CONCLUSIONS
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u lendemain de la Guerre de Cent ans, il se produisit en France une véritable Renaissance de la nation, au sens le plus littéral du terme : l'action de renaître, le retour à la vie.
Et, cette Renaissance eut dans l'Architecture nationale, religieuse et civile, son expression publique la plus complète, la plus grandiose, la plus éloquente pour les yeux et pour les âmes, celle que le peuple comprenait le mieux, et à laquelle il devait être le plus sensible.
Le xvi° siècle commencera, comme un beau jour, dans une douce, claire, et lumineuse aurore, annonçant le soleil radieux, vainqueur de la nuit, des nuées et des tempêtes, qui va fleurir la terre de France d'innombrables et incomparables œuvres d'art.
C'est que notre génie artistique, enseveli sous les cendres et dans les ruines amoncelées par l'invasion étrangère, était resté en germe sain et vigoureux, et n'attendait que le retour à la lumière, dans la paix, pour pousser rapidement, et pour porter de nouveau des fleurs superbes et des fruits savoureux.
De l'Architecture du Moyen âge à l'Architecture de la Renaissance, la filiation sera, ainsi, directe, immédiate, et ininterrompue.
Elle se manifeste, de la façon la plus évidente, et partout, au nord comme au midi, à l'est comme à l'ouest, et au centre, par la continuation de l'emploi de
l'ossature ogivak sous une parure nouvelle d'ornements, dérivés autant de l'Art national que de l'Art antique; parle respect inaltéré des lointaines traditions de l'union intime de l'architecture et de la sculpture décorative; par le maintien, dans les châteaux, du dispositif topographique, des tours et tourelles féodales, des façades, des grands combles, des distributions et des aménagements intérieurs, usite's au Moyen âge.
A analyser, et à peser, si faire se pouvait, avec quelque précision, les éléments divers qui constituent l'Architecture nationale de la Renaissance, dans sa première période, celle du commencement du xvi" siècle, la plus féconde en créations originales, on constaterait, sans aucun doute, qu'elle en renferme beaucoup plus de provenance du Moyen âge que de provenance de l'Antiquité . et même, en sus, trouverait-on, certainement, comme dans la Littérature nationale, une quantité considérable d'apports nouveaux de l'imagination, de l'esprit, et de la verve indigènes.
Aussi, qu'ils soient normands ou bretons, angevins ou champenois, gascons ou franc-comtois, picards, parisiens ou tourangeaux, les maîtres maçons-tailleurs de pierre font-ils, en ce temps, simultanément et indistinctement, de l'Art ogival et de l'Art Renaissance, du « Moderne » et de « l'Antique ».
Ces maîtres maçons-tailleurs de pierre, formés à la rude et sévère, mais pratique et féconde Ecole des anciennes corporations, sont les fondateurs de l'Architecture nationale de la Renaissance; les architectes, formés par l'étude théorique de l'Antiquité, n'ont été que des continuateurs, dont quelques-uns, il est vrai, par leur génie, ont porté l'art aux plus hauts sommets.
Pendant longtemps, ces fondateurs ont été, pour ainsi dire, exclus de l'histoire de l'Architecture nationale, par suite de l'erreur, commise par les historiens, de dater la Renaissance classique de la seconde moitié du xvi" siècle, soit de l'arrivée triomphale de Pierre Lescot, Jean Bullant, et Philibert de l'Orme, qui étaient allés, — tout au moins les deux derniers, — étudier l'Architecture antique en Italie.
Or, les maîtres maçons-tailleurs de pierre avaient fait, bien avant eux, de l'architecture nouvelle, avec une personnalité et une originalité saisissantes. Gaillon, création collective de Guillaume Senault, Pierre Fain et Pierre Delorme, est achevé en iSoq; le Bureau de t'inances,!; Rouen,bàti par Rouland Le Roux, date de i5io; le chœur de Saint-Pierre, à Caen, chef-d'œuvre d'Hector Sohier, a été commencé en i528; Pierre Chambigcs a terminé avant i53o Chantilly, et adressé, en i535, les plans de l'ancien Hôtel de Ville de Paris; Louis Privât, construisait, en i533, le nouvel Hôteldc Bernuy,à Toulouse: Nicolas Bachelier, en i538, l'Hôtel de Bagis, ou Hôtel de pierre primitif. Et, les lettres patentes royales ordonnapt l'édification du Nouveau Louvre sont de 1546; Jean Bullant n'a élevé qu'en i56o les célèbres portiques d'Ecouen ; les premiers travaux des Tuileries furent ordonnés par la reine Catherine de Médicis.
