A L'ANGLE D'UNE RUE
Machiavel, les mains derrière le dos, regarde passer la foule, qui pousse des cris de joie.
MACHIAVEL
Quel bruit ! Comme ils beuglent ! Comme ils chantent ! Quels yeux étincelants! Comme ce mot de liberté les grise! On dirait que c'est la première fois de leur vie qu'ils le prononcent et s'exaltent de la sorte ! L'oiseau vit dans l'air, le poisson dans l'eau, et la canaille dans le tapage.
Passe une bande traînant par le ruisseau, aa bout d'une corde, un écusson aux armes des Mèdicis. Tambours, trompettes; la foule cbaate et suit Benvenuto Cellini, qui agri^e un drapeau.
CELLINI, criant du iiaot d« sa têto*
Vive Florence]
TOUTE LA FOULî:.
Vive Florence! Mort aux Médicîs?
CELLINI
Seigneur Machiavel ! vous êtes im grand citoyen !un ami de Savonarole!
LA FOULE
Vive Savonarole! vive Machiavel! vive Cellini!
CELLINI
Citoyens, vous êtes sublimes! Peuple de Florence, tu es un grand peuple!... Machiavel, vous venez avec nous? Nous vous porterons sur nos bras! Vous avf^ souffert dans les prisons de la tyrannie!
LA FOULE
Oui! oui! Portons-le sur les bras! en triomphe!
MACHIAVEL
Mes amis! je vous Teniercîe! Certainement, mon cœur déborde de reconnaissance! Mais je suis vieux! je suis malade! je ne me sens bon à rien, et je vous prie de me laisser en paix ! Du reste, vive Florence ! vive la liberté! vive le peuple! vive le seigneur Cellini!... Je me demande s'il faut crier encore autre chose.
CBLLINI.
x'Mlons! mes enfants! allons avec courage, avec une indomptable énergie, poursuivre notre œuvre ! Le feu au Jeu de paume où s'exerçaient les despotes !
LA FOULE
Oui ! allons brûler le Jeu de paume \
MACHIAVEL
C'est une excellente idée! Allez brûler le Jeu de paume! Sans quoi la liberté ne pourrait jamais s'éta-
blir
Celliai agite son 'drapeau, et toute la. foule s'éloigne^ avec les inêmes cxi&, les mêmes vociférations, battements de tambours, sonneries de trom "pettDS, et traiaaot toujaurs un écusson au bout d'une corde.
MACHIAVEL
Il est plus sage de considérer les hommes en spectateur passif que de se mêler de leurs affaires. Je ne m'étonne nullement du goût vif de beaucoup de gens pour les conjurations, les séditions, les révoltes. De tous les jeux ae hasard, c'est incontestablement celui
So8 LA RENAISSANCE
qui met le plus de facultés en mouvement. A chaque minute, un incident imprévu ! On respire une incommensurable espérance de choses indéfinissables; on parle, on crie, on s'agite, on ne pense à rien au monde, et l'on boit, l'on boit, l'on boit sans s'arrêter dans une coupe d'émotions dont la saveur est constamment variée ! Voyez ce Benvenuto, cet insigne bavard, ce fanfaron sans pareil! Il n'a pas une vertu; mais il est plein d'esprit; il s'amuse en ce moment comme un dieu; il ne croit pas le moindre mot de ce qu'il vocifère, et se soucie autant de la liberté de Florence que de celle de l'Abyssinie; mais il s'amuse, c'est l'important
Entre Michel-Ange.
MICHEL-ANGE
Vous voilà, maître Nicolas? Je suis bien aise de vous voir; depuis des années, ce plaisir ne m'avait pas été donné; vous me semblez pâle et défait.
MACHIAVEL
Mon ancien compagnon, je suis comme un instrument de musique défoncé. On a marché dessus trop de fois. Quelques-unes des cordes rendent encore des sons; la plupart sont brisées; le reste est désaccordé. Je pense avec quelque plaisir à la probabilité de quitter avant peu cette enveloppe mortelle qui m'habille si mal.
