‹ La renaissance françaiseChapitre 11 sur 68 · ir o m • j de la chambre · texte numérisé non relu

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des symboles et des légendes que ces poètes ont crées. Vers 1210, Marie de ^'y^^^ grande dame

France décrit ainsi les peintures qui décorent la chambre d'une grande dame : au commencement

du xiii' siècle.

La caumbre est painte, toute entiur :

Venus, la dieusse d'amur, Fu très bien mis en la painture, Les traitz mustrez è la nature, Cument hum deit amur tenir, Et lealment è bien servir.

Le livre Ovide it il enseigne, Comment cascuns d'amur tesmegne En un fu ardent les jettont ; Etuz iceux escumengont Ki jamais cel livre lireint Et su enseignement fereint. ■

Au XIV* siècle, l'Antiquité et l'Histoire sainte se partagent les romans de L'Antiquité dans l'art, chevalerie, les chansons de gestes, et les décorations picturales et sculpturales au xiv" siècle, des châteaux et des hôtels. Les haut-liciers, les sculpteurs et les peintres aiment autant à reproduire les légendes héroïques dHector, d'Alexandre, et de César que celles de Josué, de David, de Charlcmagne et d'Artus. Pour accompagner les Neuf Preux sur la cheminée du château de Coucy, Louis d'Orléans fait chercher dans la Fable Deïphile, Thomyris, Hippolyte, Penthésilée et les Amazones. La mythologie pénètre jusque dans les couvents par les imagiers. Le bassin du Lavatoriumde l'abbaye de Saint-Denis, exécuté au temps de Philippe- Auguste, est décoré des têtes de Paris, d'Hélène, de Vénus, de Pan et de Jupiter, etc. Les noms des grands maîtres anciens de l'art ne sont point ignorés. En 1400, lorsqu'on consacra, dans la chapelle du couvent de Chailly, près de Senlis, une statue de la Vierge en marbre blanc, Jean de Montreuil, secrétaire de Charles A'I, écrivait en latin à Nicolas de Clémanges, qui fut secrétaire de l'antipape Benoit XIII : « On croirait qu'elle est l'œuvre de Lysippe et de Praxitèle. » Peu à peu, sous l'influence de ce culte de l'Antiquité, on délaisse même si fort les types traditionnels de la littérature nationale que Charles Bourdigné, dans son « Maître Pierre Faifeu », s'écrie avec une joie ironique ;

Vos mots dorés garderont la boutique :

Et Peregrin qui a tant mugueté, Les Douze pairs sont devenus étiques, Artus est mort et Lancelot gâté.

En demandant à l'Antiquité et à la mythologie les thèmes de la décoration L'Antiquité,

des façades des châteaux, des hôtels, des palais, et même parfois des édifices thème familier

religieux, l'architecture de la Renaissance ne faisait que continuer les traditions '«^^ tai eurs e pierre

" ' T du Moven âge.

de l'architecture du Moyen âge, qui s'en était constamment inspirée. Si

L'Antiquité,

thème de décoration

des rues et places,

lors des entrées

de rois, princes, etc.

les habiles tailleurs de pierre des chœurs de Saint-Pierre de Caen et de l'église de Tillières ont représenté, dans les pendentifs et tympans des voûtes, en compagnie de saints et de saintes, de Moïse, de David, etc., Déjanire, Vulcain, Cérès, Jupiter et Hercule, etc., ils pouvaient justifier cette libre fantaisie et cette audacieuse ingénuité par l'exemple de leurs vieux maîtres qui, dans les cathédrales, avaient sculpté ces mêmes images, auxquelles le peuple prenait toujours intérêt et plaisir, comme au temps passé.

On a prétendu que c'était Le Rosso, Primatice, Benvenuto Cellini, etc., qui avaient révélé aux artistes français la poésie de l'Antiquité, qui leur avait enseigné la grâce féminine. Le mythe satirique du Lai d'Aristote, qui symbolise la supériorité de la Beauté sur la Philosophie, ne fut-il point le thème favori des imagiers du Moyen âge, qui le sculptaient à l'envi aux porches des églises, sur les chapiteaux des colonnes des nefs, sur les stalles des chœurs, dans les arceaux des cloîtres, et même jusque sur les tombeaux ?

