‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 83 sur 236 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

Saint-Gervais et Saint-Protais de Gisors.

Première mention de Robert Grappin dans les Comptes de la Fabrique.

Le portai 1 du nord de l'église.

Robert Grappin « maistre maçon de l’ouvrage ».

Robert Grappin « ymaginier ».

L’une ci l’autre ont résumé synthétiquementleur esthétique et leur technique en deux grands édifices religieux : Saint-Gervais et Saint-Protais de Gisors, et Saint-Maclou de Pontoise.

Les fondateurs et les continuateurs de ces Ecoles furent des maçons-tailleurs de pierre, qui, certainement, ne quittèrent jamais les chantiers où, suivant les habitudes corporatives, ils s’étaient formés et qui n'allèrent pas en Italie étudier les monuments antiques. Particularité qui est une saisissante infirmation des légendes ultramontaines, ces maçons ont peut-être, plus encore que les architectes de leur temps, cherché ardemment, avec une admirable continuité d’efforts et de résultats, à appliquer méthodiquement, de leur mieux, les principes de l’Architecture classique, tout en maintenant leur originalité, caractérisée par une manière personnelle, puisqu’elle a servi à délimiter les domaines propres et la limite d’influence des maîtres gisorciens et des maîtres pontoisiens.

L'église Saint-Gervais et Saint-Protais de Gisors fut reconstruite presque entièrement pendant le cours du xvi° siècle. Les travaux commencèrent en 1497, mais restèrent longtemps en suspens. Cependant, à l’avènement de François Ier, toutes les chapelles autour du chœur, le croisillon sud et le portail sud étaient évidemment achevés, sous les directions successives des maîtres d’œuvre Pierre Gosse et Robert Jumel, son beau-frère. Ce dernier élevait, de 1 5 1 5 à 1 52 1 , le portail du nord. Tout cela est de style ogival.

A la date de 1 5 1 8, apparaît pour la première fois, dans les Comptes de la Fabrique (1), le nom de Robert Grappin. Le maçon y est dénommé « le petit maistre Robert ». Avec son varlet et ses trois aides, Nicolas Robin, Jehan et Jacquet, il travaille à la construction du portail du nord. Quelle était à cette date la situation exacte de l’artiste? La qualification de « maistre», et la mention d’un varlet et d’aides semblent indiquer qu’il est à la tète d’un chantier ; par conséquent, il a une certaine situation indépendante et personnelle au point de vue de la direction des travaux. Ce portail du nord, dont on creusait les fondations dans les premiers mois de 1 5 1 5 , est dans le style ogival de la fin du xve siècle. Robert Jumel en donna les plans et en dirigea la construction, en association avec son beau-frère, Pierre Gosse ; les documents officiels le dénomment: « maistre de l’œuvre de céans ».

En i5'2o, Robert Jumel disparaît des Comptes, très probablement par suite de sa mort. A la date de 1 52 1 , on y trouve un payement fait à Robert Grappin, au titre de « maistre maçon de l’ouvrage de la dite église ». Il avait donc dû succéder directement à Robert Jumel, comme maître d’œuvre, sans cesser, d’ailleurs, de continuer à besogner de son métier « d’ymaginier ». En effet, les Comptes spécifient les travaux suivants :

^i) L. de I .aborde : Documents tirés des archives de Saint-Gervais et Saint-Protais de Gisors. Annales archéologiques, t. IX.

Façade principale de l’église Saint-Gervais et Saint-Protais, a Gisors

Œuvre de Robert Grappin

« 1 5 2 1 . Item a esté paie à maistrc Robert Grappin, inaistre maçon de « l'ouvrage de la dite église, sur et tant moings de la somme de vingt livres i< tournois par marché à Iuy faict, pour faire toutes les imayges qui conviendra « faire au dernier et plus liault estaige du portail neuf, pour ce xuj liv. xs. »

Ces « imayges » sont les sept grandes figures qui remplissent encore aujourd’hui une galerie ou plutôt une série de niches placées au sommet du portail du nord.

Les Comptes de id23 signalent encore d’autres paiements faits à « l’ymaginier » pour travaux de sculpture :

« 1 523-79. A esté payé à maistre Robert Grappin et à Nicolle Jouette pour « leur peine et sallaire de avoir faiz et assis en la dite église deux benestiers qui « sont pour le présent aux deux portes de l’entrée de la dite église. »

« i323-8o. Plus a été paié à Robert Grappin pour par luy avoir faict xmj « ymages du portail neuf pour ce xxxij liv. xis. »

D’après un extrait des Comptes de l’année 1 5 2 3 , Robert Grappin était payé cinq sous par jour comme maître çl’ oeuvre. C’est le salaire que recevaient ses prédécesseurs Robert Jumel, Pierre Gosse, et Guillaume Le Maistre. Le maçon serviteur touche trois sous, et le manœuvre deux sous. Mais il convient de faire remarquer que Robert Grappin était en même temps entrepreneur, au témoignage des extraits de Comptes suivants :

« 1 523-78. A maistre Robert Grappin pourung centetdemy de pendants(i)

« à xv sols le cent vaut la somme de... xxijs. vi d. Plus pour le taillaige « des dits pendants : vs. »

En l’année 1 52 5, les Comptes signalent un fait fort intéressant : celui de la venue de deux maîtres maçons du dehors, appelés en consultation au sujet de la construction de la nef, dont les plans ont été demandés à Robert Grappin :

« 1 523-83. Afin de édiffier la nef de l'église a esté faict venir les maçons Consultation

« et maistres de Andelys, Beauvais pour veoir la dite église et faire devis de la de deux maîtres maçons « forme de l'ediffice, jouxte le devis des dits maçons pour leur sallaire x liv. »

Il est fâcheux que le trésorier de l’église de Gisors n’ait pas cru devoir donner les noms de ces maîtres maçons, l’on connaîtrait ainsi le maître d’œuvre de Sainte-Clotilde des Andelys ; mais on peut, pour Beauvais, suppléer à cette omission : c’était Martin Chambiges qui bâtissait à ce moment la façade méridionale de la cathédrale (2). Le fameux maître maçon avait depuis longtemps des relations avec la Fabrique de Saint-Gervais et Saint-Protais. En 1497, il s’était fait inscrire parmi les membres de la royale confrérie de l’Assomption avec le titre de « maistre masson de l’église de Saint-Pierre de Beauvais (3) ».

(1) Pendant : Petite pierre servant Jt la construction des voûtes.

(2) Marius Vacho.N : Une famille parisienne d'architectes-maçons, les Chambiges, Paris 1907.

(3) Abbé Blanqüart : Un maître de l'œuvre de l'église de Magny-en-V exin, 1500-1521, dans les Mémoires de la Société historique de Pontoise et du Vexin, t. TX.

des Andelys et de Beauvais sur les plans de la nef.

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