MICHEL-ANGE
Je comprends votre dégoût. Mais ne parlons pas d'un tel sujet; nous nous entendrions trop bien. Qu'est-ce donc que l'Italie devient? Où va-t-elle? J'ai
quitté Rome pour ne pas tomber dans les mains des Vandales impériaux; j'arrive à Florence, et j'y trouve tout à l'envers, et une révolution nouvelle après des myriades d'autres. Les Français, qui ne savent pas défendre le Pape, ni faire rien d'avantageux pour nous ni pour eux-mêmes, viennent de mettre Pavie à feu et à sang; partout on tue, on tue, on tue... Je sais que dans nos jeunes ans on tuait de même...
MACHIAVEL
Avec une grande différence : alors la vie sortait de la mort, et aujourd'hui, ce qui soft de la mort, c'est une autre mort Me comprenez-vous?
MICHEL-ANGE
Oui..., à peu près.
MACHIAVEL
Eh bien ' dans ce temps où nous étions jeunes, vous et moi, les pillages, les massacres, les violences de tout genre, n'empêchaient nullement l'Italie, jeune comme nous, de grandir et de prendre avec de nouvelles forces de nouveaux charmes. Il n'en est plus de même. Remarquez-vous que les affaires des Italiens se faisaient alors par les Italiens? Maintenant, ce sont les Français, ce sont les Impériaux qui dirigent, sèment, labourent et récoltent. Autrefois, on appelait les barbares à l'aide, bien à tort, sans doute! mais on les considérait comme des auxiliaires dont un jour ou l'autre, après la défaite et la destruction du compatriote ennemi, on comptait se débarrasser. C'est ainsi que les Sforza, le Pape, les Vénitiens, ont tour à tour invoqué les rois Charles VIII, Louis XII et Fer-
dhfiand d*Aragan. M. de Vaîentinois n'avait pas une autre pensée. Les adversaires les plus opposés de vues et d'ambitions s'entendaient sur ce point, et c'était de quoi leur faire honneur. Maintenant, le Pape, les Milanais, les Florentins, les gens de Naples ne sont que des mannequins dont François P' et Charles remuent les &Is, et notre valeur n'est qu'un appoint à la valeur des deux grands monarques.
MICHEL-ANGR.
Nous siommes devenus des provinciaux conquis ou à conquérir.
MACHIAVEL
Pis que cela. Nous sommes des vieillards épuifîés ipar la rage immodérée de toutes les passions; riches, iCt qu'on pille; habiles, et qu'on fait travailler; célèbres, et dont on vole la gloire; savants, et dont on suce la science pour la transmettre ailleurs. Nous sommes des gens perdus, et nous roulons plus bas que l'ignominie.
MICHEL-ANGE
Vous rappelez-vous ce que vous nous disiez un jour dans la Sixtine, à François Granacci et à moi?
MACHIAVEL
Je raisonnais alors suivant les probabilités et croyais le Saint-Siège destiné à concentrer dans ses mains toutes les hoiries. Je ne devinais pas que Çharles-Quint valût ce qu'il vaut, ni même François P""; le premier est le véritable papef II ne veut ni réforme, ni amélioration, ni changement. Il pré-
MICHEL-ANGE 51
tend continuer le vieux monde avec ses mérites défunts, sa décrépitude active, et, en foulant aux pieds le pontife incapable et la cour de Rome impuissante, c'est le maintien et le triomphe de cette incapacité et de cet avilissement qu'il a résolu d'assurer. Mais, croyez-moi, Michei-Ang-e, croyez-moi : nous périrons sans doute sous ses coups, car il a le bras fort; mais il périra comme nous; il n'étouffera ni l'hérésie ni l'esprit d'indiscipline, ni leurs suites; la volonté la plus âpre ne saurait repousser les eaux des torrents par-dessus des pentes déjà descendues.
