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TRADITIONS, MOEURS ET HABITUDES CORPORATIVES ET PROFESSIONNELLES

u'ÉTAiENT professionnellement et socialement ces maîtres maçonstailleurs de pierre, ces « maistres d'œuvres de maçonnerie », qui ont fait la Renaissance française, qui ont couvert notre sol de tant de merveilles d'art ?

Jusqu'au milieu du xvi' siècle, avant la venue de Pierre Lescot, de Jean Bullant, de Philibert de l'Orme, et de Jean Goujon, l'artiste quia donné les plans et qui dirige les constructions des édifices et des bâtiments publics et privés, porte exclusivement dans les actes, — marchés, devis, prix faits, baux à besogne, etc., — les qualifications de maistre maçon-tailleur de pierre, de « maistre des oeuvres de maçonnerie ». Le terme professionnel de maître maçon-tailleur de pierre est d'un usage aussi courant que pendant tout le Moyen âge, où les rares documents d'archives qui concernent les œuvres d'architecture le traduisent en latin par « lathomusou lathomos ». Par exemple, sur l'épitaphe de Pierre de Montreuil, le maître d'œuvre de la Sainte-Chapelle de Paris, on

Le maître maçontailleur de pierre.

lit : « Vivens doctor lothomorum » (de son vivant docteur ou, mieux, dans le sens d'enseignement magistral, maître des tailleurs de pierre). II faut voir là un témoignage irrécusable de la filiation directe et ininterrompue de la profession, avec toutes ses dénominations significatives. Dans les passages des « Registres du Bureau de la Ville de Paris » relatifs à la reconstruction du pont Notre- Dame, en 1499 (O5 1^ ^'^re de « maître maçon-tailleur de pierre » est constamment accolé aux noms des maçons qui le construisirent ou qui furent appelés en consultation. Et les maîtres maçons qui, au cours du xvi° siècle, ont bâti Fontainebleau, Chantilly, Ecouen, Saint-Germain-en-Laye, Madrid, Chambord, Blois, etc., Gilles Le Breton, Pierre Chambiges, Charles Baillard, Pierre Gadyer, Pierre Nepveu dit Trinqueau, les Sourdeau, etc., sont toujours ainsi qualifiés.

Malgré la multiplicité et la diversité de ses titres officiels, Philibert de l'Orme, qui avait le plus grand orgueil de son métier d'architecte, qui s'enorgueillissait de continuer les traditions de l'Ecole française en opposition avec les innovations de l'Ecole italienne, dite de Fontainebleau, ne mit jamais à côté de son nom la qualification « maître maçon-tailleur de pierre ». C'est qu'il ne le pouvait pas, qu'il n'en avait pas le droit, n'ayant ni appris, ni pratiqué manuellement les deux métiers, et n'ayant par conséquent pu acquérir la maîtrise, qui ne s'obtenait qu'après le passage par les états successifs d'apprenti et de compagnon. Pierre Lescot, Jean Bullant, les du Cerceau se trouvèrent dans le même cas. Aussi, chacun d'eux se qualifie-t-il ou est-il dénommé purement et simplement « architecte » dans tous les actes officiels.

Définition historique P^"" ^"^ deviendra professionnelle, mais non corporative, cette expression

du terme : « Architecte ». qui n'était auparavant qu'une sorte d'épithète flatteuse, signifiant l'acquisition de certaines connaissances architecturales, la possession d'un certain goût pour les arts, et peut-être la science du dessin. Ainsi, Christine de Pisan écrivait que Charles V était en matière de bâtiments « vrai architecteur, deviseur certain et prudent ordener ». Dans les Registres capitulaires de la cathédrale de Rouen, à l'occasion de l'exécution de la porte centrale du grand portail, placée en 1614, Colin Castille, menuisier, est qualifié « architector ».

Girolamo délia Robbia, qui n'était qu'émailleur, employé à la décoration du château de Madrid, porte, dans son acte de décès, la qualification « architecteur du Roy ». Bernard Palissy, qui ne bâtit jamais un édifice, se donne, dans un acte, les titres suivants : «architecteur et inventeur des grotes figulines de Monseigneur le connestable » (2).

