S MAITRES DE FONTAINEBLEAU ET VILLERS-COTTERETS
Gilles Le Breton mourut dans les derniers jours de l'année i55i, ou peut- Mort
être dans les premiers de l'année i552. On lit dans des lettres patentes de ^'e Gilles Le Breton Henri II, en date du 24 février i552 : « Pour ce que nostre cher et bien amé ^" '55'-
« maistre Jean de l'Orme, que nous avons naguère pourveu de Testât et office « de maistre général de nos œuvres de maçonnerie comme vacquant par le « trépas de feu maistre Gilles Le Breton, dernier paisible possesseur d'icellu3S « n'a encore peu, ne pouvoit nous faire et prester le serment du dit office ny « icelluy exercer d'autant qu'il est en Italie... ».
Dans les lettres patentes données à Chateaubriant, le 18 juin i532, et ^^ château
adressées à Jehan de la Barre « chevalier, comte d'Estampes, prévost de Paris de Villers-Cotterets. et premier gentilhomme de la chambre », et à Nicolas de Neufville, « aussy chevalier et secrétaire des finances », l'on voit figurer Villers-Cotterets, à propos de bâtiments et édifices que François I""" a ordonné être faits en ce château, ainsi qu'à Saint-Germain-en-Laye. (^e projet remontait déjà à plusieurs mois. Dans les « Dépenses secrètes de François I"" », année i532, à la date du i" janvier, il est fait la mention suivante : « Assignation dont il fault « promptement lever les acquits pour le bastiment que le roi entend, ceste « présente année, faire faire au lieu de Villers Costeretz. — Somme pour le dit « bastiment de Villers Costeretz : xl" 1. » (i).
Les constructions nouvelles qu'il s'agissait d'élever à Villers-Cotterets ne
difléraient pas sensiblement de celles de Fontainebleau, dont l'exécution avait
été confiée à Gilles Le Breton. Il existait là un ancien manoir féodal, qui avait
été ruiné en partie par les Anglais, dans les dernières années du règne de
Charles VI. Jacques Androuet du Cerceau en écrit ceci dans « Les plus
excellents bastiments de France » : « Ce lieu estoit d'ancienneté un logis de
« marque, comme apparoit tant par le grand corps de logis que par la closture
« du parc. Ceste maison consiste en deux courtz. Le vieil bastiment fait la
« séparation dicelles. Le roi François premier feist réparer le dict bastiment et
« l'augmenter de plusieurs corps de logis, et tel comme il apparoit de présent. »
A l'aile droite du château, du côté de l'est, on ne fit que restaurer les tours,
exhausser les courtines, et relever les combles ; du côté de la forêt, les bâtiments
anciens furent rajeunis par des ouvertures nombreuses percées dans les murs
épais et moroses. A l'aile droite, le vieux logis était sans doute trop ruiné pour
pouvoir être restauré ; mais, sans doute aucun, les fondations en furent utilisées,
ou tout au moins, l'on bâtit sur le même périmètre. Jacques et Guillaume Le Jacques
T^ r , , . T^ ■ , . . , et Guillaume Le Breton.
Breton, « ireres maçons, demeurans a Pans », reçurent la mission de restaurer
l'ancien château de Villers-Cotterets et de le compléter par des constructions
nouvelles, pour en faire une résidence royale, digne du souverain.
(i) Archives nationales, J. 960, folio g Y' Bâtiments du roi.
