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LES MAITRES DE I-ONTAINEBLEAU ET VILLEKS-COTTERETS

« entablemens lesquels arquitraves, corniches et entablements se continueront « tout du long des dits pans de murs de la haulteur, niveau, façon et ordonnance « que ceux des dits corps d'hostels devant déclarez, et ériger aussy, en iceux « de pans de murs, toutes les croisées de fenestres qu'il appartiendra en l'estage « de la dite gallerie, dont les piedsdroicts et voulsouères seront de pierre de « grès par les paremens et Jouées du costé de dehors œuvre et les remplages « seront de pierre de liais de Nostre-Dame-des-Champs lès Paris, portans « moUure honeste ; et en l'estage du reez-de-chaussée, fault ériger en chacun des « dits deux murs, deux arceauxde pierre de taille de grès, portans parpain « de la haulteur et largeur qu'il sera advisé pour le mieux pour le passage « du chemin, et au résidu, ériger les bées et fenestres qu'il appartiendra aussy (( de pierre de taille, et en ce faisant, ériger aux deux costez de la dite « gallerie deux cabinets. »

Et le devis ajoute que les lucarnes et croisées de la galerie et des cabinets devront être de « telles matières, façon et ordonnance que celles devant « déclarées », et qu'il faut faire une petite montée pour descendre de la galerie dans le corps d'hôtel de l'abbaye.

Ce devis reçut un complément d'autres constructions ainsi stipulées dans le texte du marché : « édifier de neuf un corps d'hostel entre la basse court de « la dite abbaye et les prés », où « il y aura trois cuisines et trois gardes manger « et chambres et gardes robbes au dessus en forme de galtas, duquel corps « d'hostel les ouvrages seront de pareilles espoisseurs et matières que seront « du dit dortouer et réfectouer des dits religieux et de faire aussy tous les « ouvrages de maçonnerie qu'il conviendra faire pour restablir le vieil corps « d'hostel qui souloit estre applicqué à l'ospital, estant entre la dite basse court a et la rue, à l'endroict de la place et carrefour du cimetière... et de faire tous « les murs et clostures qu'il convient faire pour la closture des jardins dudit « château et autres clostures qu'il plaira au Roy faire faire au dit lieu de « Fontainebleau... ».

Le texte de ce devis montre que non seulement la disposition topographique des bâtiments de la Cour du Donjon constituant le vieux château de Fontainebleau fut soigneusement maintenue, mais que François V donna l'ordre d'utiliser les murs qui étaient en bon état, de réparer ceux qui étaient caducs, et, s'il fallait démolir ceux qui tombaient absolument en ruines, d'en conserver au moins les fondations pour les faire servir â asseoir les murs nouveaux. Aux constructions du Moyen âge restaurées, il y avait à mettre une parure en harmonie avec l'architecture et la décoration des constructions élevées suivant le goût du jour. Tout cela devait former un ensemble qui présentât à la fois la physionomie pittoresque et mouvementée de silhouettes qu'on était habitué à voir aux manoirs-forteresses d'autrefois, avec leurs nombreuses tours et tourelles aux toits en poivrière, leurs multiples corps d'hôtel à hauts combles aigus, à crêtes

dentelées et à épis fuselés ; et l'allure d'élégance, de grâce et de richesse des façades nouvelles, à pilastres, colonnes, corniches, frises, et balustres, légers et délicats, des murailles ajourées partout de croisées et huisseries à chambranles, allèges, et frontons, décorés de fines arabesques.

Le problème architectural imposé au maître d'œuvre, qui était chargé de dresser les plans et de diriger les travaux, présentait, certes, bien des difficultés; et, seuls les maîtres maçons-tailleurs de pierre, sachant tout de ce double métier, habitués aux besognes les plus diverses et les plus modestes, sans prétention et sans morgue, étaient capables, par leur science technique et par leur esprit ingénieux, de le résoudre d'une façon parfaite. Jamais un simple deviseur de plans italien n'aurait pu s'en tirer. C'est le tour de force professionnel qu'ont exécuté, avec une hardiesse et une aisance parfaites, à Fontainebleau, à Villers- Cotterets, à Chantilly, etc., ces merveilleux artistes et habiles constructeurs que Sébastien Serlio et Benvenuto Cellini appelaient, dans une intention d'ironie et de dédain, les « maçons », ou les « vieux maîtres de Paris ».

