CHAPITRE TROISIÈME
Saint-Eustache attribué faussement au Boccador.
Analogies d’éléments architecturaux et décoratifs entre Saint-Eustache et Saint-Maclou.
Concordance chronologique des travaux de Saint-Eustache et de Saint-Maclou.
Nicolas Le Mercier, à Saint-Eustache.
Charles David à Saint-Eustache.
tion, scs trois périodes d'activitc et de chômage. Une première campagne dura quinze ans environ.de i53o à i5-p; les travaux furent repris de 1578 à i58o; et, après une interruption de quarante ans environ, on ouvrit de nouveaux chantiers en 1620, pour terminer enfin l’édifice, qui n’en est pas moins resté inachevé.
La légende du panitalianisme artistique ne pouvait épargner Saint- Eustache. Au milieu du xixe siècle, il en était fait honneur, pour la première fois (1), à Dominique de Cortonne, dit le Boccador, sur la simple observation que les travaux en commencèrent à peu près vers le même temps où ce deviseur de plans italien élevait la façade « gothique » de l’Hôtel de Ville de Paris, qui devait être démolie quelques années après, à la suite des protestations de la population parisienne. Comme l’a écrit avec éloquence Léon Palustre (2), « le « véritable architecte de Saint-Eustache, loin de venir d’au delà les monts, est « simplement descendu de la haute colline de Pontoise où les premiers « agrandissements de Saint-Maclou avaient été pour lui un éclatant succès ».
Non seulement le hardi historien de la « Renaissance en France », mais l’érudit auteur de la monographie de Saint-Maclou ont établi, avec une grande sagacité, les répétitions nombreuses, dans les constructions nouvelles de l’église de Pontoise, d’éléments architecturaux et décoratifs créés à Saint-Eustache, qui donnent à cet édifice un caractère de si grande originalité. La chronologie des travaux, ici et là, semble également correspondre, avec une précision remarquable, aux intermittences d’activité et de chômage, signalés dans les deux monuments par les inscriptions lapidaires qui, heureusement, remplacent, pour esquisser leur histoire sommaire, les documents d’archives disparus :
De i52d à 1 532 , construction à Saint-Maclou, par Pierre Le Mercier, du bas côté nord, et de la porte du croisillon nord;
De 1532 à 1 54.5, première campagne de maçonnerie et taille de pierre à Saint-Eustache : croisée et quatre premières travées du côté de l’orient, élevées par Pierre Le Mercier ;
De i5q5 à i5y8, pendant le chômage du chantier parisien, construction, à Saint-Maclou, par Pierre Le Mercier, du dôme du clocher, et par Nicolas, son fils, qui lui a succédé comme maître d’œuvre, du bas côté sud, de la petite porte de la façade, et de la porte du croisillon sud ;
A partir de 1 578, après l’achèvement des travaux de Saint-Maclou, deuxième campagne à Saint-Eustache, sous la direction tout d’abord de Nicolas Le Mercier, puis de Charles David, son parent par alliance.
Saint-Eustache est, de toutes les églises de Paris, Notre-Dame exceptée, la plus haute et la plus vaste. L’édifice mesure 88m, 48 de longueur sur 42 m, 74 de
(1) Victor Cau.iat et Leroux de Lincy : Saint-Eustache de Paris, in-folio, 1850.
(2) Léon Palustre : La Renaissance en France, 8* livraison, t. II, p. 129.
Eglise Saint-Eustache, a Paris Œuvre de Pierre Le Mercier
largeur au transept. La grande voûte de la nef s’élève à 33,n,45 de hauteur sous clef. Le plan de l’église est la croix latine, avec trois grands portails, deux collatéraux d’une largeur de six mètres, contenant dix chapelles, et un chevet en rond-point avec quinze chapelles, d’après le plan primitif. Les trois parties de l'élévation, chapelles, collatéraux, maîtresse voûte, s’étagent les unes au-dessus des autres, éclairées par quatre rangs d’ouvertures qui distribuent la lumière en abondance. Du portail occidental au transept, on compte cinq travées ; avant la construction de ce portail au xvme siècle, il y en avait une de plus; dans le choeur trois en longueur, et dans l’abside cinq en pourtour. Les arcs et les baies sont partout en plein cintre, excepté à l’abside où l’ogive règne dans les grands arcs du premier ordre et dans les fenêtres supérieures. Quarante-huit piliers libres et autant d’autres engagés dans les murs latéraux, tous polygonaux, et partagés dans leur hauteur en plusieurs étages de pilastres ou de colonnes de divers ordres, soutiennent la retombée des arcs des voûtes en plein cintre, sauf celles du fond du choeur où le rapprochement des points d’appui a fait adopter l’arc brisé. Dans la grande nef et dans les chapelles, à ces arcs viennent s’ajouter des arcs supplémentaires, liernes et tiercerons, qui fractionnent l’intrados de la voûte en compartiments nombreux de dispositions variées, et à l’intersection desquels se multiplient les clefs pendantes.
Extérieurement, l’allure de l’édifice n’est pas moins fière, ni moins imposante. Les portails du nord et du midi, au transept, se dressent majestueusement à une hauteur considérable, et présentent une ordonnance architecturale d'une rare richesse. Pour maintenir les voûtes si élevées, des points d’appui nombreux et robustes étaient nécessaires. Des contreforts puissants, revêtus de pilastres variés, se dressent de toutes parts sur les tlancs de la construction ; les arcsboutants s’entrecroisent sur les collatéraux pour s’épauler mutuellement, et forment aux points de jonction des bras de la croix les plus pittoresques enchevêtrements d’arceaux et de piles. D'anciennes gravures nous ont transmis des vues de la façade principale construite aux deux tiers sur le plan original de Pierre Le Mercier, au milieu du xvme siècle, lorsqu’elle fut démolie, parce que « son goût barbare choquait les yeux », pour faire place à la lourde création de Mansart de Jouy et Moreau. Elle était en parfaite harmonie avec l’édifice tout entier de dispositions architecturales et décoratives. Quatre contreforts colossaux, divisés, aux divers étages, en autant d’ordres complets, partageaient cette façade en trois travées dans lesquelles s’ouvraient et s’ajouraient les portes, les fenêtres et les rosaces, et dont les deux de côtés devaient servir de bases à de hautes tours.
Dans son ensemble, Saint-Eustache est une église à l'ossature de type ogival, recouverte d’une parure Renaissance. Des grandes cathédrales du Moyen âge elle a la hardiesse et la majesté de construction: des monuments civils du
xvi* siècle, elle a la fantaisie, la grâce et l’élégance de l’ornementation sculpturale. Et l’on ne saurait en imaginer une plus luxuriante, plus délicate et plus