— Ce document ne figure pas dans les Comf1 es des
Quel lien de parente unissait Jacques et Guillaume Le Breton à Gilles Le Breton? On l'ignore encore. Léon Palustre a pensé qu'ils étaient les trois frères. Le document publié plus haut, où il est fait mention du père et de la mère de Gilles Le Breton, contredit cette hypothèse. Mais il est probable, en raison de leur communauté d'origine, et de leur similitude d'âge, qu'ils étaient parents. Les « Comptes des Bâtiments du roi » contiennent des documents relatifs aux travaux de Villers-Cotterets exécutés par Jacques et Guillaume Le Breton, dans le « Compte de maistre Nicolas Picart, commis à tenir le compte et faire « le payement de ses édiffices et bastimens de Villers Costerets durant huit « années entières commancées le premier janvier i532 et finies le dernier de « décembre 1540 »; mais les états de payement mentionnés ne portent pas de date particulière. Il n'est donc point possible de savoir exactement quand commencèrent ces travaux. Le premier état est ainsi libellé :
« A Jacques et Guillaume Le Breton, frères, maçons, la somme de 58. 1 38 liv. « 8 s. 4 d., à eux ordonnée pour tous les ouvrages de maçonnerie et taille par eux « faits durant le temps de ce compte à Villers Costerets, de l'ordonnance de « messire Nicolas de Neufville, chevalier, sieur de A'^illeroy, et de Philbert « Babou, sieur de la Bourdaizière, et par le contrerolle de maistre Pierre « Deshotels, varlet de chambre ordinaire du roy. »
Vient ensuite l'extrait suivant du Compte de Nicolas Picart pour l'exercice 1 540-1550 :
« A Jacques et Guillaume Le Breton frères, maçons, demeurans à Paris, la
« somme de 5o.955 liv. 17 s. 6 d. pour tous les ouvrages de maçonnerie par
« eux faits de neuf à Villers Costerets, de l'ordonnance de messire Nicolas de
« Neufville, chevalier, seigneur de Villeroy, et Philbert Babou, seigneur de la
« Bourdaizière, conseiller du Roy et commissaire par luy ordonné sur ic fait de
« ses bastimens de Fontainebleau et Villers Costerets, tous lesquels ouvrages ont
« esté veus et visitez en la présence de maistre Philbert de Lorme, conseiller et
« ausmonier ordinaire du Roy, et par luy commis sur le fait de ses bastimens
« et édifHces, et Pierre Deshotels, varlet de chambre ordinaire du Roy, et par
« luy commis au contrerolle de ses bastimens et édiffices de Villers Costerets. »
Le Compte de recette, établi par Nicolas Picard, « des deniers provenans
« des ventes et couppes de bois de haulte fustaye que le roy a ordonné estre
« faittes es forcst des charges et généralitez pour estre employez au fait de
« ses bastimens et édiffices ,de Villers Costerets » s'élevait à la somme de
102.010 livres 14 sous 5 deniers. Le devis, auquel se rapportaient ces crédits,
comprenait un ensemble de travaux déterminés avec beaucoup de précision et
qui furent exécutés complètement sous le règne de François l"''. Lorsqu'il fut
décidé de bâtir le pavillon dit Pavillon de Henri II, le périmètre de l'ancien
château, maintenu pour le nouveau, était rempli par les constructions anciennes
restaurées et par les constructions nouvelles ; on dut l'édifier en dehors, à
LES MAITIŒS Dli lOXTAINliUl.lîAU LT VII.l.LKS-COTTERETS
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l'angle occidental. Ce bâtiment ne faisait probablement point partie du devis primitif.
Villers-Cotterets est tout entier l'œuvre incontestable de Jacques et Guillaume Le Breton ; ils l'achevèrent, car les comptes font mention des entrepreneurs qui leur succe'dèrent : Robert Vaultier et Gilles Agasse ; et les états de payements les concernant, de i55o à iSSg, s'élèvent à la somme de 10.709 livres i5 sous et i3 deniers, qui doit s'appliquer exclusivement à des travaux de réparation et d'entretien, carie terme « ouvrages de maçonnerie faits de neuf» employé dans les états de payement à Jacques et Guillaume Le Breton ne s'y rencontre jamais.
