CHAPITRE DEUXIÈME
Registres du Tabcllionnage de Rouen nous le montrent encore concluant, en association avec Jehanson Salvart, un marché de 3oo écus d’or pour des travaux à exécuter en l'église Saint-Maclou. Jacques Le Roux avait donc de qui tenir professionnellement ; et, sans aucun doute, il fit son apprentissage et son compagnonnage sous la direction de son père.
On ne sait rien de Jacques Le Roux, jusqu’en 1480, année où il fut nommé « maistre des œuvres de maçonnerie de Saint-Maclou », en remplacement d’Amboise Harel. Un acte du Tabcllionnage, en date du 6 septembre 1482, le qualifie ainsi. Son nom se lit ensuite dans les Comptes de la cathédrale pour l’année 1487; il est employé aux premiers travaux de construction delà tour de Beurre par Guillaume Pontifz. En 1489, Jacquesde Plains, archidiacre de Carcassonne, mandataire de Jean Bohier, abbé de Fécamp, faisait marché, avec lui, au prix de 4.000 livres, pour la construction de la chapelle absidiale de l’église de la Trinité, dans cette ville. L’année suivante, on le trouve en expertise des fortifications de Pont-Audemer, avec le maître d’œuvre de l’église de Saint-Ouen.
Le
« Parloir aux bourgeois de Rouen, œuvre présumée de Jacques Le Roux.
La principale œuvre connue de Jacques Le Roux est le corps de bâtiment de gauche du Palais de Justice de Rouen.
En 1493, le 20 février, les membres du Conseil de la ville se réunissaient à l’Hôtel commun, devant le bailli de Rouen, pour délibérer sur la construction, au Neuf-Marché, d’un « grand corps de maison auquel pourront être recueillis « les gens de tous états de la dite ville et autres illec, faire leurs assemblées, « parler et négocier de leurs affaires (1) ». Mais, à la suite du manque d’argent, sans doute, la réalisation de ce projet fut ajournée pendant de longues années. Les travaux ne commencèrent que vers l'année i5oo. Le 12 septembre i5o2, fut faite une première visite de la maçonnerie par quatre maîtres maçons et ouvriers. En tête de la liste, on lit le nom de Jacques Le Roux; puis viennent ceux de Jean Le Guallays, Guillaume Le Franc, et Isidore Bernard. En quelle qualité le premier était-il chargé de cette opération? Le document qui rapporte cette visite n’en fait point mention. Ne peut-on supposer que c’était en qualité de
(1) Cette construction fut ainsi motivée dans l’ordonnance rendue à cet effet par le bailli Collard de Moy :
« Comme de grande ancienneté et du temps de nos prédécesseurs baillis du dit Rouen, et de « nous, par défaut de bon ordre et police en ceste bonne et louable cité de Rouen plusieurs des états « de la dite ville et cité et ceux du dit pays de Normandie et d’autres nations venant
« en la dite ville pour leurs affaires, ayant accoutumé eux assembler en l’église Notre-Dame de
« Rouen, même aux dimanches et autres fêtes, et illec tournier, parler, et négocier de leurs affaires « contre l’honneur de Dieu, notre créateur, et de sa très glorieuse et sacrée mère, et tellement que « le lieu de la dite église, qui est et doit être le lieu d’oraison dédié à Dieu et à l’église pour le « service divin, était appliqué comme terre profane... dont la dite ville et cité et tous les états d’icelle « étaient fort scandalisés par tous pays, et dont faisait moult redouter l’ire de Dieu, notre créateur
« et aussi par les saintes prédications qui, le temps passé, avaient été et sont faites, en ce présent saint
k temps de Carême, telles négociations et scandales faits en l’église avaient été et étaient réprouvés, « en admonestant les dits citoyens d’y remédier et pourvoir. »
QUELQUES MAITRES ROUENNAIS
maître d’œuvre, auteur des plans et directeur des travaux? Evidemment, cette supposition est toute de sentiment, mais, à défaut d’une base de document, en l’absence de tout autre nom de maître maçon à faire intervenir avec plus de présomption d’exactitude, l’attribution à Jacques Le Roux de cet édifice peut se défendre par la haute situation professionnelle de l’artiste, et par quelques autres considérations qu’on lira plus loin dans la partie de cette étude consacrée à la construction du Palais de l’Echiquier.
