‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 73 sur 236 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le coût de Gaillon.

Georges II d’Amboise à Gaillon.

Le cardinal Charles de Bourbon à Gaillon.

Le cardinal n’avait guère pu jouir de sa chère maison, pour la construction et l'embellissement de laquelle on calcule, d’après les Comptes qui en sont restés, qu'il dépensa 1 53. 600 livres, représentant environ 3 millions de francs de notre monnaie. Il n’y put venir que très peu souvent, une dizaine de fois, pendant l’espace de sept années. Son plus long séjour fut, en i5oc), d’un mois, d’octobre à novembre : il était tombé malade. Le premier historien du grand ministre a conté qu'à son lit de mort i! exprima dolemment le regret, « moriens deploravit », d'avoir fait bâtir cette « magnifique demeure, craignant que ses successeurs « n’aimassent trop à résider dans un si délicieux séjour, qui n’est pas de leur « diocèse » (1).

En effet, Georges II d’Amboise, qui succéda à son oncle, comme archevêque de Rouen, et qui avait reçu spécialement en héritage « les meubles de Gaillon « et l’accommodement de la maison tel qu’il est », résida presque constamment à Gaillon et négligeait ainsi quelque peu les affaires de sa fonction archiépiscopale. François Ier lui-même eut à lui en (aire le reproche dans une circonstance où, il il est vrai, l’insouciance du prélat semble avoir été quelque peu diplomatique. Il s’agissait de la réponse à faire à une demande de subsides adressée par le roi au clergé de Normandie, à la veille de la Campagne d’Italie : « Mon cousin, écrivait « le roi, à la date du 19 juin 1 5 2 3 , je vous ay escript plusieurs lettres depuis « votre partement d’avec moy et n’ay eu de vous une seule réponse par lettre, « qui me fait penser que vous avez eu petite souvenance de mes affaires et de ce « que je vous dis à votre partement d’avec moy, et sur ce propos vous povez « considérer si je me doy contenter aussi de ce que ne bougez de Gaillon, et « deveriez estre à Rouen pour faire diligenter l’affère qui me touche et à mon « royaulme plus que vous ne pensez. »

Le successeur de Georges II d’Amboise sur le trône archiépiscopal de Rouen, le cardinal Charles de Bourbon, connu dans l’histoire sous le nom du Roi de la Ligue, s’éprit également de Gaillon et y fit exécuter des travaux importants en constructions annexes et en agrandissements des jardins et des terrasses.

Au commencement du xvii® siècle, le cardinal de Joyeuse son successeur, François de Harlay, et Nicolas Colbert, nommé archevêque en 1691, entretinrent soigneusement le château et ses dépendances, en restaurèrent certaines parties détruites par des incendies, firent construire des bâtiments nouveaux ; mais les prélats rouennais du x v 1 1 1" siècle, Claude-Maurice d’Aubigné, et de Saulx- Tavannes, notamment, laissèrent, par leur incurie et leur avarice, s’en aller en lambeaux les constructions du jardin et du parc, et se détériorer des parties importantes du château.

(1) T.egendre : Vie du cardinal d' AmboiSe.

LES MAITRES DE GAILLON

La Révolution allait ruiner définitivement l’œuvre admirable de la Renaissance. En vertu d’un décret de la Convention, en date du 20 août 1792, Gaillon, saisi comme propriété ecclésiastique, fut mis en vente aux enchères. En réponse aux protestations qui s’élevèrent contre la destruction imminente de ce monument, l’ingénieur en chef du département répondait imperturbablement que « tout cela, dans son ensemble, ne pouvait être considéré comme un chef-d’œuvre de l’art dont on dût ordonner la conservation ». La bande noire qui acheta le château le dépouilla de tout ce qui, en tant qu’œuvres d’art, pouvait se vendre ; et, les bâtiments dépouillés des marbres, boiseries, marqueteries, sculptures, elle en commença la démolition qui ne fut point achevée. En 181 3, le Département racheta ce qui restait de Gaillon, et en fit une Maison centrale de détention.

Les travaux de Gaillon achevés, nous retrouverons à Rouen deux de ses maîtres maçons occupés à une entreprise importante.

Vers les premières années du xvi9 siècle, Antoine Bohier, abbé de Saint-Oucn, président de la Cour de l’Echiquier, chargeait Jacques Theroulde de bâtir un hôtel abbatial. Le devis de la construction, signé le 14 novembre 1002, était de 2.710 livres pour les premiers travaux. Dans son « Histoire de l'abbaye de Saint-Ouen », Dont Pommeraye a publié une description de cet édifice, qui passait pour un des plus beaux de Rouen : « La maison abbatiale consiste, « dit-il, en un grand corps de logis de pierre de taille à l’antique, qui paroist « assez magnifique, estant composé de deux estages. Le principal costé du « bastiment regarde sur la grande cour ; il a un retour d’équerre qui va joindre a une longue galerie où est la chapelle des abbez, dont la structure est fort « belle. Le grand escalier de pierre de liais donne de la communication au basti- (( ment et à la galerie, au bout de laquelle se voit une grande salle qui servoit « autrefois de bibliothèque où il y avoit soixante huissets, comme il se remarque « par les anciens comptes... Il y avoit autrefois dans le jardin qui estoit fort « spacieux un beau bassin de marbre blanc qui recevoit un jet d’eau de la « fontaine qui y couloit. » Une gravure de cet ouvrage complète heureusement cette trop courte description, et permet d’apprécier toute l’originalité pittoresque de l’édifice.

Antoine Boyer fit ajouter, quelques années plus tard, au corps de logis une annexe importante, dont la construction fut confiée à Pierre Fain et Pierre Delorme. D’après un compte de 1509, l’abbé de Saint-Ouen devait à ces deux maîtres maçons rouennais 2.200 livres, « par marché faict à eulx par le dict « abbé de faire un corps de maison et galerie à commencer et joindre au dernier « cabinet de dessus le jardin de irions., en allant de l’infirmerie, auquel corps « y auroit plusieurs chambres, une librairie, garde robbe et une wys au bout « d’icelle galerie ».

L’hôtel abbatial de Saint-Ouen, affecté, pendant les xvi8 et xvu0 siècles, aux

La

destruction de Gaillon sous la Révolution.

Les

maîtres de Gaillon à Rouen.

L’hôtel abbatial de Saint-Ouen.

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