‹ La renaissanceChapitre 114 sur 189 · DANS BOLOGNE · texte numérisé non relu

DANS BOLOGNE

Une chambre du palais où demeure le Pape. — Jules II, malade, à demi couché dans un fauteuil, entouré de coussins qu'il renverse à toutes minutes et que des domestiques relèvent. Le cardinal Régine, légat de Bologne.

LE CARDINAL

Il ne faut pas vous laisser prendre par ces scélérats de Français.

LE PAPE

Je ne me laisserai pas prendre. C*est moi qui prendrai, qui étranglerai, qui piétinerai mes ennemis. Tu peux compter là- dessus! Qu'on me donne à boire!

Ud camérier lui tend un verre de tisane.

Pouah ! c'est amer comme âel ! Un verre de vin !

LE CAMÉRIER

Très Saint-Père, les médecins Tont expressément défendu I

LE PAPE

A quelle heure sont partis les courriers pour m'aller avertir les Vénitiens et les Espagnols?

LE CARDINAL

Il y a quatre heures; ce fut à la première nouvelle qui nous arriva de la marche des Français.

3i6 LA RENAISSANCE

LE PAPE

La question est que nos alliés soient ici à temps. Fais écrire à l'évêque de Sion de hâter ses négociations avec les Suisses. Qu'on me jette au plus tôt ce qu'on pourra ramasser de ces barbares sur les campagnes du Milanais. Plus ils feront de mal aux gens de Louis XII, plus notre délivrance sera proche

LE CARDINAL

Les Suisses sont de braves butors; je compte beaucoup sur eux. Dévoués à l'Eglise, obéissants quand on les paye bien...

LE PAPE

Des bandits comme les autres! Le comte Jean- François n'est pas encore de retour?

LE CARDINAL

Pas encore. C'est une langue adroite.

LE PAPE

Il n'est pas besoin de beaucoup de finesse pour tromper Louis XII. Ce niais se fait passer pour homme de bien, parce qu'il est grossier, jovial et faible de tête comme de cœur. Prince, il a trahi son Roi; mari, il a rendu sa première femme, une sainte, aussi misérable qu'il a pu; aujourd'hui, il obéit à la seconde, qui n'est qu'une mégère, et tuer, piller, personne ne le fait plus lestement que lui, toujours avec un gros rire, et l'on dit • Le brave homme que voilà ! Pauvre Italie ! pauvre Italie, être foulée aux pieds par de tels gens! Mais ce scandale ne durera pas. Il faut nécessairement dé-» truire les petits princes et ces scandaleuses républi-

ques : Florence, Sienne, Lucques; alors, on se sert des Aragonais, des Français, des Allemands, de ce qu'on a sous la main; mais, enfin, le jour va luire où la sainte Eglise, maîtresse de tout, enfermera sous double clef ces misérables dans les déserts que le ciel leur a donnés pour patrie.

LE CARDINAL

La vérité est que Votre Sainteté a tout préparé à merveille .- Henri VIII d'Angleterre déchaîné sur les côtes de France^ Ferdinand menaçant les Pyrénées*

Et je négocie, j*e négocie toujours avec Louis; en le frappant, en le harcelant, je l'amuse, je lui fais croire que nous pourrons nous entendre; je l'excommunie d'une main, lui et ses alliés, les scélérats! de l'autre, je le caresse!... Je l'anéantirai!

LE CARDINAL

Et voilà quinze mille Suisses qui vont arriver!

Et mon neveu Marc-Antoine Colonna s'est fait une armée; j'en ai levé une autre pour mon Francesco- Maria d'Urbin... Tout va assez bien... Oui, mais si tout à l'heure les Français me surprennent, c'est un accident capable de gâter bien des affaires! Je suis venu ici un peu étourdiment

LE CARDINAL

Un peu imprudemment.

Ii8

Où le temps d'être prudent? Il faut que je fasse vite pour faire beaucoup. Si je ne dois pas compter sur ma fortune, autant ne me mêler de rien. Va voir si le comte ne revient pas.

JULESII 3, g

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