Lgs Pendant toute la Renaissance, les sculpteurs sont aussi qualifiés architectes,

sculpteurs architectes. Dans une délibération du Bureau de la Ville de Paris concernant les travaux

(i) Registres du Bureau de la Ville de Paris, t. I, p. 5. (2) Quittance d.itée de Saintes, i" février 1564.

Maison dite de François 1", a Paris Type de logis bourg«ois

LES MAITRES MAÇONS-TAILLEURS DE PIERRE

de décoration des rues et places publiques exécutés à l'occasion de l'entrée à Paris de Charles IX et d'Isabelle d'Autriche, Germain Pilon, est cité, en même temps que Nicolas dell' Abbatte et Pierre d'Angers, peintre, comme « architecque et sculpteur du Roy ». L'épitaphe de Pierre Biard, auteur du jubé de Saint-Etienne-du-Mont, des mausolées de Foix à Bordeaux et d'Epernon à Cadillac, de travaux de sculpture importants à l'Hôtel de Ville de Paris, lui donne le titre : « maistre sculpteur et architecte du Roy ». Boisselleret, qui fit dans l'église des Jacobins du Mans, au milieu du xvi" siècle, un jubé, figure dans les comptes comme « architecte et sculpteur ». Le grand sculpteur Lorrain, Ligier Richier, est, dans les actes officiels, constamment qualifié « architecte ».

Ce titre « architecte » donné aux sculpteurs de mérite semble indiquer que la tradition de la double profession de maçon-tailleur de pierre, presque générale dans le métier du Bâtiment, pendant tout le Moyen âge, et dans la première partie du xvi* siècle, s'était continuée sous une autre forme dans la sculpture, alors qu'elle disparaissait de la maçonnerie. Les imagiers ou statuaires, les ornemanistes persistèrent à se charger exclusivement, — rédaction des plans et direction de la construction — , des travaux d'un certain genre mixte, tels que tombeaux, buffets d'orgues, cheminées, etc., même de ceux où l'architecture était encore plus importante que la sculpture, les portiques, les jubés, les clôtures de chœur. Les exemples de ces spécialisations abondent.

Le terme « architecte » est si peu en usage à la fin du xv' siècle et dans les premières années du xvi' siècle, en ce qui concerne les artistes étrangers, que, dans l'état des gages des Italiens employés par Charles VIII, au nom de « Jehan Jocundus » (frère Jean Joconde), est accolée la qualification « deviseur de bastiments »; dans les « Dépenses de Charles VIII », et les « Dépenses secrètes de François I" », dans les « Registres des délibérations du Bureau de la Ville de Paris », Dominique de Cortone reçoit les titres suivants : « deviseur de plans et pourtraictz », « faiseur de chasteaux », et « menuisier de tous ouvrages de menuiserie ».

A ce changement de qualifications officielles pour ceux qui construisent les monuments, les édifices publics et privés et les maisons particulières, il y a une autre raison que celle d'une évolution du langage professionnel; il a été provoqué par l'évolution sociale qui s'est opérée vers le milieu du xvi' siècle.

En organisant, par les lettres patentes du 2 août 1546, la superintendance des travaux du Nouveau Louvre au profit de Pierre Lescot, et en lui subor- contre les corporations donnant, pour tout et en tout, réduits au simple rôle d'entrepreneurs, des *!" Bâtiment,

maîtres maçons-tailleurs de pierre qui avaient rempli jusque-là exclusivement les fonctions de maîtres d'œuvre, avec tous les pouvoirs étendus qu'elles comportaient, François I" ne fit rien moins, au point de vue des privilèges corporatifs dans le métier du Bâtiment, que ce que devait faire plus tard

Les deviseurs de plans,

et les t faiseurs de chasteaux », etc.

Un coup d'Etat

Les maçons

maîtres des œuvres

de maçonnerie.