CONXLLSIONS .'>47
De cette erreur liistoriqiic est ncc la fausse léj^ende du Panitalianismc artistique, qui a fait attribuer, pendant longtemps, tous les grands édifices français de la Renaissance aux dcviscurs de plans italiens, venus en Franc- dans les fourgons de Charles VIII et I-ouis XII, accueillis par François I", ou accourus spontanément pour faire des affaires dans notre pays. Cette légende devait s'accréditer bien vite, à cause de l'ignorance où l'on a été, dans le même temps, de l'existence, sinon de l'identité précise (i), de tous ces grands maîtres maçonstailleurs de pierre de la fin du xv" siècle et de la première moitié du xvi' : les Cliambiges, les Le Breton, les Sourdcau, les Grappin, les Françoys, les Le Prestre, Nicolas Bachelier, Hector Sohier, etc., qu'on peut qualifier les frères d'armes de nos grands écrivains : Clément Marot, Ronsart, les du Bellay, Henri Estiennc, Rabelais, Montaigne, etc. Comme ceux-ci dans la littérature, n'ont-ils pas, dans l'art, lutté avec vaillance, énergie et ténacité, de toutes leurs forces, et de tout leur patriotisme pour l'indépendance du génie français ?
Dans ses origines lointaines, dans ses évolutions successives, et dans son épanouissement complet, la Renaissance architecturale en France est restée constamment parallèle à la Renaissance architecturale en Italie. L'une et l'autre se sont faites dans des circonstances et des conditions de gestation, de naissance, de vie et de mort, identiques de tous points.
L'Architecture nouvelle est sortie de l'Architecture ogivale, graduellement, lentement, avec des intermittences d'arrêt, dues exclusivement à des causes extérieures et étrangères. Et, elle a affirmé sa prodigieuse fécondité par des œuvres merveilleuses, aussitôt que, dans son milieu, les événements politiques et sociaux avaient cessé de lui être hostiles, et lui étaient devenus favorables.
L'Architecture de la Renaissance française et l'Architecture de la Renaissance italienne sont deux sœurs, ayant pris du pays où elles sont nées et où elles ont vécu la physionomie particulière qui, seule, les différencie, car tout, en elles, est de même essence, au point qu'on en a pu croire, longtemps, que celle-ci était la jeune mère de celle-là.
Au temps de la Renaissance, comme aux grandes périodes de l'Art roman, et de l'Art ogival, l'Architecture nationale a trouvé, chez nous, tout ce dont elle avait besoin, nécessairement, et même en superflu, pour préparer, accomplir, et achever son évolution, normale, progressive, décisive, et complète :
Dans les maîtres maçons-tailleurs de pierre tout d'abord, dans les architectes ensuite, des maîtres d'œuvre et des directeurs de chantiers, aussi aptes à concevoir
(i) Lorsque Adolphe Berty publia, en 1860, son étude, si précieuse et si recherchée alors, sur les Grands architectes de la Renaissance française, il le fit en un petit livre in-i6 de 168 pages, où il n'est question, et sommairement, que de Philibert de l'Orme, de Jean Bullant, de Jean Goujon, des Mètezeau, des Cliambiges, et des Du Cerceau. Destailleur, en ses « Architectes français », publication beaucoup |)lus récente, ne fait mention que de ces artistes pour la même période.
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et dresser des plans originaux, ingénieux et pratiques, qu'à les faire exécuter de façon irréprochable ;
Dans les compagnons, << varlets », et apprentis de la corporation du Bâtiment, formés par une discipline corporative admirable, d'incomparables ouvriers,d'une habileté technique prodigieuse, et d'une conscience professionnelle intransigeante et irréductible ;
Dans les rois, les princes, les grands seigneurs, les prélats et les bourgeois, dans les municipalités, les Chapitres de cathédrales, et les Fabriques des églises, des protecteurs, d'une générosité inépuisable, du goût le plus sûr, conscients de leur devoir social d'encouragement des arts, profondément respectueux des traditions, des droits, usages, et coutumes des corporations;
Dans le peuple, des imaginations et des intelligences instinctives, naïves, et prime-sautières, capables d'admirer, aimer, et comprendre les créations architecturales les plus grandioses, les plus hardies, et les plus sévères.
Un long et fécond passé de vie sociale intense fournit, inépuisablement, aux maîtres maçons les idées artistiques, variées comme le tempérament et ridéal propres à chaque région, à chaque province, à chaque cité, et en harmonie intime avec ses traditions et ses moeurs, avec son climat et sa topographie.
Il en sera donné à l'expression de ces idées une diversité extraordinaire de formes, originales et spéciales à ce point qu'elles désignent et caractérisent des écoles d'architecture distinctes et autonomes, sachant adapter à leur esthétique particulière, par une technique qui ne l'est pas moins, les matériaux indigènes, qu'elles emploient, toujours, et partout, avec une science parfaite de leurs propriétés et de leurs effets.
Dans l'Architecture de la Renaissance française tout, — idées, formes et matériaux, esthétique et technique, — est de notre pays, est sorti de son cerveau, de son cœur, de son âme, et de ses entrailles, été mis en œuvre par ses artistes et par ses ouvriers, pour la satisfaction complète de son idéal, con'stant et impérissable, de grandeur et de beauté.
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l'HÉKAtE UE II. Daumet, membre Je l'Institut.
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