ; et, enfin, fleurit et fructifie, à l’air et à la lumière, sources de fécondité, de vie, et de beauté.
De même que, dans l’architecture nationale, à un certain moment d'heureuse et logique conjonction, le style roman et le style ogival se mêlèrent intimement à la cathédrale de Noyon, à la basilique royale de Saint-Denis, à Saint-Etienne de Beauvais, à Saint-Martin de Laon, à Saint-Martin de Soissons, par exemples ; au déclin du style ogival, et à l’aurore du style de la Renaissance, il se fait la même fusion : à Paris, les hôtels de laTrémoille et de Cluny ; à Rouen, les hôtels du Bourgtheroulde et de l’abbaye de Saint-Ouen, le palais de l’Echiquier ; à
Simultanéité
et
fusion des styles ogival
et Renaissance.
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Evolution <le l’architecture nationale, conséquence de l'évolution politique et sociale.
Transformation des vieux manoirs et des
forteresses féodales en
châteaux de plaisance.
Evolution de l'architecture des jardins.
Tours, l’hôtel de Beaune; à Compiègne, à Orléans, et à Beaugency, les hôtels de ville ; à Bourges, les hôtels Jacques Cœur et Lallemand. Et si, dans sa première période, le style de la Renaissance fut d une élégance délicate, d’une délicieuse fantaisie, et d’une ingénuité charmante, avec des qualités de franchise et d’harmonie exceptionnelles : le château de Gaillon ; à Blois et à Amboise, les parties Louis XII ; en Anjou, le château du Verger, et le Logis Barrault d’Angers; dans le Maine, le château de Saint-Ouen, etc. : ce n’était qu’une répétition de ce qui se passa à la première période du style ogival, dont les productions initiales, entre autres, Saint-Leu d’Esserans, Saint-Yved de Braine, la chapelle des morts d’Ourscamps, les églises de Longpont et d’Agnès, se font remarquer par les mêmes qualités rares et exceptionnelles.
Moins d’un quart de siècle après cette évolution de l’architecture nationale, il s’en produit une nouvelle, qui est la conséquence de la transformation politique et sociale. François I"r a créé la Cour. Il y attire irrésistiblement les grands seigneurs, qui ne pourront plus désormais espérer de faveurs, de dignités, d’offices, et de fonctions que s’ils vivent auprès du roi, des favoris, des favorites, et de ceux qui gouvernent l’Etat. A Fontainebleau, à Saint-Germain-en-Laye, à Villers-Cotterets, à Blois, à Madrid, et à Chambord, ce sont, en toutes saisons, des chasses, des fêtes, des divertissements, des parades militaires, et des promenades galantes. D’interne qu’elle était, dans les cours d’honneur des anciens châteaux, qui centralisaient tout le mouvement et toute l’activité des invités, des officiers, des soldats, et du personnel domestique, la vie mondaine est devenue externe, dans le vaste cadre des jardins et des parcs. Alors, dans les châteaux nouveaux, on place les façades principales, non plus au dedans, mais au dehors; et on leur donne la physionomie la plus artistique et la plus pittoresque.
Dans les vieilles forteresses féodales, dans les anciens manoirs, qu’on ne peut songer à démolir, par économie et par respect du passé, on perce, au travers des courtines épaisses et des sombres parois des tours et des donjons, de nombreuses et larges ouvertures, qui laissent entrer dans les intérieurs de l’air, de la lumière, et le soleil. Les hauts toits en poivrière, les grandes combles aigus s’ajourent de lucarnes légères et élégantes. On établit partout des galeries extérieures; on couronne même, parfois, les corps de bâtiment de terrasses et de belvédères, d’où peuvent être vus à l’aise les spectacles de la Cour, et admirées les beautés de la nature, car le sentiment esthétique s’est modifié à tous les points de vue, en même temps.