En i5o8, les travaux du nouveau Palais étaient assez avancés pour que Louis XII pût, cette année-là, y présider, entouré d'une partie de sa cour, une séance de l Echiquier de Normandie, qui y siégeait, en attendant l’achèvement de son palais particulier.
Entre temps, lorsque Guillaume Pontifz, devenu vieux et infirme, eut résigné ses fonctions de maître de l’œuvre de la cathédrale, Jacques Le Roux fut appelé, le 18 novembre 1496, à lui succéder. Ace moment, la construction de la tour de Beurre en était arrivée à son couronnement. Le Chapitre demanda des plans à Jacques Le Roux pour cette partie de l’édifice; et les travaux en commencèrent l’année 1 5oq. Deux ans après, le maître maçon recevait l’ordre de dresser les plans de reconstruction du portail central de la cathédrale, qui venait de tomber en ruine par vétusté. Il y consacra une année entière et se fit aider par son neveu Rouland Le Roux. Le projet fut trouvé « magnifique et somptueux» (1). Mais, lorsque le Chapitre ordonna de le mettre à exécution, Jacques Le Roux eut la loyauté de ne point vouloir se charger de cette entreprise, se sentant incapable, pour raison de santé, de pouvoir la mener à bonne fin. Le 27 janvier i5o8, il donnait sa démission de maître de l’œuvre de la cathédrale et proposa pour le remplacer Rouland Le Roux, qui fut agréé le 8 janvier suivant, « ouï le rapport sur l’habileté, l’expérience et la suffisance » du jeune maître maçon.
Rouland Le Roux, dont la date de naissance est encore ignorée, avait fait, en travaillant sous les ordres de Guillaume Pontifz, et aux côtés de son oncle sur le chantier de la tour de Beurre, son double apprentissage de maçon et de tailleur de pierre, deux métiers inséparables en ce temps (2). Il fut tout d’abord au service de la municipalité de Rouen. Les registres des délibérations du Gonseil de la ville le montrent, de 1 509 à 1 525, — sa nomination est antérieure — , faisant des rapports, rédigeant des projets sur les travaux les plus variés qui, en
(1) Deville : Revue des architectes de la cathédrale, p. 56-59.
(2) Dans les comptes relatifs aux travaux de la cathédrale, exercice 1525, Rouland Le Roux figure comme ayant touché 45 livres pour avoir « taillé à la tâche » plusieurs pierres des voussures du grand portail, moyennant un prix fait de 7 livres 10 sous par pierre. (Archives de la Seine-Inférieure, G. 2525.)
Les mêmes comptes font mention, aux dates de 1477-1478 et 1487-1488, de paiements à Guillaume Pontifz, le célèbre maître d’œuvre de la cathédrale, « pour sa peine d’avoir taillé de nuy, et, à son « hostel, durant le temps d’hyver, pour faire dix guimberges, deux entrepiez, trois voulseures servant « à la grant arche qui porte le pilier de dessus où l’autel de la Tour (de Beurre) sera une piscine « portant tabernacles, doubles arches et crestos dans son chambranle ».
Retraite
de Guillaume Pontifz.
Jacques Le Roux lui succède comme maître de l’œuvre de la cathédrale.
Les plans du grand portail central
de la cathédrale.
Rouland Le Roux.
Le Palais de l’Echiquier de Normandie.
ce temps-là, constituaient les attributions administratives d’un « maistre des œuvres de maçonnerie », de municipalité: canalisations d’eau, choix d'emplacement de fontaines publiques, construction de marchés couverts, réparation de ponts, de remparts, de portes de ville, etc. Il recevait 10 livres de gages annuels (i).
Mais Rouland Le Roux avait été précédemment chargé d’une œuvre importante qui le mettait déjà hors de pair : la construction du Palais de l'Echiquier de Normandie.
