‹ La renaissanceChapitre 3 sur 189 · LE SECOND · texte numérisé non relu

LE SECOND

Allons boire un coup chez la Rousse; peut-être la nuit nous amènera- t-elie une meilleure occasion.

MILAN

Une sa^le dans le palais. — Ludovic Sforza, régent du Milanais, est assis devant une grande table couverte d'un tapis de velours rouge à ramages d'or, d'argent et de couleur. Il esS habillé d'un satin noir, rehaussé de broderies de jais, et porte à la ceinture une dague richement ciselée. Il joue avec son. gant. Autour de lui sont assis Antoine Cornazano, l'auteur du poème sur l'Art militaire ; Giovanni Achillini, antiquaire, poète, helléniste et musicien ; Gaspardo Visconti, célèbre par ses sonnets, et considéré, de son temps, comme aussi parfait que Pétrarque ; Bernardino Luini, peintre ; Léonard de Vinci.

LUDOVIC

Eh bien ! cette fois» maître Léonard, est-ce pour de bon que vous nous revenez ?

LÉONARD

Monseigneur, je ne mérite pas tant de sévérité. Votre Altesse sait bien que je suis affectionné à son service.

LUDOVIC

Oui, vous me faites, en ce moment, les plus belles protestations du monde, je n'en disconviens pas; et fatigué de Florence, dégoûté des prédications fanatiques du Frère Jérôme Savonarole, indigné de l'engouement qu'elles excitent, vous êtes prêt, m'écrivezvous, à m 'inventer des canons, des pièces d'artillerie, des mécaniques de toutes sortes, à me bâtir des ponts,

la LA RENAISSANCE

à tracer le plan de nos forteresses, à creuser des canaux, enfin à embellir nos villes par des palais, des églises, de? statues et des tableaux. Je sais très bien que vous êtes en état de tout faire; mais pouvez- vous aussi contraindre votre humeur inconstante? Que de fois vous avez changé d'avis et d'amitiés! Ce ne sont pas des reproches, cher Léonard, mais, franchement, vous êtes mobile comme une coquette.

LÉONARD, secouant la tète.

Je ne saurais m'empêcher de sourire aux accusations affectueuses de Votre Altesse, car, quoi qu'elle en dise, ce sont bien là des accusations, et, je l'avoue, les apparences sont contre moi. Cependant, non, je ne suis pas mobile! Voyez, monseigneur, j'aurais passé peutêtre ma vie entière à Florence, mais il y a tant à voir dans le monde et tant à apprendre! Si j'avais constamment habité les mêmes lieux, j'ignorerais plus des deux tiers de ce que je sais, et cependant je n'atteins pas à la centième partie de ce que je voudrais apprendre.

ANTOINE CORNAZANO.

Peut-être feriez- vous mieux, maître Léonard, de vous consacrer à une seule occupation que d'en poursuivre tant et de si diverses. Par exemple, vous êtes admirable dans la pemture; pourquoi chercher ailleurs votre gloire ?

L^.ONARD

Vous parlez comme Bernardino.

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