CHAPITRE PREMIER
et décoratives, sauf qu’au rez-dc-chaussée il y avait deux fenêtres au lieu d’une. L'arcade aveugle du premier étage contenait une longue inscription dédicatoire ; et le trumeau de l’étage supérieur, un motif d’une forme carrée dans lequel deux angelots soutenaient les armes de France et celles de la maison d’Amboise.
I.cs galeries Les corps de bâtiments de l’est et de l’ouest, fermant la cour d’honneur,
de la cour d honneur, ressemblaient extérieurement à la façade de la « Grant Maison ». Intérieurement, sur la cour, ils comprenaient un rez-de-chaussée formant galerie ouverte, un premier étage ajouré de fenêtres à double meneau, et un grand comble avec riches lucarnes; à l'angle sud-est, près de la vis de la chapelle, la galerie faisait retour sur un tiers environ de la « Grant Maison ». Le maître d’œuvre avait imaginé pour les façades un décor sculptural qui, par la richesse, l’ingéniosité, l’élégance et la délicatesse des motifs, d’une grande variété, égalait, s’il ne les dépassait pas, les créations les plus fameuses de l’art italien en ce genre. La galerie ouest se divisait en grandes baies à arc surbaissé, dont les retombées portaient sur des piliers, sauf pour les deux arcades de milieu reposant au centre sur une clef de voûte, le pilier du milieu ayant été supprimé pour agrandir la baie. Les piliers sont formés d’un faisceau de fines colonnèttes annelées au milieu, entourant un fût central, couvert d’arabesques. Puis, les colonnettes se changent en pilastres prismatiques, entre lesquels s’appuyent les retombées de l’archivolte. Et les piliers se terminent par de pittoresques fieurons (i). Au-dessus des arcades se développe une corniche formée de bandes de quatre-feuilles, de denticules et de postes crénelées.
Au premier étage, le décor se composait d’une large frise de rinceaux, de grotesques, et de figures de femmes et d’enfants, se déroulant immédiatement au-dessus de la corniche du rez-de-chaussée, et divisée, par une grande figure féminine allégorique, en autant de compartiments variés que le rez-de-chaussée comptait de doubles arcades. Dans les entre-fenêtres, deux panneaux, encadrés de pilastres à arabesques, contenaient de grands médaillons à têtes d’impératrices et d’empereurs romains, avec cartouches antiques et motifs de cornes d’abondance et de vases à fleurs et à fruits. Au-dessus de ces panneaux et des croisées, une double frise d’arabesques et de grotesques formaient entablement. De hautes lucarnes, pyramidant dans leur ornementation touffue de clochetons, de pinacles, de crochets, etc , et une crête dentelée, complétaient ce bel ensemble décoratif.
Tout en reproduisant l’ordonnance architecturale de la façade ouest, en vue de l’harmonie générale de ces deux parties parallèles de la cour, la façade est présentait une diversité d’ornements qui lui donnait une originalité particulière.
(i) I. 'Ecole nationale des Beaux-Arts à Paris possède des fragments de cette galerie qui ont pu être sauvés, en 1802, par Alexandre I.enoir ; ils ont été reconstitués dans la deuxième cour de l’établissement. Un architecte, M. Huchard, a fait pour l’ouvrage de Deville sur Gaillon une restitution de la galerie ouest, que nous reproduisons ici.
LES MAITRES DE GAILLON
ÎOCJ
Chaque arcade était supportée par des colonnes fleurdelisées ; au-dessus de la corniche du rez-de-chaussée, l’on voyait un grand bas-relief en marbre représentant le Siège de Gênes, en avril 1007, à la suite de la révolte des habitants contre la domination française, et l’Entrée solennelle de l'armée dans la ville, au lendemain de la reddition, à laquelle Georges Ier d’Amboise avait contribué par son habile diplomatie. Et, aux effigies des Douze Césars ornant les panneaux d’entre-croisées, avaient été ajoutés les bustes de Louis XII, du cardinal, et de Charles d’Amboise, grand maître de France, maréchal et amiral, gouverneur et lieutenant général du roi aux duchés de Milan et de Gênes, mort à Milan, le 4 mars 1 607.
L'œuvre de Pierre Fain constitue la plus belle floraison d'art architectural L’œuvre
qui, non point seulement en Normandie, mais dans la France entière, se soit de Pierre Pain, produite à l'aurore de la Renaissance.
Au centre de la cour pavée de dalles de pierre de liais de diverses couleurs, La fonta'me en façon de « marquetage », fut érigée en i5o8 une fontaine de marbre, don de la cour d’honneur, de la République de Venise, mesurant environ sept mètres de hauteur, formée de deux vasques que supportaient des figures de femmes nues, et couronnée par une figure d’homme, debout sur un socle en forme de vase, à la panse et au pied ornés de satyres et de naïades. L’eau, jaillissant de vasque en vasque par des mascarons barbus, retombait dans un large bassin octogonal en marbre, mesurant cinq mètres de diamètre, dont trois panneaux portaient une figure de Saint Georges terrassant le dragon, les armes de Louis XII, celles du cardinal Georges Ier d'Amboise, et une inscription latine commémorative de l'érection du monument (1).
Gaillon n’était point encore achevé quand le cardinal mourut à Lyon, le 20 mai 1 5 1 o. Son testament contenait relativement à cette résidence la clause suivante : « Je donne dix mille livres pour la fondation de Gaillon, que j’entends « faire, ma chapelle achevée, tout ainsi qu'il aparaistra par la fondation ou par « l'ordonnance de mes exécuteurs, et sera le patron monsieur Saint-Georges. » Les travaux complémentaires furent la construction du Jeu de paume, du pavillon octogone du jardin, surmonté d’une statue de Saint Jean en cuivre dont l’auteur anonyme est désigné dans les Comptes sous le titre de « tailleur d'antiques », de la grande galerie du jardin que l’on mit deux ans à bâtir, de l’ermitage du Lidieu et de sa chapelle.
Lâgs du cardinal en
faveur de Gaillun.
(1) Deville déclare que la fontaine de la cour fut détruite, en 1757, par ordre «le l’archevêque, M. de Saulx-Tavannes, qui ne voulait point faire les frais de sa réparation; et, à l’appui de son assertion, il a publié une affiche de vente des matériaux du monument. Il semble que cette démolition ne fut point effectuée, sans doute en présence des protestations que souleva ce projet. Un voyageur, Ducarel, qui visitait Gaillon en 1767, soit dix ans après, décrivait la fontaine; et un dessin, de la collection Destailleur, exécuté- au moment où la Hande noire, en 1793, démolissait le château, contient une figuration de cette fontaine.