Voulant rendre cette institution désormais permanente et en fixer définitivement le siège jusque-là constamment variable, Louis XII ordonnait, en 1499, au mois d'avril, que la Cour souveraine de l’Echiquier de Normandie, « pour l’universel bien du pays » serait tenue « ordinairement et continuellement dans son palais de la bonne ville et cité de Rouen ». Ce palais devait être construit aux frais de la ville ; aussi, les Registres des Délibérations du Conseil et les Comptes municipaux contiennent-ils, à partir de 1499, de nombreux articles se rapportant à la construction de cet édifice, qui fut, pendant un assez longtemps, différée, et dont les travaux durèrent plusieurs années, avec des intermittences fréquentes provoquées sans doute par le manque d’argent (2). Il semble résulter de ces divers documents que le Palais de l’Echiquier fut commencé vers i5o5 et achevé vers 1 5 1 4,
Parmi les historiens du Palais de Justice de Rouen la plupart (3) ont cru
que les deux parties de cet édifice, l’aile ouest et l’aile nord, furent élevées
simultanément ; et ils ne font entre elles aucune distinction. L’erreur est manifeste. La façade de la salle des Pas-Perdus et la façade de la Cour d’assises présentent de grandes différences de dispositions architecturales et décoratives. Les hauteurs des étages et des fenêtres ne sont point les mêmes dans l’une et l’autre. Le corps de bâtiment de l’ouest se prolonge sur toute la profondeur du corps du bâtiment du nord, avec ses contreforts; et un examen attentif des ouvertures du premier démontre qu’elles ont subi des remaniements de situation après l'achèvement du gros œuvre, lorsque l’on entreprit la construction du Palais de l’Echiquier (4).
Pendant longtemps le Palais. de Justice tout entier a été attribué à
Roger Ango, qui fut « maistre des ouvrages et réparations du domaine de la
ville », vers le temps de la construction des deux édifices, et qui mourut en
(1) Ch. de Beaurepaire : Les architectes de Rouen dans la -première partie du XVI* siècle, dans le Bulletin de la Socété des amis des monuments rouennais, année 1904.
(2) Dans les premières années de la construction du Palais de l’Echiquier, les délibérations et les comptes relatifs à cet édifice et à celui qu’élevait Jacques Le Roux s’enchevêtrent; et il n’est point toujours aisé de reconnaître auquel des deux édifices ils se rapportent.
(3) Notamment Paris, de Stabenrath, et Delaquérière.
(4) Duveau : Palais de Justice de Rouen. Etude sur la position des lucarnes de la salle des procureurs. Bulletin de la Société des amis des monuments rouennais, année 1903, p. 99-108.
Grand portail de i.a cathédrale de Rouen
Œuvre de Rouland Le Roux
QUELQUES MAITRES ROUENNAIS
septembre 1 Soq. Son nom est inscrit, en effet, deux fois, dans les Comptes municipaux, à propos des travaux exécutés au Neuf-Marché. Mais, il semble bien, aujourd’hui, que Rouland Le Roux doive être tenu désormais pour le maître d’œuvre de cette merveille architecturale, l’une des plus belles Heurs d’art éclose à l’aurore de la Renaissance française : le Palais de l’Echiquier de Normandie.
Les Comptes municipaux mentionnent le nom de Rouland Le Roux dans
.. . . . Rouland Le Roux
un article concernant la construction de ce palais. En sa qualité de jure des maître d'œuvre
ouvrages de maçonnerie, il mesure, en présence de Roger Ango, les pierres de du Palais de l’Echiquie
Saint-Leu fournies par Jean Dessoûles et autres carriers. Il aurait été appelé à
diriger ces travaux, très vraisemblablement pour les raisons suivantes. Le
cardinal Georges Ier d’Amboise avait pris une part prépondérante à la réforme
de l’institution de l’Echiquier de Normandie et à son installation définitive à
Rouen. Le 25 juin 1499, le Conseil de la ville s’empressait de députer auprès de
lui, en même temps qu’auprès du roi, un de ses membres « pour le fait du
pa liais ». Or, le puissant ministre de Louis XII tenait en la plus haute estime
artistique Rouland Le Roux qu’il avait vu à l’œuvre à la cathédrale, comme
collaborateur de son oncle pour les plans et devis du grand portail central.
N’est-il pas admissible que le jeune maitre maçon ait été recommandé, pour ne pas dire imposé, par Georges Ier d’Amboise ? Des analogies nombreuses de dispositions architecturales, de tracés, de motifs de décoration, entre ce portail et la façade du Palais de l’Echiquier ont été relevées par des hommes de métier, d’une compétence et d’une expérience indiscutables (1). Elles apportent une confirmation technologique à l’attribution basée sur les précédentes considérations.
