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CHAPITRE TROISIÈME

Pierre Le Mercier maître d’œuvre présumé

de l'ancienne église Notre-Dame de Pontoise.

Autres œuvres probables

de Pierre Le Mercier.

fine. Le portail méridional peut être mis en parallèle, semble-t-il, avec n'importe quelle partie de la façade de la Chartreuse de Pavie, le plus fameux parangon de ciselure de pierre en Italie, sans avoir à redouter la comparaison, à aucun point de vue.

En tout temps, sauf au moment de la démolition de la façade principale, l'œuvre superbe de Pierre Le Mercier a excité une admiration générale. « Ce « sera un des plus beaux bâtiments de l'Europe, écrivait le Père du Breul, en « i G 1 2 , dans son « Théâtre des antiquités de Paris », s’il peut être parfait « comme il a été commencé; car rien n’y manque pour ce qui est de la « perfection de l’architecture, soit pour le haut exhaussement, les fenêtres et « les ouvertures, et aussi l'enrichissement de diverses frises et moulures de « toutes sortes et façons. Toutefois, pour la grande dépense qu’il y conviendroit « faire.il est demeuré imparfait jusques h présent. »

L’épitaphe de Pierre Le Mercier, placée dans l’église Notre-Dame de Pontoise, et où il est écrit : « En son vivant mestre masson de l’église de céans », permet de supposer que le maître eut une certaine part dans la construction de cet édifice, aujourd’hui disparu, qui fut continué en son temps, et auquel on ajoutait, vers 1087, une ceinture de chapelles (1). Mais la destruction de la vieille église à la fin du xvie siècle, et l’absence de tout document d’archives la concernant empêchent de donner à cette hypothèse un développement quelconque basé sur une critique sérieuse.

Pierre Le Mercier serait également l’auteur du porche de l’église de Champagne, édifié aux frais de la famille Vil liers de l’Isle-Adam (2), et qui se fait remarquer par une ornementation assez originale, et d’une grâce charmante ; angelots adossés aux frontons contournés, ou qui jouent pittoresquement dans les arceaux des dais ; bustes d’hommes saillant des frises ; chapiteaux dans le goût délicat des chapiteaux de Saint-Maclou de Pontoise.

Louis Régnier a émis l’hypothèse que le beau portail de l’église de l’Isle- Adam, depuis longtemps attribué à Jean Bullant, pour l’élégance et la richesse de sa décoration sculpturale — , voussures chargées de dais, de statuettes, de rinceaux, de branches de feuillages r — , est bien plutôt une œuvre de Pierre Le Mercier, dont il rappelle la manière exhubérante, que du maître des portiques d’Ecouen. La date de la construction de ce portail, 1 53 7, s’oppose, en effet, à l’attribution de la construction à Jean Bullant, qui n’avait guère à ce moment-là qu’une vingtaine d'années.

(1) Taillepied : Recueil des Antiquitez et Singularités de la ville de Pontoise, ville ancienne du pays de Vequecin Francoys, in-8', 1587, Rouen, réédition en 1876 par François et Henri Le Charpentier.

(2) Abbé Grimot : Inventaire de l'église de Champagne , Bulletin de la Commission des antiquités et des arts de Scine-et-Oise, 3" fascicule, 1883, p. 77.

L’église Notre-Dame de Pontoise, qui, en 1099, a remplace la vieille Notre-Dame de Pontoise basilique détruite, « édifice peu remarquable, élevé à la hâte, et dont la tour attribuée

présente quelque chose d'assez caractérisé pour servir de base à une attribution », u ^lco,as ^Itruei‘ serait une création de Nicolas Le Mercier, d’après Louis Régnier.