MICHEL-ANGE
Cependant, voyez! En ce qui concerne Florence, l'état des choses ne vous donne pas raison ! Une' fois encore, les Médicis sont renvoyés, et la cité retourne à son ancienne religion républicaine! Le souvenir du Frère Jérôme se rallume comme la lampe sacrée brûlant devcint les tabernacles- On invoque les leçons du réformateur; on se rappelle ses paroles, on rétablit ses ordonnances, et, aujourd'hui, le Pape ne viendra pas, comme jadis Alexandre, nous imposer la mort de nos doctrines. Il a bien trop à faire! Comment se sauver lui-même? Ne pourra-t-on s'entendre avec l'Empereur et lui devoir le maintien, si peu menaçant pour lui de ce passé que nous faisons revivre?
MACHIAVEL
Je vous dis que le passé ne revit jamais. Le Pape est assurément bien tourmenté par César; César le ti«nt captif, l'affame, le flagelle à tour de bras... mais ne vovez-vous pas pourquoi? C'est qu'ils servent tous
deux la même cause, et que César trouve son compagnon défi-cient et paresseux. Quand il l'aura assoupli à ses volontés, il ne voudra rien que de bon pour ce pauvre pontife; la cause de ce pauvre pontife est précisément la sienne! Il aimerait mieux voir en sa place l'Adrien VI qu'il avait fait élire, prêtre ignare, fanatique comme lui-même, affamé de despotisme dans tous les genres; mais il ne l'a plus, et, bon gré mal gré, il lui faudra s^'accommoder du Médicis. C'est pourquoi il vous ramènera, un jour, les parents de Clément VII, et afin qu'ils ne tombent plus, il les investira d'une autorité dont le magnifique Laurent n'a jamais joui, et alors, pauvres, mauvais, méchants, ignorants, corrompus, vils pantins que vous êtes, tristes fantoches de la liberté, vous deviendrez les sujets d'un prince valet et, partant, les plus humiliés des misérables.
MICHEL-ANGE
Vous parlez rudement, maître Nicolas; vous-même;, vous serez de ces gens que vous méprisez si fort.
MACHIAVEL
Je n'en serai pas. La mort me tient au collet. Elle m'emportera là où il n'y a pas à rougir. Puissé-jC dans le monde futur ne jamais rencontrer un FloK.itin ! Ecoutez-les crier, ces misérables, si riches en voix et si pauvres en cervelle! Regardez-les passer !... Pas un seul, parmi les molécules du sang courant dans ses veines, n'a jamais senti rouler une pensée sérieuse, n'a jamais cru résolument à ce qu'il faisait! Il ne leur chaut que de l'émotion et de la vanité ba^ varde !
««rèxTÉL-ANGE 51J
MICHEL-ANGE
Ce que vous dites est mal, Nicolas. Vous souffrez de corps et d'esprit; c'est une excuse; mais, j'en suis sûr, vous aimez pourtant votre patrie, cette Florence si malheureuse par la faute de ses enfants et qui n'en est pas moins une grande, une noble ville, couronnée de gloire, mère de bien des héros, mère d'artistes immortels, et que ses futures calamités, s'il est vrai que vous lisiez exactement dans l'avenir, doivent vous rendre plus chère encore.
MACHIAVEL
Je hais ces périodes moins sonores que mensongères. S'il est vrai que Florence ait vu sortir de ses flancs des héros, c'est une marâtre; elle a commis l'impossible pour les écraser; quand elle ne l'a pas pu, tout aussitôt que leur valeur s'est révélée à ses regards, elle les a tourmentés, elle les a dépouillés, elle les a chassés... Souvenez- vous de Dante et de bien d'autres... Et moi, je lui dirai, à cette dévergondée t «Florence, sois maudite au nom des héros que tu as fait sortir de tes flancs» et dévorés comme une brute sauvage!» Aimer Florence, moi! Je la hais! Et vous devriez en faire autant, car ce n'est pas une seule fois qu'elle vous a contraint à fuir de ses murs! Si vous n'aviez eu qu'elle pour prendre soin de vous, elle vous eût étranglé dans votre propre génie !
MICHSL-ANOE.