Les maîtres maçons « ouvriers ».

Louis XIV, par l'institution de la Manufacture royale des meubles de la couronne, contre les corporations des tapissiers, des orfèvres, et des menuisiers : un véritable coup d'Etat économique. Il brisait un monopole traditionnel, et lui substituait le régime de la liberté, ou tout au moins celui du bon plaisir royal, qui ne devait pas tarder à être suivi du bon plaisir des grands seigneurs et des riches bourgeois. Et, lorsque Henri II, le 3 avril 1648, ordonnait « commissaire sur le fait de ses bastiments et ediffices » un « architecte », Philibert de l'Orme, et, ainsi, le plaçait à Fontainebleau, au-dessus de Gilles Le Breton « maistre général des œuvres de maçonnerie du roy », en lui donnant pleins pouvoirs de commandement et de contrôle, le coup d'Etat était parachevé.

Au même temps, se vendaient des « lettres de maîtrise » qui permettaient d'entrer dans la corporation sans subir aucune des obligations et des astreintes imposées par les règlements et les statuts : apprentissage, compagnonnage, et chef-d'œuvre.

La maîtrise corporative dans le métier du Bâtiment est ainsi peu h peu fortement atteinte dans ses droits et prérogatives ; elle ne tardera pas à disparaître, lorsque la fondation de l'Académie d'architecture aura créé une nouvelle maîtrise, titrée, diplômée et décorée, mais sans privilèges économiques.

Les termes « maistre maçon-tailleur de pierre » et « maistre des œuvres de maçonnerie » sont des désignations exclusives de métier. Ils ont une très grande importance pour les indications qu'ils peuvent fournir pour rechercher l'auteur des plans d'un édifice, en raison de la réunion des connaissances techniques nécessaires à la fonction de maître de l'œuvre. Lorsque le maître maçon est dénommé dans un document, à propos de travaux tels que la rédaction des plans et devis, la coupe des pierres, la sculpture ornementale, il reçoit le titre « tailleur de pierre ». S'il n'est question de lui qu'au point de vue de la maçonnerie proprement dite, soit comme entrepreneur, on l'appelle « maistre maçon » tout court ; et l'on peut, généralement, sauf de très rares exceptions, déduire de l'absence du second terme que le maître des œuvres dénommé « maistre maçon » est simplement l'entrepreneur de maçonnerie.

Le maître maçon-tailleur de pierre a suivi toute la hiérarchie corporative, l'apprentissage, le compagnonnage, puis la maîtrise des métiers de maçon et de tailleur de pierre, sous la direction d'un maître qui est le plus souvent son père ou son oncle ; il s'est initié « sur le tas » à tous les secrets du métier. Puis il le supplée, en cas d'absence ou de maladie sur les chantiers, comme directeur des travaux, et il se fait de cette façon à la pratique de l'entreprise. Généralement arrivé a la maîtrise, à la tête de chantiers importants, dirigeant de nombreux ouvriers, il continue de travailler manuellement, de « massonner » ou de « tailler ». Geoffroy Richier,« machon de l'église de Rouen», c'est-à-dire maître de l'œuvre de la cathédrale, au milieu du xv' siècle, que le cardinal d'Estouteville

LES MAITRES MAÇONS-TAILLEURS DE PIERRE

chargea de reconstruire Gaillon, taille des bénitiers, aux côtés de ses compagnons, qui, à leur tour, deviendront des maîtres réputés : Girard Vanier, Johannot Le Viste, Robert Quesnel, et Gillet Salles -, il répare les statuettes du tombeau de Charles V dans la cathédrale. Guillaume Senault, qui donna les plans de la « Grant maison » de Gaillon, un chef-d'œuvre, recevait des gages quotidiens pour son travail manuel et pour son « regard sur les ouvriers ». Les maîtres maçons-tailleurs de pierre tenaient même à se faire honneur d'être des « ouvriers ».