L’évolution qui s’est faite dans l’architecture des châteaux a amené, en effet, une évolution complète dans l’architecture des jardins. Les glacis et les boulevards des forteresses se transforment en parterres fleuris, en bosquets de verdure; les eaux des douves profondes servent à alimenter des bassins et des canaux, des fontaines et des cascades. Les bois et les forêts qui entourent les châteaux sont
Hôtel de ville de Compïègne Type d'architecture du commencement du xvi® siècle
LA* RENAISSANCE ARCHITECTURALE
aérés par de longues et larges avenues, propices aux chevauchées, et qui font aux édifices des perspectives ombreuses.
Après ces transformations opérées habilement par des maîtres maçons, d’une habileté et d'une inge'niosité extraordinaires, les châteaux rajeunis n’en donnent pas moins la sensation générale de l’architecture du passé; tant la tradition de cette architecture est vivace, profonde et indéracinable dans l’àme et l’imagination de tous. Et il semble bien que, pour désuètes et inutiles qu’elles paraissent, les formes féodales et guerrières, dont elle maintient l’emploi, sont tenues par la noblesse, la bourgeoisie, et le peuple, pour infiniment respectables et nécessaires, comme l’expression matérielle d’une grandeur, d’une gloire, et d’une puissance nationales qui se continuent indissolublement par la prospérité et parla sécurité. « Quand, au dict an 1527, fut commencé à abattre la Grosse Tour du Louvre, « par commandement du roi pour applicquer le chastcau du Louvre à logis de plaisance », le chroniqueur du «Journal d’un bourgeois de Paris » se fait, ainsi, l’écho des doléances et regrets populaires : « Toutcsfois fut grand dommaige de « la desmolir, car elle estoit très belle, haulte et forte, et estoit appropriée à « mettre prisonniers de grand renom ».
A Chantilly, par exemple, dans les gravures anciennes de Jacques Androuet du Cerceau, Israël Silvestre et Pérelle qui nous la montrent telle qu’elle était en 1 53o, la résidence nouvelle d’Anne de Montmorency présente, dans son ensemble extérieur, une silhouette encore toute médiévale, aussi imposante que pittoresque, avec scs sept robustes tours rondes aux soubassements évasés, aux toits en poivrière, et aux larges mâchicoulis, s’élançant fièrement des douves profondes; avec son pont-levis jeté sur un large fossé, avec sa porte massive d’entrée, ébrasée en archivoltes, et surmontée d’un tympan; avec les grands combles de ses nombreux corps de logis. Jusque sous Charles IX, le château de Fontainebleau avait gardé, en chacun de ses tournants, des tours d’un caractère féodal, et rappelait ainsi, de loin, dans sa physionomie d’ensemble, le vieux manoir de saint Louis et de Philippe le Bel. Le Louvre, lui-même, dans les vues du Plan de la Tapisserie (i5qo environ), du Plan de Mérian ( 1 6 1 3), du Plan de Gomboust (1602), de l’album de Jacques Cellier ( 1 586) , par ses quatre hautes tours garnies de créneaux et de mâchicoulis, par son enceinte fortifiée que des fossés entourent, et par ses portails d’entrée à baies ogivales, flanqués de tourelles, auxquels on accède par des ponts-levis, évoque à l’imagination le vieux palais bâti par Raymond du Temple, tel que le montrent le rétable du Palais de Justice et la miniature des Heures du duc de Berry.
François Ier, les princes, et les grands seigneurs font-ils construire de toutes pièces des châteaux nouveaux, ils ordonnent, et les maçons ont grand soin, de conserver le dispositif topographique général créé au Moyen âge pour les forteresses royales et féodales : un vaste quadrilatère avec pavillons ou tours
Physionomie
médiévale
des
châteaux nouveaux.
Maintien dans les
nouveaux châteaux du
dispositif topographique du Moyen âge.
Plan de P abbaye de Thélème.
Maintien
des aménagements intérieurs du Moyen âge.