Rouland Le Roux était, au Palais de l’Echiquier, le maître d’œuvre, chargé de l’exécution des plans et devis qu’il avait dressés ; Roger Ango remplissait auprès de lui la fonction de surveillant des travaux, de payeur des ouvriers, de receveur des matériaux, etc., au titre de « maistre des ouvrages et « réparations du domaine de la ville », fonctions qu’après sa mort remplirent, successivement, Robert Pavillain, de iôoq à 1 5 1 5 , Robert le Moyne, de 1 5 1 5 à 1539, et, en 1 539, Lc Gaÿ.
Ayant à bâtir le Palais de l’Echiquier sur la place du Neuf-Marché, à côté
( 1 ) L. Lkfort écrit dans V Architecture et la construction dans l'ouest, août 1903 : « On retrouve « dans les balustrades (du portail de la cathédrale) exactement les mêmes tracés qu’au l’alais ; la dispo- « sition des groupes de quatre cercles, séparés par des montants encore gothiques est identique : mêmes « cercles, même distribution dans les corniches. On ne peut admettre qu’exactement, au même moment, « deux architectes différents se seraient copiés pour reproduire identiquement les mêmes motifs. »
Mêmes observations faites par J. -B. Foucher, sculpteur des Monuments historiques, qui, retrouvant sur la façade du Palais de l’Echiquier, au portail central de la cathédrale et dans la couronne de la tour de Beurre, les mêmes « roues » stylisées, au milieu de motifs d’ornementation identiques, est d’avis qu’il faut y voir une signature d’artiste en forme de rébus lapidaire, allégorisant à la fois le nom et le prénom de Rouland Le Roux. Il existe de nombreux exemples de ces signatures-là, dans les œuvres d’architecture du Moyen âge. (Mémoires publiés dans ia même revue.)
CHAF1TRE DEUXIÈME
du « Parloir aux bourgeois », ou « Salle de Justice », Rouland Le Roux se trouvait dans une situation délicate, difficile, dangereuse même pour la réputation d’un maître maçon qui aurait eu moins de fertilité d’imagination et moins d’habiletc de métier. Une double alternative se présentait. Aurait-il pour le second palais suivi les plans du premier ? Le neveu n’était plus que le plagiaire de son oncle; et l’œuvre de celui-ci se trouvait écrasée par l’œuvre nouvelle, qui en paraissait le simple prolongement. D’autre part, une construction différant de proportions, de dispositions et de physionomie, devait, par un contraste immédiat et violent, dénaturer la construction voisine, conçue et exécutée en vue de son indépendance et d’une situation topographique particulière. Rouland Le Roux sut trouver une solution qui, tout en lui permettant de faire preuve de son génie créateur, respectait pieusement l’œuvre de Jacques Le Roux, et en faisait même valoir les qualités particulières d’unité, de simplicité et de noble élégance. Un simple confrère en architecture aurait-il eu les mêmes préoccupations ? Quoiqu’en ce temps les mœurs corporatives et professionnelles nous apparaissent empreintes généralement de courtoisie, de déférence, et même de cordialité, on peut supposer qu’en cette circonstance le sentiment du devoir familial ne resta point étranger à la décision du jeune maître maçon.
Rouland Le Roux place le Palais de l’Echiquier en équerre du « Parloir aux bourgeois». La construction de Jacques Le Roux conserve, ainsi, sa disposition particulière, et la perspective nécessaire, pour que sa façade ne perde aucune de ses qualités. L’édifice nouveau reçoit l’ordonnance architecturale du premier : un étage unique à hautes et larges baies, qui s’élève majestueusement sur un rez-de-chaussée trapu, simple soubassement ajouré ; une série de piliers à pinacles formant contreforts et séparations de travées; et des lucarnes monumentales s’élevant sur un comble colossal. Mais tous les membres de cette construction constituent l’ossature, à la fois légère et robuste, d’une ornementation prodigieuse de hardiesse, féerique de fantaisie, et merveilleuse de beauté, qui fait de la façade incomparable de l’édifice nouveau un joyau gigantesque d’orfèvrerie de pierre. Il semble qu’avant de céder la place à l'art de la Renaissance, l’art du Moyen âge ait voulu malicieusement, dans ce chefd’œuvre d’architecture et de sculpture, qui, depuis quatre siècles, excite l’admiration universelle, résumer l’extraordinaire virtuosité des maîtres maçonstailleurs de pierre, afin de donner à ses détracteurs le démenti le plus éclatant de leurs pronostics de fragilité et de ruine (i).