Par le marché signé le 28 avril, Gilles Le Breton s'engageait à « faire et « parfaire bien et deuement, au dire d'ouvriers et gens en ce connoissans, pour « le Roy nostre Sire en son chasteau de Fontainebleau, tous et chacuns les (( ouvrages de maçonnerie et taille à plain contenus et déclarés au devis cy « devant escript, dont il a déjà encommencé à besongner en partie pour les « corps d'hostels, pavillons, cabinets, galleries et autres édifices... ».

A l'exécution, le devis du 28 avril 1 628 reçut des modifications importantes, sans doute du fait du roi (i), qui portait un intérêt exceptionnel aux constructions de Fontainebleau, et, tout en ayant hâte de les voir terminer, ne cessait d'en changer les dispositions. L'ordonnance architecturale fut modifiée. Des pilastres remplacèrent partout les colonnes. Le hors œuvre sur la cour de la grande vis, de rond qu'il était prévu, devint quadrangulaire. Le corps d'hôtel des offices, qui devait avoir au premier étage une galerie, à construire entre l'emplacement de la chapelle future et le pavillon d'entrée, fut-il élevé ? on l'ignore ; mais il était, peu après, remplacé par un bâtiment de largeur double, dénommé la Salle de bal, qui ne figure pas au devis.

La Porte Dorée ^^^ travaux de la Cour de l'Ovale furent poussés avec une grande activité.

La Porte Dorée était achevée très probablement en 1 53o. En 1 533, on commençait la décoration intérieure de l'appartement du roi qui comprenait les pièces de la vieille tour; en 1 534, celles de l'appartement de la reine, contigu. La galerie pouvait être, dès i533,miseà la disposition du Rosso, qui entreprenait les peintures et les stucs qui l'ont rendue célèbre.

(i) J. Androuet du Cekceau : Les flus excellenls iasliments de France. < Le feu roy François, qui fist bastir ce chasteau, s'y aymoit merveilleusement : de sorte que la plus grande partie du temps il s'y tenoit; et l'a enrichy de toutes sortes de commoditez, avec les galleries, salles, chambres, estuves et autres membres... En somme que tout ce que le roy pouvoit recouvrer d'excellent, c'estoit pour son Fontainebleau où il se plaisoit tant, que y voulant aller, il disoit qu'il alloit cher soi. i

LES MAITRES DE FONTAINEBLEAU ET VILLERS-COTTERETS ill

Mais les travaux de Gilles Le Breton à Fontainebleau, pendant cette période, La Cour de l'Ovale, ne se bornèrent point à la construction des divers corps d hôtel de la Cour de l'Ovale. Le 3o avril i53o, il passe marché pour un chenil, dont le devis s'élève à la somme relativement importante de 14.902 livres qui lui fut payée le 18 février i534; le 5 août i53i, il en passe un autre pour « raison » du grand escalier et de la chapelle du château. Il s'agissait là de « re'changer » le grand escalier intérieur et de construire la chapelle Saint-Saturnin, dont l'emplacement avait été réservé par le devis de 1 528 ; mais ces travaux ne furent pas commencés avant 1540. En i532 et i534, il est fait mention, dans plusieurs états de paiements pour le château de Fontainebleau, d'ouvrages de maçonnerie construits de neuf « es corps d'hostels, offices et édiffices, édiffiez de neuf en l'abbaye, « basse court et logis de la conciergerie du chasteau... », au Grand Jeu de « Paume, à la tour « édiffiée de neuf au coing du grand jardin du château, du « costé du chenil... es deux tours et édiffices du grand jardin, tant du costé « d'Entragues que du costé de l'hostel de Vendosme.., tant es murs des clôtures « des cours des offices du commun de l'abbaye près du château, que es murs « des clôtures en commencées à faire aux deux costés de l'estang et canal des « fontaines dedans le grand jardin... ; un puits à la basse court des offices... » ; tous ouvrages qui ne faisaient point partie du devis de 1 528. C'est que François I", à cette date de i528, n'avait point encore réussi à obtenir des Trinitaires, propriétaires de l'abbaye, le terrain nécessaire pour l'extension du château; les religieux ne devaient consentir à traiter que l'année suivante, en décembre, pour la vente de certaines parties des bâtiments de l'abbaye, de dix-sept maisons attenantes, de prés et de jardins, moyennant une rente de 200 livres et la reconstruction aux frais du roi d'un nouveau couvent. Mais, d'après le P. Dan, cette dernière clause ne fut point complètement exécutée (i); le roi ne fit rebâtir que certaines parties de l'abbaye, notamment le dortoir, le réfectoire et l'hôpital {2).

