‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 77 sur 236 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Le portail central de la cathédrale.

Adjudications des biens nationaux et du Tribunal de paix et conciliation; puis, le 4 janvier 1792, la Commune décidait de le mettre en vente avec toutes ses dépendances. Mais cette vente n’eut lieu que le 2b juin 1796 ; Pierre-Charles Barbin l’acheta pour la somme de 6o.3oo livres. Les mutilations que l'édifice a subies au cours des siècles en ont fort altéré la physionomie primitive. En 1 S 2 3 , l’on enlevait sur la rue du Petit-Salut les meneaux de la dernière croisée qu’on avait encore conservés. En 1827, la demi-tourelle en encorbellement, percée de trois fenêtres, qui ornait la façade au premier étage, était détruite; et, pour établir un entresol au-dessus de la grande porte d’entrée, on supprimait l’archivolte de cette porte. Plus tard, l’installation de devantures de magasins et d’enseignes a fait détruire une partie des ornements de la façade.

Après sa nomination de maître de l’œuvre de la cathédrale, Rouland Le Roux avait reçu du Chapitre l'ordre d’apporter quelques modifications aux plans qu’il avait faits avec son oncle, pour le grand portail central; puis il avait été invité à en commencer les travaux. Le 18 juin 1.S09, Georges Ior d’Amboise bénissait solennellement les fondations de la nouvelle construction. Le neveu du cardinal, Georges II d’Amboise, qui lui succéda comme archevêque de Rouen, continua au Chapitre l’allocation annuelle de 2.000 livres de son oncle. Occupé simultanément au Palais de l’Echiquier et au Bureau de Einances, Rouland Le Roux négligeait un peu les travaux de la cathédrale. Les Registres capitulaires font connaître que, le 6 juillet 1 5 1 2 , les chanoines mandèrent devant eux le maître de l’œuvre et lui adressèrent de vives remontrances. Ils critiquaient notamment la façon trop finie des sculptures des parties supérieures du portail, ce qui occasionnait des frais inutiles, puisque ces sculptures, disaient-ils, ne pouvaient, en raison de leur élévation, être vues du parvis. Ces critiques durent faire sourire Rouland Le Roux et les tailleurs de pierre; mais ils ne leur firent point abandonner les traditions de conscience professionnelle et d’amour-propre corporatif; et le maître de l’œuvre continua à (aire besogner ses compagnons de leur mieux, sans se soucier des recommandations qu’un sentiment d’esthétique inférieure avait inspirées aux parcimonieux chanoines (1).

Le (5 mars 1014, Rouland Le Roux présentait au Chapitre le « pourtraict » du couronnement du portail. Ce projet fut soumis à l’approbation de l'archevêque, puis donna lieu à une expertise de maîtres maçons renommés et de notables bourgeois de la ville. Mais les travaux, à peine commencés, furent interrompus par l’incendie du 14 octobre, qui détruisit l'aiguille de la tour centrale.

(1) Les registres capitulaires font mention d’un incident du même genre au temps de la maîtrise d’œuvre de Jacques Le Roux. Les chanoines de la cathédrale, un jour, trouvèrent, et firent remarquer, que les ornements de la tour de Beurre, aux étages supérieurs, étaient taillés avec trop de soins, qu'il n’y avait pas lieu de leur donner une finesse d’exécution qui ne pouvait être appréciée par les passants et qui, en outre, les rendait trop fragiles.

Bureau des Finances, a Rouen Œuvre de Rouland Le Roux

QUELQUES MAITRES ROUENNAIS I 2 I

Alors, Rouland Le Roux reçut la mission de faire les plans et devis d’une nouvelle « aiguille », en exhaussant la tour de cinq à six pieds, de manière à ce que la tour pût servir de base à une flèche, construite d’après le meilleur des modèles qui seraient proposés. Le maître maçon résolut de faire là aussi une œuvre nouvelle et originale. Mais, au cours de l’exécution des travaux, des chanoines remarquèrent que les instructions du Chapitre n’avaient pas été observées. Après une première visite faite par quelques-uns d’entre eux, en compagnie d’experts, il fut décidé que le maître de l’œuvre serait invité à fournir des explications. Rouland Le Roux se justifia aisément; il allégua qu'il n’avait en vue que « la beauté de l’ornement » de l’église, en exhaussant la maçonnerie de la tour de 17 pieds. Le Chapitre ne lui tint point rigueur de son initiative, et l’autorisa même à signer en quelque sorte la nouvelle tour, s’il faut reconnaître le portrait du maître dans une figure d’ouvrier maçon placée dans une des niches d’un pilier d’angle.

Sur le soubassement, Rouland Le Roux imagina de placer une flèche en pierre, et il en fit la proposition au Chapitre; mais ce projet audacieux souleva une vive opposition, et donna lieu, pendant plusieurs années, du mois de février 1020 au mois de mai 1 5 2 3 , à de nombreuses visites, expertises et délibérations. Le 12 mai, le Chapitre le repoussait définitivement et adopta les plans d’une flèche en charpente présentés par Martin Desperrois.

Pendant ce temps, Rouland Le Roux avait fait besogner au portail central. Le 19 mai 1 5 20, i 1 soumettait au Chapitre les plans et devis de deux tourelles devant servir de contreforts latéraux, et prenait l’engagement d’en terminer la construction dans le délai d’environ douze mois. Le Chapitre accepta les plans et devis, et prit acte de l’engagement; mais, à la suite de multiples incidents, qu’il serait trop long de rapporter, les travaux durèrent près de sept années, jusqu’en 1027.

Le portail central de la cathédrale est un chef-d’œuvre. Deux contreforts polygonaux en forme de flèches, garnis de pilastres, de niches aveugles ou habitées, et terminées en pinacles, encadrent une porte formée de cinq archivoltes en arc aigu, d’un gable triangulaire très élancé, aux rampants garnis de crochets de feuilles de choux, qui atteint le sommet de la rose centrale de la façade. Au-dessus de la balustrade du milieu, ajourée, se développe une galerie de fines colonnettes supportant des arcs en accolade. Les niches des contreforts, les canaux des archivoltes sont peuplés de figures de saints, d’apôtres et de vierges, sculptés par les maîtres imagiers : Regnaud Tyrouin, Jean Chaillot, Andrée le Flament, Mathieu Laignel et Jean de Rouen; et, dans le tympan, le grand artiste Pierre Desolbeaux a dressé son fameux arbre de Jessé.

L’architecture ogivale à son déclin, comme le soleil à son crépuscule, se couchait dans la gloire de scs derniers rayons, illuminant et fécondant encore d art et de poésie la terre normande.

L’aiguille de la tour centrale de la cathédrale.

Achèvement du portail central de la cathédrale.

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