Invitésàdonner, par écrit, leur avis sur la reconstruction du pont Notre-Dame, au commencement du xvi' siècle, Jehan le Comte, « maistre des œuvres de « maçonnerie de Rouen », et Pierre Tharizel, (f maistre des œuvres de maçonnerie d'Amiens », libellaient en ces termes le rapport remis au prévôt des marchands: « C'est le rapport de Jehan le Comte, ouvrier de Rouen, et Pierre Tharizel, « ouvrier d'Amiens, venuz en ceste ville au commandement de messieurs les « commis et ordonnez en l'hôtel de la Ville. » Quelques-uns de ces maîtres sont complètement illettrés. Guillaume Touchet, l'architecte du chœur de Saint-Vincent de Rouen, ne savait pas signer son nom ; il apposait simplement une marque au bas de ses quittances. Pierre Chambiges, Pierre Gadyer, les Le Breton, Charles Billard ou Baillard, Pierre Nepveu, les Sourdeau, lesFrancoys, et Nicolas Bachelier, sont les plus notoires représentants de cette catégorie des maîtres maçons-tailleurs de pierre.

La situation sociale respective des maîtres des œuvres de maçonnerie et des architectes répond à ces évolutions du métier et de la profession. Les maîtres maçons restent sur leurs chantiers, mêlés intimement à leurs compagnons et apprentis, vivant de leur vie laborieuse et modeste. A l'encontre des deviseurs de plans italiens, ils ne poursuivent ni honneurs, ni distinctions, ni places, ni fonctions. Parfois, à la fin de leur carrière, ils sont anoblis, comme le fut Pierre Chambiges par François I"; ils n'en continuent pas moins à exercer leur métier en toute simplicité professionnelle, à former « sur le tas » des compagnons et des apprentis (i).

Comme la plupart, et même les plus en renom, ne reçoivent que des salaires ou gages fixes, ils ne peuvent point arriver à faire de grandes fortunes ; ceux qui prennent à l'entreprise des travaux importants ont affaire presque toujours à des administrations, à des commissions, à des Chapitres, et à des Fabriques, qui sont, en matière de finances, d'une habileté, d'une sévérité, d'une précision de détails, et d'une parcimonie extraordinaires. Les marchés, devis, prix faits, bails à besogne, des « Bâtiments du Roi », d'édifices civils et religieux, de châteaux et d'hôtels, qui nous sont parvenus, en témoignent.

A Gaillon, de i5oi à iSog, Guillaume Senault, le maître d'œuvre de la

Situation sociale

des maîtres maçonstailleurs de pierre.

Gages et salaires.

(i) Marius Vachon : Une famille farisienne- d'architectes maîtres mafons. Les Chambiges (1490-1643), p. 28 : Traité d'apprentissage passé par devant M" Nicolas et Cogayer, notaires au Châtelet, 2 juin 1542.

Grant maison, reçoit un salaire quotidien de 7 sous 6 deniers (i) ; et le maître maçon en second, 6 sous 3 deniers. Pierre Valence était payé 5 sous 6 deniers, sans doute en dehors du prix des travaux exécutés par lui à l'entreprise, ou à tant la toise ou le pied (2).

A Troyes, en 1607, Jehan Guailde, le maître d'œuvre du fameux jubé de la Madeleine, touche 6 sous 3 deniers par jour pendant l'été, et 5 sous 6 deniers pendant les petits jours « à cause de lui fournir les chandoilles pour ouvrer et le charbon pour le chauffer ». Vers le même temps, Jean de Damas, gendre de Martin Chambiges, chargé de la direction des travaux de la cathédrale, est appointé 40 sous par semaine, « à condition qu'il ne se louera à personne et « qu'avant la fin de sa vie il n'abandonnera l'entreprise commencée (3) ».

A Paris, en 1 53o, Pierre Chambiges, « maistre des oeuvres de maçonnerie et pavement de la ville de Paris », reçoit 2 5 sous par jour, soit environ 400 livres par an (4).