Le 14 avril i533, « après Pasques », Gilles Le Breton passe un marché pour la construction de six cuisines et garde-manger de bouche, à édifier de neuf « en forme de terrasse en la basse court de devant le chasteau, à l'opposite « de l'estang, contre et joignant le pan de mur de la grande gallerie par où l'on « va du dit chasteau en l'abbaye ». Ce sont là, sans aucun doute, les cuisines et offices qui devaient être installées dans le corps d'hôtel, de i5 toises de longueur et 18 pieds de largeur, entre la chapelle Saint-Saturnin et la Porte Dorée, dont il est question dans le devis de i528.

Le 10 mars 1540, Gilles Le Breton faisait par devant les notaires au „, , ^ . „ , , , . Le « rechangement ».

Chatelet Droum et (roussart « marche et convenant a messires Nicolas de ju grand escalier.

« Neufville, chevalier, seigneur de Villeroy, conseiller du roy et secrétaire de

« ses finances et Philbert Babou, aussy chevalier, seigneur de la Bourdaizière,

(1) Père Dan : Le trésor des merveilles, p. 80. (a) Comftes des Bâtiments du Roi, t. I, p. 60.

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CHAJ'ITkE HUITIEME

La chapelle Saint-Saturnin.

« conseiller du roy, secrétaire de ses finances et trésorier de France, commissaires « ordonnez et députez par le roy sur le fait de ses bastimens et édiffices de « Fontainebleau, en la présence de Pierre Deshotels, varlet de chambre ordinaire « du Roy et par luy commis au contrerolle des dits bastimens et édiffices, de « faire et parfaire pour le roy, en son chasteau de Fontainebleau, tous et chacun « les ouvrages de maçonnerie et taille qu'il convient faire pour le rechangement (( du grand escalier du dit chasteau et autres ouvrages contenus et déclarez au « devis cy devant escrit et ce, outre le contenu et marché fait avec luy pour raison « du dit grand escallier et de la chapelle du dit chasteau, datte du samedy « 6° d'août i53i , et pour cefaire sera tenu le dit Breton faire toutes les desmo- « lissions et rétablissemens qu'il conviendra... fournir et livrer le dit Le Breton « les autres matières de pierre de taille de grez et liais qu'il conviendra pour « iceulx ouvrages... ».

Ces travaux, de grande importance, durèrent cinq ans ; mais leur réception n'eut lieu qu'en i55o. Le procès-verbal en a été conservé. En voici le texte :

« De l'ordonnance de noble personne, maistre Philbert de Lorme, abbé « d'Ivry, de Saint-Berthelemy-de-Noyon et de Geveton, conseiller, ausmonier « ordinaire du roy, architecte du dit seigneur, commissaire ordonné et député « sur le fait de ses bastimens et édiffices de Fontainebleau, nous, Charles « Baillard, maistre maçon de Monseigneur le Connestable, Guillaume Chalou, « Jean Chaponnet, maistres maçons à Paris, et Jean-François, aussy maçon, H demeurant à Meleun, après serment par nous fait par devant le dit commissaire « avons en sa présence et en la présence de maistre Pierre Deshotels, notaire « et secrétaire du roy, et par luy commis au contrerolle de ses dits bastiments « et édiffices, veu visité les ouvrages de maçonnerie et taille de l'édiffice fait de « neuf au dit chasteau par maistre Gilles Le Breton, maistre des œuvres de « maçonnerie du roy, assavoir si le dit édiffice des dites chappelles et le dit « grand escalieront esté et sont bien et deuement faits et parfaits ainsy que le dit « Le Breton est tenu et obligé faire par deux devis et marchez de ce faits. »

La chapelle Saint-Saturnin présente dans sa construction et ses dispositions architecturales plusieurs des caractères typiques des chapelles des anciens châteaux du Moyen âge, conservés traditionnellement dans quelques résidences royales et princières : elle est à deux étages comme la chapelle de Gaillon, et à l'imitation de la Sainte-Chapelle de Paris elle accuse extérieurement par ses saillies hors d'œuvre l'affectation spéciale du bâtiment et le respect qui s'attachait au maintien de cette haute prérogative d'un service religieux particulier. Avant les travaux exécutés dans la Cour de l'Ovale sur l'ordre de Henri lV(i), l'édifice devait avoir une façade tout au moins aussi ornée que l'absiJe qui a été conservée dans son état originel, et dont le double étage de pilastres et de frises ne manque

