PLAISANCE
Un palais servant de résidence au roi Charles VIII. Une salle d'attente. Deux capitaines français.
PREMIER CAPÎTAINE.
Te voilà, mon compagnon? Çà, que je t'embrasse!
SECOND CAPITAINK.
Très volontiers. Le bon visage! Tudieu ! quelle santé !
PREMIER CAPITAINE
Oui, par ma foi, nous menons bonne vie! D*où viens-tu ?
SECOND CAPITAINE
De Lyon en droiture. Je vous amène vingt-cinq lances fournies. Il m'en a coûté bon pour les lever! C'est fleur de gendarmes!
PREMIER CAPITAINE
Tu trouveras mille occasions de te rembourser. Saistu que tout marche à miracle ?
SECOND CAPITAINE
Raconte-moi un peu vos fortunes.
PREMIER CAPITMNE.
Ne m'entends-tu pas? Tout va à miracle? Notis avons été reçus à bras ouverts à Turin; et là, après
bien des fêtes, nous avons emprunté les diamants et pierreries de madame la duchssse Blanche. Elle a rechigné un peu; mais nous avons tout mis en gd^e.
SECOND CAPITAINE
Tu t'amuses.
PREMIER CAPITAINE
Voilà douze mille bons ducats de gagnés A Cnsaî, la marquise de Montferrat nous a donné le bal, la sotte, et a montré aussi ses joyaux. Même affaire qu'à Turin; nous avons fait rafle.
SECOND CAPTTAINS.
C'est donc vrai paradis et terre promise que ce pays?
PREMIER CAPITAINE
Je te îe jure. D'ailleurs, nous sommes bien établis à Gênes, oii les troupes milanaises nous donnent la main. Les Suisses ont, à la vérité, mis à sac la cité de Rapallo, peut-être à la légère; ils auraient pu faire le pillage moins fort et ne pas tout tuer; mais, en somme, l'effet a été bon. Le seigneur d'Aubigny nous mande de la Romagne que les Napolitains, pris de belle peur, lâchent pied devant lui. Quand nous sommes arrivés à Asti, l'oncle du duc Galéas est venu à notre rencontre avec sa femme, la belle Béatrice, et je te dirai à l'orrille qu'il a présenté au Roi quantité de dames milanaises qui, par ma foi, nous ont fait grande fête et grande chère.
SECOND CAPITAINE
L'eau m'en vient à la bouche. Que ne suis- je arrivé plus tôt!
PREMIER CAPITAINE
Les occasions ne te manqueront pas. Chut ! voici le Ruii
Entre Charles VIII, petit, débile, mais de grande mine; il est pâle et d fait, par suite de la maladie gagnée peu de jours auparavant à Asti, et dont il a failli mourir. A sa suite, nombre d officiers, le sire Philippe de Commines, seigneur d'Ar^renton ; le sire de Bonnevai, le sire de Lbâtiiioo^ tous deux grands tavoris du Roi ; le médecin rh6odore de Pavie.
LE ROI
Vous dites, Théodore, que Galéas vient d'expirer, et que cette fin subite n'est pas claire?