A Chambord, au milieu du xvi° siècle, le salaire quotidien de Pierre Nepveu dit Trinqueau, « qui avoit la charge et la conduitte des bastimens », est de 27 sous 6 deniers ; celui de Denis Sourdeau, « qui avoit la conduitte des traits de maçonnerie », de 20 sous ; et le dernier maître d'œuvre du château, Jacques Coqueau, reçoit 400 livres par an (5).

En 1546, Robert Grappin, maître maçon de l'église Saint-Gervais et Saint- Protais à Gisors, est payé 7 sous, 6 deniers, « par chascun jour ouvrable » ; son fils Jehan touchera, plus tard, 10 sous par jour. Prix de travaux ^^ marché signé, le 28 avril i528, par Gilles Le Breton pour les travaux

à l'entreprise. de reconstruction du château de Fontainebleau (6), contient des renseignements

intéressants et curieux sur les conditions de l'entreprise et les prix des travaux de maçonnerie en ce temps.

Le maître maçon-tailleur de pierre est tenu de « quérir et livrer toute la

(i) La monnaie courante, pendant la Renaissance, est la livre tournois, qui se divise en sous et en deniers : i livre = 20 sous; i sou = 12 deniers. Les appréciations des économistes et des historiens sur la valeur comparative et proportionnelle entre la monnaie de cette époque et la monnxie d'aujourd'hui, sont très variables. De Wailly, dans un Mémoire sur les variations de la livre tournois, 1857, fixe la livre à 4 francs 23 centimes, en 1539; D'Avenel, dans son Histoire économique de la frofriété, des salaires, des denrées, et de tous les frix en général, depuis Van isoo jusqu'en Van 1800, 1894, à 3 francs 92 centimes; E. Levasseuk, dans son Mémoire sur les monnaies du règne de François l", 1902, à 4 francs; Henri Lemonnier, Histoire de France, t. V, à 4 francs. Le pouvoir de l'argent, au XVI' siècle, a été évalué avec de grandes variations également : de 3 à 10 francs, soit une moyenne de 4 à 5 francs.

Le salaire quotidien de Guillaume Senault devrait donc être ainsi établi : 7 sous, 6 deniers X 4x5 = 9 francs 50 centimes.

(2) Deville : Comptes des défenses de la construction de Gaillon, in-4*, 1850, p. 29.

{3) PiGEOTTE : Etude sur les travaux d'' achèvement de la Cathédrale de Troyes, in-8', 1870, p. 84.

(4) Marins Vachon ; L'Hôtel de Ville de Paris, 2' édition, 1905, gr. in-4°, p. 14.

(s) FÉLIBIEN : Mémoires four servir à Vhistoire des maisons royalles des bords de la Loire, édition de la Société de l'art français, 1874, p. 32.

(6) Les Comptes des Bastimens du roy, I. I, p. 45-50.

ci!

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« pierre de taille de grès et moillon qu'il pourra prendre et choisir au dit lieu « de Fontainebleau et es environs, es lieux les plus convenables, liais de « Notre- Dame-des-Champs les Paris, la taille de pierre de grès et liais, bricque, (.< chaulx, sable, chariages et voittures, transport eau que par terre, démolitions « et descombres, eschaffaux et engins, peine d'ouvriers et aydeset autres choses « à ce nécessaire, le tout à ses despens touchant le fait de maçonnerie et taille ». Les prix fixés par le marché pour les travaux les plus importants sont : pour chaque toise de gros mur fait de neuf, 60 sols; pour chaque toise de longueur de « tous les arquitraves, corniches de pierre de taille de grès », 5o sols; pour « chaque lucarne de pierre de taille, des matières, façon et « ordonnance qu'il est spécifié par ledit devis, comprins les remplages de liais », 100 livres; pour « chacun des chapiteaux qui seront faits et garnis et érigés de « molures et enrichissements auxcontre-pilliers », 7 livres; pour « les jambages, « portans, basses et chapitaux, et aussy pour les sommiers, bendes et claveaux, « portans architraves, frizes et corniches, le tout de pierre détaille pour chaque « manteau de cheminée », 100 livres; pour « chacune des portes et grandes « huisseries qui seront faittes de pierre de taille de grès aux entrées de. vis et de « la grosse vieille tour et grande salle, garni de pieds droits ou pilliers, portant « basses et chapiteaux, arquitraves, frizes et corniches et frontespie, remply de « devises et armoiries du Roy, avec palliers et marches de liais pour y entrer », 160 livres; pour « chacune des 16 coulonnes degrés du perron et du portail « d'entrée », 41 livres; pour « chacune des grandes bées de fenêtre qui seront « faittes et érigées aux cabinets du dit portail du costé de l'estang et lesquelles « seront de pierre de taille de grès garnies de piédroits et pilliers portans et « chapiteaux, arquitrave, frize, corniche et fontespie », 3o livres.