(i) Palustre : La Renaissance en France, 5' livraison, p. 15

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point d'élégance; à l'intérieur, la structure dans le style classique est moins originale et moins riche de sculptures décoratives que dans les chapelles d'Anet, d'Ecouen, de Villers-Cotterets. Evidemment, le principe et le mode d'ornementation spéciale par la peinture, le stuc et les boiseries, adoptés pour les galeries du chàieau, y ont été appliqués systématiquement; et les tailleurs de pierre n'ont pu y faire montre de leur habileté que dans les chapiteaux des colonnes et dans les clefs de voûte pendantes.

A la construction du grand escalier se rattache la question de la construction ^^ Tenstyle.

du Péristyle ou perron de la Cour de l'Ovale, qui, pendant longtemps, a fait l'objet de divergences d'attributions. Après avoir été, trois siècles durant, mis à l'actif de Sébastien Serlio, sans aucune vraisemblance à tous les points de vue, ce monument d'une si parfaite élégance de formeet d'allure est revendiqué pour Gilles Le Breton par l'auteurde « La Renaissance en France » ; mais les raisons mêmes que celui-ci fait valoir pour justifier cette attribution l'infirment aujourd'hui définitivement. Le Péristyle est l'œuvre de Pierre Chambiges (i), qui le construisit de i53o à i534, par conséquent antérieurement de plusieurs années au marché de 1540 pour le « rechangement du grand escalier » et pour l'édification de la chapelle Saint-Saturnin, signé par Gilles Le Breton. D'ailleurs, comme on le remarquera, le procès-verbal de réception en i55o des travaux prévus dans le marché de i53i, et dans le marché de 1640, ne" fait aucune mention du perron qui avait été projeté en 1628, si longuement décrit dans le devis de cette date et dans le marché qui l'accompagne.

On vient de voir, par le document relatif à la réception des travaux de la chapelle Saint-Saturnin et du grand escalier, en i55o, que le surintendant des bâtiments du roi de ce temps est Philibert de l'Orme. Au témoignage même de celui-ci, les relations entre l'architecte favori de Henri II et le maître d'œuvre de Fontainebleau ne furent point empreintes d'une très grande cordialité. L'/( Instruction de M. d'Ivry » contient deux passages où il est fait mention de Gilles Le Breton et de ses travaux : « D'ailleurs, du commancement que j'euz « la charge des bastimens en faisant faire les toysés, au lieu que les ouvriers « esperoyent qu'il leur fust deu tant à Fontainebleau, Villers Coteretz, Saint- « Germain et aultres que le maçon de Fontaynebleau, M. Jehan Le Breton, « debvoyent xviu"" livres pour avoir plus reçeu qu'ilz n'avoyent faict d'œuvre, « et si y avoit plus de im" mil livres d'œuvre qui ne valloyt rien, et plusieurs « aultres maulvaiz mesnaiges qui estoient aux aultres maisons, qui seroyt long « à descripre que j'ai remonstré plusieurs foys et osé les larciner. » L'expression « le maçon de Fontainebleau » n'est certainement point mise là par bienveillance ; Philibert de l'Orme l'emploie à la façon de Sébastiannet Serlio, pour qui elle était celle qui pouvait, à l'égard d'un maître maçon-tailleur de pierre, contenir,

(i) Marius Vachon : Les Chambiges, p. 145-146.

Gilles Le Breton et Serlio.

Gilles Le Breton et Benvenuto Cellini

pour un architecte, le plus de souverain mépris professionnel. Plus loin, cnumérant les travaux de réfection et de restauration exécutés par lui dans les châteaux royaux, Philibert de l'Orme déclare, avec brutalité, qu'à Fontainebleau, la grande Salle de bal, « bien accoutrée » sur ses plans tant de lambris que de la chemynée et massonnerie et entrée des peinctures « tomboyt » (i), ainsi que la chapelle Saint-Saturnin ; et il ajoute, non sans ironie : « Et combien de « ruynes et périlz fussent advenuz au dict Fontaynebleau sans moy, et mesmes « à la grande gallerye ! »