Lors des réjouissances publiques, cortèges et mystères, organisés à l'occasion d'entrées de souverains, de princes et hauts personnages, se manifeste constamment chez les ordonnateurs, qui sont toujours les maîtres des œuvres de maçonnerie des villes, la préoccupation de rappeler la mythologie et l'Histoire ancienne, en ce qu'elles pouvaient offrir d'ingénieuses, pittoresques, et galantes allusions aux vertus, mérites et exploits de ceux qu'on voulait honorer. Assurément, ils n'auraient point eu cette préoccupation s'ils n'avaient été certains, par une longue expérience, que ces allusions seraient comprises et admirées par les petits bourgeois, marchands, artisans, ouvriers et manants, à la fois acteurs et spectateurs dans ces fêtes.

Dans les Comptes des ducs de Bourgogne, — 1453-1454 — , sont mentionnés des payements pour des « jeux de mistère qui estoient du roy Ector et Arcilles (Hector et Achille) ».

Le programme de l'entrée de Charles VHI à Lyon, le 7 mars 1489, dressé par Jehan de Paris, en collaboration avec le maître maçon Clément Trie et le peintre Jehan Prévost, comprend entre autres mystères celui-ci : « En la place « tirant à l'hostel Balavin sera faict le cheval Pegasus avec un homme Bonne « Renommée ayant une épée nue à la main, l'ung et l'autre se tiendront « en l'air. »

Lors de la première entrée de Louis XH à Lyon, le 10 juillet 1499, on vit un Neptune traîné sur un char par des Sirènes, précédées de Tritons embouchant des trompettes.

Le 2 août i5i7, François I" honorait d'une visite « sa bonne ville et cité de Rouen ». La décoration des places, des carrefours et des rues, fort magnifique, fut toute entière inspirée de l'Histoire ancienne et de la mythologie. Au sortir du pont, carrefour du Paon, on voyait les Titans foudroyés par Jupiter, à l'admiration de tous les dieux de l'Olympe. Au carrefour de la Crosse, « estoit une

LA TRADITION iJU CULTK UE l'aNTIQUII É EN 1 RANGE 23

« tour nommée Athènes dedans laquelle estoit assise en une chaire une fille « armée de toutes pièces, réserve la teste, tenant en l'une main une lance ; et « en l'autre ung escu cristallin : dict l'escu de Prudence sur lequel estoit « pourtraict le chef de Méduse. Icelle fille représentoit Pallas ou Minerve, déesse « de Sapience. . . au hault dudict eschafault estoit escrit ce que escript Virgile en « ses bucoliques descripvant laage d'or». D'un autre côté, au même endroit, sur un échafaud, était montré « Perseus », qu'Aglaia,Thalia etEufrosine recevaient entre leurs mains et portaient à Pallas, qui lui donnait le bouclier de Prudence, et lui obtenait de Jupiter un rang parmi les étoiles. Au pont de Robec, Atlas et Hercule soutenaient un « ciel », au milieu duquel était placée une salamandre « composée par si bon et subtil artifice qu'elle sembloit naturelle et vivante », et contre laquelle s'acharnaient sans succès un ours et un taureau, emblèmes des Suisses battus à Marignan. Au parvis de la cathédrale, le « mystère » était « l'image et stature d'un grand cheval à merveilles aj'ant les pieds de devant « jettez en l'air et dessus l'effigie et représentation du Roy, le tout si artificielle- « ment qu'il sembloit ne rester que l'esprit pour le faire mouvoir. Icelluy cheval (.( estoit porté sur une terrache ou carrure, entour de laquelle estoyct figurées « les victoires du Roy. Le tout de couleur semblable à cuyvre. Geste statue « avoit esté ordonné ensuyvir et émuler le triumphe des Romains, lesquelz, à « leurs consulz, impérateurs ou autres hommes vertueulx érigeoyent, en lieu (f patent à Rome, une statue de marbre ou cuyvre pour perpétuelle mémoire de « celuy qui estoit digne de triumphe et aussy pour inciter les autres aux œuvres « de' vertu » (i)-

A l'entrée de Henri H, en octobre i55o, dans cette même ville, ce fut un véritable triomphe à la romaine que la municipalité organisa pour célébrer la campagne militaire du roi qui venait de rendre Calais à la France (2).