La production de ce maître paraît avoir été considérable dans la région de Pontoise. Louis Régnier, qui a fait, pour en dresser l’inventaire, une longue et profonde enquête sur place, communes par communes, lui attribue :

La tour carrée de l église de Chars, « aux contreforts qui se terminent par « des pilastres composites aussi caractéristiques que les enroulements de la frise « supérieure»;

Le porche d’entrée de l’église de Livilliers, « qui doit être à peu près « contemporain de la petite porte méridionale de Saint-Maclou » ;

A l’église de Cergy, le troisième étage du clocher couronné par une nouvelle flèche en pierre à clochetons, une partie des murs du latéral sud et la façade du porche au nord de la nef;

La nef et le porche de l'église de Marines;

Le porche de l’église d’Evecquemont, copie du porche de l'église de Marines;

L’église d’Epiais, « dont les chapiteaux composites répandus à profusion et « les entablements qui les surmontent rappelent la manière du fils de Pierre « Le Mercier », et dont la tour « est placée dans une situation identique à « celle de Chars et rappelle aussi les dispositions architectoniques »;

Le chœur de l’église d’Ennery, « où l’architecte a copié si fidèlement ce « qu’il avait fait à Epiais, et dans la partie méridionale de Saint-Maclou de « Pontoise, qu'il ne saurait exister le moindre doute sur son nom ; comme à « Epiais, le sanctuaire est éclairé par deux étages de fenêtres, les transepts sont « terminés par une rose et deux fenêtres géminées, et autour du chœur appa- « raissent les bustes des Apôtres et des Evangélistes ; le chapiteau composite fait <( encore presque tous les frais de la décoration ; les colonnes étagées qui se « dressent aux anglesde quelques piliers représentent seules l’ordre ionique (1 ). »

Le collatéral de l’église de Génicourt ;

Le manoir de Launay, près de Nesle-la-Vallée, aujourd'hui démoli, « qui était de pur style Henri II et présentait beaucoup d’intérêt ».

Œuvres

de Nicolas Le Mercier dans le Vexin.

(1) Le marché de construction, découvert par Seré-Depoin dans des archives notariales de Pontoise, et publié en appendice du volume : La Renaissance dans le Vexin et dans une fartie du Parisis par Louis Régnier, confirme l’attribution du sagace érudit. On y lit : « Du xxix" aoust 1578. Furent « présents (devant Levasseur et Moreau, notaires à Pontoise) Nicolas et Denis Les Merciers m" mas- « sons tailleurs de pierres demourans en ceste ville de Ponhtoyze, d’une part, et Charles Tupin labou- « reur à Ennery, à présent marguiller de l’église et fabrique Sainl-Aulbin dudit lieu, d’aultre part. « Lesquelles partyes ès dits noms mesmes les dits marguillers en la présencë et par l’advis et delibe- « ration de messire Guillaume Poisson, prebstre curé dud. Ennery, Pierre Bouresche dit le Coq, Pierre « Deboissv, Charles Bouticourt, Jehan Daras et François Desmarets laboureurs demeur' audit lieu « recongnurent et confessèrent avoir faict et par ces présentes font enir’eux le marché de massonnage « tel qu’il s’ensuyt #

Le 2 ô novembre 1094, par acte passé devant M‘ Prévost, notaire à Pontoise, le gouverneur de cette ville, Charles d'Halaincourt, signait avec « Nicolas Le Mercier, masson, demeurant à la Foullerie », un marché pour la construction d’une citadelle au nord de Pontoise (1).

Quant à Denis Le Mercier, on ne sait encore de lui, documentairement, que sa participation aux travaux du chœur de l'église d’Ennery, en 1578, avec Nicolas, et d'Epiais, en 1621.

Jacques Le Mercier appartient au xvu° siècle; il n’en saurait être question ici. 'Fout ce qu’il convient de dire, c’est que la gloire de cette grande famille d’artistes s'accrut par lui d’un œuvre considérable et varié, qui apparait comme la continuation, logique, de l’évolution architecturale de la Renaissance, dont Pierre Le Mercier fut un des plus brillants initiateurs.

Et, ainsi, on a toutes raisons de revendiquer pour les Le Mercier, une place dans l'histoire de l’Architecture nationale, h côté des Chambiges, des Grappin, des Françoys, des Sourdeau, des Le Breton, des Le Prestre, etc., qui constituent de véritables dynasties de maîtres d’œuvre, maçons-tailleurs de pierre, dont notre pays a tous droits de s’honorer infiniment, et d’autant plus que ni en Italie, ni en Allemagne, nulle part, on n’en saurait trouver de pareilles. La France en a eu le glorieux privilège.

(1) Henri Le Charpentier : La Ligue à Pontoise et dans le Vexin français, p. 225.

D’après une ancienne lithographie

Intérieur de l’égi.ise Saint-Eustauhe, a d.vris

Œuvre de Pierre Le Mercier

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