Le fameux portique de l'avant-cour du château de Gaillon, celui qui orne actuellement la cour de l'Ecole nationale des Beaux-Arts, à Paris, fut payé à Pierre Fain, comme main-d'œuvre, 6o5 livres (i). Dans le même château, Pierre Delorme avait pris à l'entreprise la construction de la maison qui portait son nom au prix de 4 livres 5 sous la toise, de « peine d'œuvre », et celle du pavillon d'une belle ordonnance architecturale, et très décoré sculpturalement au prix de 6 livres 10 sous la toise, fourniture de matériaux comprise.

Le bail à besogne passé, le 5 mars i538, à Toulouse, entre Jean de Bagis, conseiller du roi et Nicolas Bachelier, associé avec Antoine de Lescale, pour la construction des corps de bâtiment de la cour intérieure de Thôtel, qui porte aujourd'hui le nom d'Hôtel de pierre, contient les prix suivants :

« A esté convenu et accordé que lesd. maistres seront tenuz fère les « fènestres et crozées à l'antique, piliers carrez ou deux demy colonnes rondes, « pour le pris de quinze escus petits chascune. »

(i) Environ 13.000 francs en monnaie de notre temps.

Honneurs funèbres

rendus aux maîtres

(l'œuvre d'églises.

« A esté convenu que le d. Bagis sera tenu de payer ausd. maistres troys « soubz pour chascune palm de pierre qui sera employée et mise en besoigne « en lad. mayson, et sy y a molure enlevée, à quatre karolus par paulm. »

D'après le bail à besogne consenti par « les bailles de l'ovre de l'esglise de « la Dalbade M,à Toulouse, son beau portail fut payé 1.600 livres tournois — plus la « galerie de lad. église », à Michel Colin, « massonnier », qui en avait fait « le pourtraict (i)».

Mais ces maîtres d'œuvre, laborieux et économes, vivant d'une vie fort simple, n'en acquièrent pas moins une honnête aisance et font souche de bonne bourgeoisie; pour la plupart, on les trouve ayant pignon sur rue dans la ville qu'ils habitent, honorés de l'estime et de la considération de leurs concitoyens, propriétaires de fermes, de vignes, et de champs. Et, quand ils meurent, les Chapitres et les Fabriques, pour qui ils ont travaillé, leur accordent, presque toujours, les honneurs de l'inhumation dans l'église même, réservés aux dignitaires du clergé, aux nobles, et aux riches bourgeois bienfaiteurs de la paroisse. Les épitaphes de leurs tombes célèbrent leurs vertus et leurs mérites professionnels, parfois sous la forme la plus pittoresque, comme l'épitaphe de Jehan Guailde, le maître d'œuvre du fameux jubé de la Madeleine, de Troyes. Le grand artiste avait obtenu la faveur insigne d'être enterré sous la quille de rambon;et il déclare fièrement, ayant rédigé lui-même son inscription funéraire, qu'à cette place et dans cette attitude il attend tranquillement le jour de la consommation des siècles, sans crainte d'être écrasé (2).

(i) Douais : Vart à Toulouse, in-8", 1904, p. 28 et 126.

(1) AssiER : Les Comftes de la fabrique de V église de la Madeleine de Troyes, in-8*, 1854,

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