Et pourtant je l'aime et je la servirai
MACHIAVEL
Vous n'y gagnerez rien non plus qu'elle; mais d'ail-
leurs, vous, il est possible que vous n'y perdiez pas non plus grand'chose ! Vous êtes Michel-Ange ! Vous aimez Florence, c'est une affection de luxe; Florence ne vous est pas nécessaire. Votre séjour est à Rome, et si Rome continuait à vous manquer, il serait à Venise, à Milan, à Paris! César vous ouvrirait, pour honorer ses Etats, une voie large et triomphale! Je vous le dis : vous êtes Michel-Ange. Amusez-vous ici le temps que le cœur vous en dira; vous y gaspillerez votre temps, et vous feriez mieux de vous occuper de vos chefs-d'œuvre; mais on dira : «Comme il a aimé son pays!» Ce sera d'un bel effet dans les pages de votre histoire ! Pour moi, je ne suis pas un artiste dont la vraie patrie est le monde; je ne suis pas un savant qui peut trouver en tout lieu l'honneur et l'entretien; je suis un misérable fonctionnaire du plus misérable des Etats, et je hais cet Etat, et je hais Florence.
MICHEL- ANGB.
Vous avez été très malheureux, et Ton ne vous a pas traité selon votre mérite.
MACHIAVEL
J'ai une femme, j'ai des enfants; je suis du plus vieux sang de la Toscane, voua le savez, vous! Je date de loin... Il n'y a pas de pain à la maison.
MICHEL-ANGE
Vrai... vrai... Cest une honte!
MACHIAVEL
J*avais appris beaucoup; ma jeunesse s'est enfoncée
MICHEL-ANGE 515
dans les livres; j'ai, pour ainsi dire, sucé avec le lait de l'enfance la sagesse de l'antiquité, tant j'étais pressé d'apprendre... Que suis-je devenu?... un pauvre secrétaire, et rien davantage.
MICHEL-ANGE
Maître Nicolas, on a usé de grande injustice à votre égard, et je comprends l'amertume de votre cœur.
MACHIAVEL
Non, vous ne la comprenez pas. Tandis que j'étais maintenu aux derniers rangs et que je voyais constamment reculer le terme des plus légitimes espérances, à tout moment je me sentais» l'épaule froissée : on me jetait de côté... C'était le premier drôle venu, un coquin, un âne bâté, un homme sans talent, sans conscience, sans naisscince, pressé et qui passait devant. Cependant on m'accablait de compliments; je remplissais des missions tantôt difficiles, tantôt dangereuses; je les remplissais bien, on ne s'en étonnait pas; mais le flot des laquais passait toujours, et d'autres laquais me disaient : « Restez où vous êtes ! » J'y suis resté toute ma vie, et je crois que l'humiliation, l'écœurement, le dégoût, l'indignation qui m'ont griffé dans tous les coins du cœur, m'ont été encore plus sensibles que la pauvreté.
MICHEL-ANGE
Hélas! Hélas la vie est sombre et mauvaise; et en me rappelant ce que, moi aussi, j'ai eu à subir de la niaiserie et de l'impudente ignorance, je comprends ce que vous éprouvez !
5l6 LA RENAISSANCE
MACHIAVEL
Non, VOUS ne le comprenez pas. Quand le Frère Jérôme Savonarole vint prêcher sa doctrine, j'étais un jeune homme; j'aimais les humains; j'aimais ma patrie; j'aimais l'Italie; je croyais à la possibilité de la raison et à celle de la vertu. J*ai épuisé tous mes efforts afin de leur bâtir un nid. Quel fut le succès de ces espérances? N'en parlons pas. Comme, pourtant, j'avais encore un certain fonds de crédulité, j'imaginai qu'un habile homme tel que M. de Valentinois pourrait créer un noble royaume, y mettre de sages lois et de bonnes ordonnances, renvoyer chez ev^ les étrangers, et qu'en somme c'était là encore un^ chose désirable. M. de Valentinois a échoué. Aujourd'hui, il est de mode de le traiter comme le plus épouvantable des monstres, bien qu'en fait de cruautés particulières ou générales il n*ait jamais rêvé la moitié des inutilités sanglantes exécutées par Charles-Quint, le sac de Rome, entre autres, et le nouvel étabUssement de l'Inquisition; mais l'esprit des gens est ainsi fait qu'il lui faut, pour porter les crimes d'une époquev un certain nombre de boucs émissaires; naturellement, il ne choisit pas les pires des loups. Il prend ceux qui ont le moins de défense, ceux que les chiens ont déjà dépecés et étranglés, parce qu'avant tout, luimême, il est lâche.