La Ville de Dieppe n'offrit pas au roi de moindres réjouissances artistiques. « On embellit la porte de la Barre, par où sa majesté devoit passer, de plusieurs « beaux chiffres et de la représentation d'un Hercule et d'une Pallas vestus à

M l'antique Il y eut en la place du Puits-Salé un grand théâtre orné de

« plusieurs tableaux, dont les représentations publiaient par un muet langage « les louanges du Roy. Entr'autres on y voyait les Muses et un Pégase, qui « voltigeait au-dessus assez agréablement... Ce qu'il y eut de plus surprenant « fut la grande mer qui fut faite en la grande place du marché, où un Neptune

(i) VEnlrée de François 1" , roi de France, dans la ville de Rouen, au mois d'août ryy. Réimprimé d'après deux opuscules rarissimes de l'époque, et précédé d'une inUoduction, par Ch. ue Heavrepaire, in-4°, Rouen, 1867.

(2) VEnlrée de Henri 11 , roi de France, à Rouen, au mois d'octobre tjio. Imprimé pour la première fois d'après un manuscrit de la Bibliothèque de Rouen, accompagné de notes bibliographi- ([ues et historiques, par S. DE Merval, et orné de dix planches gravées à l'eau-forte, par Louis de Merval, in-folio, Rouen, 1868.

« nageait en la compagnie de plusieurs syrènes, lesquelles estoient chargées des <f armes du Roy et delà Ville et environnées d'un grand nombre de poissons »(i).

A Caen, en i532, le séjour du Dauphin donna lieu à des cortèges et des spectacles où les souvenirs de l'Antiquité tenaient la plus grande place (2).

Lors de l'entrée de François I*' à Troyes, le 22 avril i52i, pendant qu'on distribuait aux personnages du cortège des bouquets de fieurs, le roi, arrivé à la porte de Belfroy, vit sortir tout à coup d'une tour une belle fille, bien et richement accoutrée. Elle lui offrit une image de la Foi suspendue par unechaîne à un cœur d'or. Cette fille, qui personnifiait la belle Hélène, annonça au roi dans un quatrain que la Foi n'était autre que la clef de son cœur. La Ville oftVit au roi une statue en argent représentant Hector armé à cheval, dans le but de rappeler l'origine fabuleuse de la ville, fondée par des Phrygiens échappés du sac de Troie en Troade. Déjà, en 1486, un présent symbolique du même genre avait été offert à Charles VHI, en même temps qu'un Samson et un David terrassant Goliath, destines à allégoriser sa vaillance guerrière (3).

En France, plus encore qu'en Italie, peut-être, la Renaissance, suivant le jugement de Burckhardt (4), ne considéra jamais l'Antiquité autrement que comme un moyen d'expression pour les idées architecturales qui lui étaient propres.

(i) AsSEi.lNK : Histoire de Dieppe, t. I, p. 248.

(2) Charles DE Bourguevii.le, sieur du lieu de Bras et de Brucourt : Recherches et antiquités dé la province de Netistrie à présent duché de N ormandie, comme des villes remarquables d^icelle, mais plus spécialement de la ville et université de Caen, chez Jean de Feurre, 1588, p. 253.

(3) Babeau : Les rois de France à Troyes, in-8°, i88q

(4) Burckhardt : Die Cultur der Renaissance in Italien, 1877.

LE PANITALIANISME ARTISTIQUE ^

EN FRANCE ^f

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