L'autre adversaire déclaré de Gilles Le Breton, le « deviseur de plans » italien, Sébastien Serlio, a donné des circonstances de la réfection de la Salle de bal une version qui semble beaucoup plus conforme à la réalité des faits. Les murs de la salle étaient achevés et les ouvriers allaient commencer à monter la voûte, lorsque « survint, écrit l'artiste étranger, un homme d'autorité et de « plus de jugement que le maçon qui avait ordonné la chose. Il fit ôter les « consoles de pierre et ordonna un plafond de bois ». En contant cet incident de l'histoire architecturale de Fontainebleau, avec son malicieux désir de discréditer devant la postérité Gilles Le Breton, en le qualifiant de « maçon », Serlio nous a fourni lui-même un argument décisif pour défendre la thèse que ce (( maçon » fut, non point simplement un entrepreneur exécutant les plans d'un architecte, mais bien le maître d'œuvre ayant qualité et tout pouvoir « d'ordonner ». Si François 1" avait été encore de ce monde, il eut, sans doute aucun, défendu « son maistre général des œuvres de maçonnerie », dans cette affaire de la Salle de bal, comme il l'avait défendu dans une autre circonstance où son oeuvre était menacée de modifications de nature à altérer son caractère original.

François l" avait reçu de Benvenuto Cellini un projet de décoration sculpturale de la porte du palais dans la Cour de l'Ovale, dite la Porte Dorée. Mais ce projet ne tendait rien moins qu'à changer complètement l'ordonnance architecturale de cette façade, comme le déclare le sculpteur italien dans ses Mémoires :

« Je m'étais d'abord occupé, dit-il, de la Porte du Palais de Fontainebleau, « qui, suivant leur mauvais style français, était large et basse, presque carrée « et surmontée d'un hémicycle en anse de panier... Afin d'altérer le moins « possible l'ordre de cette porte, je me contentai de lui donner une belle « proportion et de rectifier l'hémicycle qui se trouvait au-dessus. J'ornai les « côtés d'élégants ressauts, posés sur une console qui correspondait à un « chapiteau que j'avais établi dans le haut ; puis je remplaçai par deux satyres,

(i) Par suite de l'Impatience de voir terminer son cher Fontainebleau manifestée souvent par François I", et surtout par suite de la pénurie du trésor royal, les travaux dans cette résidence, comme dans la plupart des autres, notamment à Saint-Germain-en-Laye, furent exécutés sur certains points avec une hâte et une insufiisance de soins fjui ont comi)romis la solidité des constructions.

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« presque en ronde bosse, les deux colonnes qui semblaient réclamer cette « disposition architecturale. » La composition décorative comprenait non seulement une figure de nymphe chasseresse, couchée, la main droite appuyée sur le cou d'un cerf, mais toutes sortes de fauves mêlés à des braques et à des lévriers. Gilles Le Breton protesta avec énergie et obtint gain de cause. Benvenuto Cellini ne réussit point à faire imposer au maître d'œuvre de Fontainebleau le modèle de la nouvelle porte qu'il avait présenté un jour à François I", et dont la vue seule, raconte-t-il avec une suffisance peu commune, parvint à « ramener la joie sur le visage du roi, absorbé par les infernales « inquiétudes de la guerre qui venait de se déclarer entre lui et l'Empereur « et apporta une agréable diversion à l'ennuyeuse conférence qu'il venait « d'avoir pendant plus de deux heures » (i).

La gravure de Du Cerceau représentant l'ensemble du château de Fontainebleau dans « Les plus excellents bastimens de France » montre ce qu'était la Cour de l'Ovale avant les remaniements que lui fit subir Henri IV par l'érection de la porte du Baptistère, sur l'emplacement de la salle du guet démolie dans ce but, et par la construction du pavillon des Dauphins, au sud de la chapelle Saint-Saturnin; les estampes d'Aveline, de Pérelle et d'Israël font connaître l'état primitif des autres parties de la résidence royale construites pendant la période de 1527 à i55o. Par ces documents graphiques, et par ce qui subsiste intégralement de son œuvre, on peut, encore aujourd'hui, apprécier le tempérament d'artiste et la science de constructeur de Gilles Le Breton. Il est bien de la race de ces maîtres maçons-tailleurs de pierre des xv° et xvi" siècles, qui allient à la modestie de caractère et à la fermeté d'esprit, les préservant des ambitions présomptueuses, la conscience professionnelle qui les fait se plier aisément aux conditions précises de la besogne qu'on leur confie.