Vous êtes trop amer; il est vrai que vous avez des larmes plein ïe cœur.
MICHEL-ANGE 517
MACHIAVEL
Je n'ai pas une larme à ma disposition. Je suis, au contraire, ravi de voir à plaisir comment ce monde de méchants, de fous, de sots, d'égoïstes, qui m'ont tenu au rang d'un subalterne affamé, a si bien travaillé pour lui-même, que le plus honteux esclavage ne sera bientôt plus sur son corps que le haillon couvrant la plus irrémédiable des misères ! Gloire à Dieu ? ces gens-là, dis-je, sont encore plus à plaindre que moi! Je meurs, et le monde italien vivra, mais parfaitement déshonoré. Vous autres, vous êtes ,des grands hommes, je dis vous et vos amis; mais quand vous aurez disparu, ce qui sera bientôt, il ne restera que vos copistes, qui vous copieront mal ; et puis viendront les singes; ceux-là transformeront vos élans vers le ciel en gambades ridicules, et tout sera dit de ce que vous aurez fait... Rentrons à la maison.
MICHEL- ANOE.
Oui, rentrons. Je vous donnerai le bras et votis ramènerai chez vous. Parmi les grands hommes dont vous parlez, vous avez votre place, Nicolas,
MACHIAVEL
Nullement ! Je ne suis qu'un grabeleur d'idées, et le fait prouve que je n'ai été qu'un rêveur. Il y a loin de voir juste à créer vrai. De la laideur même, vous faite» l'immortelle beauté, comme avec la glaise la plus vile il vous est donné de modeler des formes enchanteresses; votre monde peut périr, vous restez dieu et vous vivez. Mais, moi? J'ai compris ce qu'il fallait
5i8 LA RENAISSANCE
essayer de produire; j'ai montré ce qui était désirable. L'a-t-on fait exécuter? Non! Que reste- t-il de moi? Un pauvre homme courbé en deux qui va disparaître, et tout sera dit ! Tant mieux ! Rentrons à la maison.
MICHEL-ANGE
Oui, rentrons. Pour moi, je vous avouerai qu'avec ou sans espérance je servirai la patrie; j'emploierai ce que je sais à la défendre, et si elle doit succomber, j'aurai, du moins, rempli un devoir, ou ce qui me semble tel.
MACHIAVEL
Ne craignez pas même de donner votre sang; ce que vous ax:complirez en cette occasion, comme dans h$ autres, vous sera bien payé par la postérité. Elle dira € Michel -Ange, ce grand artiste, n'avait nullement be< soin de Florence, et pourtant il a sacrifié ceci et cela pour elle!...» Allez! vos couronnes sont prêtes; mais moi, si j'étais un sot et que je voulusse me mêler de ce qui se passe, on m'emploierait à brosser les habits des grands personnages que chaque révolution tire de sa fange, et, au jour de la défaite, on me dirait : a Vieux fou ! comment n'aviez- vous pas mieux connu vos associés?» On aurait raison. Adieu, Michel -Ange. J'espère ne plus vous revoir en ce monde.
MICHEL-ANGE, lui serrant la main»
Adieu!
Machiavel eatre dans la maison et referme la porte.
Ce pauvre Nicolas ne voit que trop clair. Peu importe; je n*ai pas, en vérité, c'est assuré, je n'ai pas les
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ailes attachées; je peux aller où il me plaît. La Fortune, exerçant sur moi d'autres rigueurs, ne m'a, du moins, soumis à îa volonté de personne. Je défendrai Florence, et si elle a tort, cette Florence, je n'en aurai pas moins satisfait un instinct de mon cœur.