j Lors de son voyage à Rouen, en i5o8, Louis XII avait ordonné d’élever,
Bureau de Finances, sur la place du Parvis-de-Notre-Dame, débarrassée des échoppes qui l’enlaidissaient en l’encombrant, un édifice destiné aux services des généraux de finances
(i) La physionomie topographique de l’œuvre de Jacques et Rouland le Roux a été profondément modifiée par les adjonctions successives que le Palais de Justice a reçues et par le déplacement de son escalier monumental primitif.
QUELQUES MAITRES ROUENNAIS IIQ
de Normandie (i). La rédaction des plans et devis et la direction des travaux furent confiées à Rouland Le Roux.
Les travaux commencèrent très probablement en i5o<j ; le maître d’œuvre avait pris l’engagement de terminer la construction au jour de Pâques i b 1 1 , pour répondre au désir du roi de voir élever rapidement cet édifice. La délibération suivante du Conseil de la Ville témoigne de tout cela : « Lundi « 7 octobre 1 5 1 o : Délibération touchant l'usurpation faite sur la voirie en « l’hostel des Généraux sur les Changes queM. R. Le Roux maistre machon des « ouvrages de machonnerie de la dite ville, qui a entrepris sur la dite voirie de « ii piez, en l’un des bouts de la dite maison. » Roger Gouel, procureur du roi, ajouta : « A propos de l’edi Alice que l’on faisoit aux Généraux que ce a « esté mal fait d’entreprendre sur la voirie, et en doit on attraire le dit Roulland « en amende; mais n’est pas d’opinion qu’on y touche parce que le dit Roulland « et ceux qui ont entrepris faire le dit ediffice se sont submys le rendre prest « dedans le jour de Pasques prochain venant, ce qu’ils ne pourroient faire, s’il « estoit dit que l'edifficefut retiré; aussy que le Roy, si ainsi estoit qu’il en oist « parler, pourroit estre mal content, et pourroit le dit ediffice demourer. »
Le Bureau de Finances représente une étape nouvelle dans l’évolution architecturale opérée par Rouland Le Roux. L’ogive et l’arc en anse de panier, employés encore si abondamment au Palais de l’Echiquier, font place à la platebande; le bas-relief à personnages ou ornements supplante le remplage et le fenestrage aux arcs en accolade et au décor Hamboyant ; le pilastre classique se substitue au pilier historié et au contrefort à aiguilles. Le candélabre se pressent déjà dans la forme fuselée de la colonnette des meneaux des fenêtres. Mais le maître d’œuvre a conservé soigneusement la disposition de l’étage unique, l’étage noble, du Moyen âge, aux immenses ouvertures; des niches à dais terminées en pinacles et à socles en tambours sont toujours adossées aux pilastres ou placées en encorbellement aux angles des façades et aux côtés des entrées. Et la sculpture ornementale, aux saillies accentuées, aux creux profonds, reste l’œuvre des vieux tailleurs de pierre.
En 1 53q, l’hôtel, devenu insuffisant pour les services administratifs auxquels il était affecté, recevait une annexe que construisit le maître maçon Auffroy ou Ouffroy, et dont la réception réglementaire fut faite le i5 juillet de cette année-là par Régnault Tyrouin et Jean Challot (2).
A la Révolution, l’Assemblée nationale attribua le Bureau de Finances à la Commune de Rouen. Il fut tout d’abord affecté au double service des
(1) Deville : Revue des architectes de la cathédrale de Rouen, p. 55 : « Rouland Le Roux avait « été distrait un instant du travail du grand portail pour aller démolir, diaprés les ordres du roi « Louis XII (1508), les échoppes qui encombraient les murs de la nef à partir du pied de la tour « de Leurre jusqu’au portail de la Calende. »
(2) Mémoriaux de la Cour des Aydes : Archives municipales, U. l-'° 133