Tous les historiens de Fontainebleau sont unanimes à mettre en relief la Lœuvre

physionomie à la fois simple et sévère, grandiose et pittoresque, qu'il sut donner "li-" Gilles Le Ilrcton au château de la Renaissance, et qui est en harmonie parfaite avec le cadre d'une forêt de majestueuse beauté. Il n'y a là, en effet, rien qui sente la création d'un (f deviseur de plans », ignorant tout du métier d'architecte, exclusivement assujetti aux caprices de son imagination et aux impulsions de sa vanité. L'économie recommandée par le Trésor royal impose des matériaux peu coûteux ; le maître d'œuvre choisit pour le gros œuvre le moellon commun dans la région et qu'il recouvrira d'un enduit de chaux et de sable, pour les « croisées, huisseries, chenages, angles et couronnements », la pierre de grès que l'on y trouve en quantité et à très bon marché.

La nature des matériaux de construction s'oppose à une ornementation

(i) La vie de Benvenulo Cellini, écrite par lui-même, traduction de L. Leclanché, Paris, 1881; p. 407, 409.

à l'"on*ainebleau.

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touffue et délicate, semblable à celle que les maîtres d'œuvre ayant à leur portée des pierres tendres, faciles à tailler, peuvent, en ce même temps, donner aux châteaux des bords de la Loire, de l'Ile-de-France, de Normandie, etc. Gilles Le Breton agrémentera uniquement ses façades de « contrepilliers hors œuvre » à chapiteaux légers, d'entablements, de corniches et de frises « portans mollures honnestes », d'ouvertures encadrées de « piedroicts, d'arquitraves et frontespies », aux lignes et profils d'une grande simplicité et de plus de robustesse que d'élégance.

Les conditions topographiques des constructions nouvelles lui inspirent des innovations aussi ingénieuses que pittoresques. Par exemple : dans le pavillon de la Porte Dorée qui a sa façade extérieure en vue sur des perspectives admirables de jardins et de pièces d'eau, il imagine, — comme le fait dans le même temps et dans les mêmes conditions, à Saint-Germain-en-Laye, Pierre Chambiges, — deux étages de larges loggias d'où l'ont peu contempler à l'aise le merveilleux panorama. Pour éviter, dans la Cour de l'Ovale, la monotonie de dispositions architecturales uniformes, il oppose aux façades des anciens corps d'hôtel remaniés, qui présentent une série de croisées de même type, l'ordonnance des grandes baies superposées de la Salle de bal dont les terrasses, aux balustrades ajourées, font contraste avec les hauts toits inclinés de la vieille tour, de la Porte Dorée, du Pavillon des enfants, etc.

Si, pour se conformer à une tradition qui est chère à tous les maîtres maçons de ce temps, Gilles Le Breton conserve systématiquement, dans ses constructions, les toits à grands combles, ajourés de hautes lucarnes de pierre, qui en facilitent l'utilisation comme appartements ou galeries, ainsi que les fenêtres à meneaux; s'il sépare les étages par une moulure à large profil rappelant beaucoup plus les bandeaux employés dans l'architecture ogivale que les corniches classiques, il ne sait pas moins innover ingénieusement dans le goût du jour. Les chapiteaux de ses pilastres et contrepilliers sont des créations bien personnelles et fort originales : ou ils présentent aux angles des têtes de biches et dans le milieu le chiffre de François P' fleuronné, sinon la salamandre couronnée; ou ils sont composés de fieurs de lys dégénérées, placées entre deux feuilles d'acanthe classique, et dont la partie supérieure se déroule en volutes du plus gracieux effet.

Dans son dépit de deviseur de plans évincé, Sébastien Serlio déclare qu'il ne savait comment qualifier l'architecture du Fontainebleau construit par Gilles Le Breton ; de son côté, Benvenuto Cellini, plus brutal dans sa mauvaise humeur des déceptions éprouvées pour la Porte Dorée, écrit qu'elle est du « mauvais style français ». Ces deux critiques, émanant d'artistes étrangers, doivent être tenues pour le meilleur éloge qu'on puisse faire de l'œuvre du maître maçon de François l" : Fontainebleau tout entier, d'inspiration, de conception et d'exécution est essentiellement, exclusivement, français.

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