‹ La renaissanceChapitre 59 sur 189 · UN AUTRE · texte numérisé non relu

UN AUTRE

Tiens ! voilà du pied !

Un troisième lui tord les doigts ; il pousse an crL UNE FEMME.

Ah! le lâche, il pleure!

UN ARRABBIATO.

Marche donc! Les Huit te demandent!

FRÈRE JÉRÔME

Je marche! Ne maltraitez pas mes frères! Ah! Florence! Tout est fiini!

Une salle dans le Palais- Vieux. — Les commissaires du Pape, Romolino et le Père Turriano, général des Dominicains; le gonfalonier Pierre Popoleschi.

PIERRE POPOLESCHI.

Nous avons tout fait pour le mieux, et nous espéirons que Sa Sainteté sera contente de nous.

ROMOLINO.

Cest ce qu'il faudra voir.

PIERRE POPOLESCHI.

Nous avons fait condamner Frère Jérôme au bûcheir et à être pendu ensuite. Que voulez- vous de mieux? Ses deux acolytes, Frère Sylvestre et Frère Buonvicini, subiront la même peine. Ce n'est pas de la mollesse, cela! Enân, les principaux Piagnoni sont ou exilés ou condamnés à des amendes; Pagolantonio Soderini en a pour trois mille florins, et Ser Niccolo Machiavel, pauvre comme Job, pour deux cent cinquante. Je ne sais ce qu'on pourrait nous demander davantage.

ROMOLINO.

Vous avez mis du temps à revenir de vos erreurs, seigneur gonfalonier.

PIERRE POPOLESCHI.

Que voulez- vous? Il fallait plaire au peuple dE hurler avec les loups. Quand le vent a changé, nous avons été ravis de marcher dans la bonne direction, vous voyez nos actes.

ROMOLINO.

Ce n*est pas trop mal. Maintenant, à l'œuvre ! Nous avons charge d'examiner votre façon de procéder dans le jugement de Frère Jérôme, et nous ferons un beau feu, car je porte sur moi la condamnation. Qu'on introduise les témoins.

On amène des moines à<s Saiak-Mare.

Bonjour, bonjour, mes Pères. Vous savez ce qu'a osé le coupable. Vous l'avez vu à l'œuvre. Expliquez- vous. Est-il justement condamné? J'interroge celui qu'on m'a désigné comme le plus honnête. Père Malatesta Sacromoro, approchez!

FRÈRE SACROMORO.

Monseigneur, pendant sept ans nous avons cru ce que Frère Jérôme nous enseignait.il était notre vicaire général. Il a abusé de son autorité sur nos esprits.

ROMOLINO.

Au moins, vous en êtes bien convaincus, désormais ?

FRÈRE SACROMORO.

Profondément

ROMOLINO.

Voilà un digne homme. Ainsi donc, mon ami, vous considérez les pièces de l'interrogatoire comme parfaitement authentiques?

FRÈRE SACROMORO.

Certainement, monseigneur.

ROMOLINO.

Suivant vous, c'est avec raison que Frère Jérôme et

ses complices ont été condamnés par la justice tem* porelle?

FRÈRE SACROMORO.

Il n'y a rien à y objecter.

ROMOLINO.

Je loue votre candeur et l'esprit de vérité qui vous anime. Retirez- vous, mon cher ami, et qu'on introduise les coupables.

Les soldats amènent Frère Jèrdme, Frère Sylvestre et Frère Buonvidi^ liés avec des cordes.

ROMOLINO.

Frère Jérôme, vous savez que votre révérend issime général et moi nous représentons ici la sainteté de notre Seigneur le Pape, et que nous connaissons pertinemment toutes vos impostures. Il ne vous servirait à rien de nous mentir. Alléguez ce que vous voudrez pour votre défense.

FRÈRE JÉRÔME

Pendant sept années, j'ai prêché dans cette ville. J'ai fait de mon mieux pour y établir l'amour de Dieu et les bonnes mœurs. J'ai pu me tromper souvent Je ne suis qu'un pauvre homme, et, comme tel, j'ai failli; mais je n'ai voulu que le bien.

ROMOLINO.

Vous êtes un impudent ! Vous avez menti comme un démon ! Vos propres dépositions en font foi, et il est trop audacieux de venir ici nous tenir le langage que vous faites !

FRÈRE JÉRÔME

Ma chair est faible et ne soutient pas mon âme. Je

Tavoue en pleurant : j'ai péché contre la vérité en déclarant sur le chevalet ce qui n'est pas vrai. Il m'est impossible de soutenir la torture. Mais je démens ce que la souffrance m'a arraché.

ROMOLINO.

Allez! allez! Nous ne sommes pas vos dupes! Ce que vous avez confessé nous appartient ! Nous y croyons ! Vous jouez la comédie en ce moment!

FRÈRE BUONVICINI.

C'est vous qui insultez un saint! Dieu vous punirai

FRÈRE JÉRÔME

Hélas! mes soins, mes peines, mes fatigues, mort désir de bien faire, rien n'a servi! Je voulais sauver la foi; je n'ai rien pu! Mes illusions sont dissipées. J'ai poursuivi des chimères. Il est mieux que je meure, et je le souhaite depuis longtemps.

ROMOLINO.

Voilà qui est intolérable! Qu'on applique de nouveau cet homme obstiné à la question, sans quoi il ne fera que nous contredire.

Les bourreaux s'emparent da Frère Jérôme.

Sur la place du Palais. — L'échafaud. Un pont volant ea

planches conduit de la Ringhiera sur la plate-forme du bûcher. — La foule; plusieurs enfants aiguisent des bâtons avec des couteaux.

UN BOURGEOIS

Nous en avons pour une bonne heure à attendre.

Croyez-moi. Je connais les allures de nos gouvernants. Ils n'ont aucun souci de nous complaire. Que ne sommes -nous encore sous Tégide du magniûque Laurent ou de son illustre famille!

SECOND BOURGEOIS

Je pense qu'il faudra quelque jour en revenir là.

PREMIÈRE FEMME

Ah! le joli enfant! Est-il à vous, Monna Theresa?

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