Nous retrouvons dans les « Comptes des Bâtiments du roi », à la date de Guillaume Hroton i557, le nom de Guillaume Le Breton seul pour le payement de travaux autres au Palais en la Cité, que ceux de Villers-Cotterets. Jacques était-il mort ? L'association entre les deux frères avait-elle été dissoute ? Aucun document ne renseigne à ce propos. Cet état de payement est ainsi libellé :
« A Guillaume Le Breton, maistre maçon, la somme de 400 livres pour « ouvrages de maçonnerye par luy faits au dit pallais ( « Palais royal », le Palais « en la Cité), à luy ordonné par ce présent trésorier (Jean Durant); en vertu « d'un rescript du seigneur d'Anizy. »
Il est suivi d'un autre qui nous donne la date approximative de la mort de ce maître maçon ; en voici le texte :
« 1559. Pallais royal à Paris. Maçonnerie. Aux veufs et héritiers de feu « Guillaume Le Breton, en son vivant maistre maçon, et autres, pour les ouvrages « de maçonnerie par eux faits en plusieurs endroits, la somme de (sans indi- « cation) à eux ordonnée par messieurs les trésoriers de France.
« i56o. Aux vefve et héritiers de feu Guillaume Le Breton, en son vivant « maistre maçon, la somme de 169 liv. 5 s. 4 d., à eux ordonnée par maistre « Jehan Groslier, pour tous les ouvrages de maçonnerie qu'il a faits aux grandes « salles, court et trésor du pallais royal. »
Parmi ces travaux exécutés par Guillaume Le Breton fut la construction de l'arc dit de Nazareth, qui établissait une communication entre l'Hôtel des Comptes et la Galerie des Archives. « La sculpture de cet arc est excellente, '^'^ Guillaume Le Breton, a écrivait de Guilhermy(i) ; la voûte et les archivoltes reposent sur huit consoles, « dont quatre sont ornées de têtes de satyres, et les autres de têtes de femmes, « qui portent chacune un croissant sur le front. Des tablettes et des têtes d'anges « remplissent les intervalles des consoles. Aux clefs de l'arc des mascarons et « des branches de laurier ; dans les tympans extérieurs, quatre petites ligures de « femmes tenant des palmes, que Jean Goujon n'aurait pas désavouées. Le xvn' « siècle a élevé, sur cet arcade, un attique à pilastres d'ordre ionique. »
L'arc de Nazareth œuvre
(i) Dk Guilhkrmy : Itinéraire archéologique de Paris, \i. 307.
Après l'incendie du Palais de Justice et de la Préfecture de Police, en 1871, l'arc de Nazareth a été transporté au musée Carnavalet.
•2iO CIlAl'll'RE HUITIEME
Œuvres présumées Léon Palustre a cru devoir attribuer aux frères Le Breton le manoir de
des frères Le Breton. Huleux, situé dans la commune de Nery, entre Senliset. Crépy-en-Valois,dont la construction remonterait aux premières années du règne de Henri IL Cette attribution est basée sur les analogies des dispositions architecturales très parti culières des lucarnes qu'il a remarquées à Huleux et Villers-Cotterets. Le même historien d'art se montre disposé à penser que le château de Folembray fut construit par les deux habiles maîtres-maçons de Villers-Cotterets. « Le style « général des façades, écrit-il, reproduit d'une manière si étroite les parties les « plus anciennes de Villers-Cotterets qu'il serait presque insensé de ne pas y <f reconnaître la même main. »
On ne sait rien de la mort de Guillaume et Jacques Le Breton.
Jean Le Breton. ^^^ Registres du Bureau de la Ville de Paris mentionnent un Jean Le Breton,
fils ou neveu de l'un des trois maîtres précédents. Il prend part, mais sans succès, à la soumission des travaux de construction du Pont-Neuf, les 23 et 2*") avril 1578, en i582, sans plus de résultats, à celle des travaux à exécuter dans la chapelle des Valois à Saint-Denis. La municipalité parisienne l'adjoint à Jean- Baptiste du Cerceau, à Pierre II Chambiges et à Henri F'ournier pour recevoir les constructions faites à l'Hôtel de Ville parClaude Velfaux et Robert Marquelet.
PIERRE GADYER ^^ ^^ ^ s^ ^