LE CARDINAL VALENTIN
Dans la hâte, j'avais prévu l'opinion de notre vénérable Frère, et j'ai fait engager les ambassadeurs à se rendre ici. On m'avertit qu'ils attendent votre bon plaisir.
TOUS
Qu'ils entrent? qu'ils entrent!
Entrent les ambassadeurs de France. d'Espagne, de l'Empire, de Venise, de Florence, de Milan, des Ligues suisses. — Grand tumulte sous les fenêtres. — Les arquebusades continuent. On entend le canon du Vatican et du fort Saint-Ange.
LE CARDINAL CORNETO
Messieurs les ambassadeurs, soyez les bienvenus. L'Eglise du Christ a besoin de ses enfants! Nous vous appelons pour réclamer l'appui dû par les princes chrétiens à leur sainte mère. Les circonstances sont pressantes. Que nous répondez- vous?
l'ambassadeur de FRANCE.
Messeigneurs les cardinaux, avant tout, mon de-
voir m'oblige à protester solennellement contre un outrage.
LES CARDINAUX
Un outrage? de notre part?
l'ambassadeur d'espagne.
Je rétablirai la vérité.
l'ambassadeur de FRANCE.
Si j'étais ici comme homme privé, Votre Grâce ne se servirait pas deux fois d'une pareille expression. Mais l'honneur de mon maître passe avant le mien. Ecoutez ce qui vient d'arriver; je n'en veux pas déguiser mon indignation.
LE CARDINAL CORNETO
Monsieur l'ambassadeur, la ville brûle, la sédition est flagrante; ne pourrait-on surseoir à vos plaintes jusqu'à un moment plus convenable?
l'ambassadeur de FRANCE.
Si l'on ne m'écoute pas, je sors. Je suis arrivé à la porte de ce palais avant le seigneur ambassadeur d'Espagne. Ses gentilshommes se sont rués sur les miens, et tandis qu'on tirait les épées, M. l'Ambassadeur a passé devant moi et pris le pas. C'est là le fait ! Eh quoi ! messeigneurs, est-ce le droit d'un prince d'Aragon de précéder le Roi Très- Chrétien? ■Quand il s'agit de vous approcher, le fils aîné de l'Eglise doit-il marcher après les autres? Je demande à l'instant, une réparation éclatante!
Entrent les cardinaux Julien de la Rovëre et Piccolomini. t. 16
l'ambassadeur de l'empereur.
Il est au moins singulier que, devant moi, d'autres Couronnes prétendent à la préséance.
l'ambassadeur de FRANCE, avec emportemeaU
Comment l'entendez- vous, monsieur?
l'ambassadeur d'eSPAGNE, mettant la main à répfc«.
Je n'ai qu'une manière de parler et une manière de îépondre.
LE cardinal de LA ROVÈRB.
Ainsi, messieurs, voilà ce que vous avez à dire au sacré Collège? Au moment où la Ville sainte devient la proie des séditieux; quand, d'ici, vous entendez le canon, les arquebusades, les blasphèmes, et que, par ces fenêtres, oui, par ces fenêtres, le flamboiement de l'incendie se dénonce à nos regards indignés, au lieu de nous venir en aide, vous nous étalez les tristes compétitions de vos vanités! Par les plaies et la mort de Jésus, mon Sauveur, vous vous moquez de nous, jHDonsieur l'ambassadeur de France !
l'ambassadeur de FRANCE.
Seigneur Julien de la Rovère, je ne vous permets pas ce ton, et il n'est pas de chapeau rouge qui puisse ttie dérober un insolent!
LE CARDINAL DE LA ROVÈRE, marchartt droit ver» loi.
Lisez cette lettre, lisez cet ordre, et baissez le front ! Baissez-le, monsieur, plus bas, tout bas! et obéissez! Notre vénérable frère, M. le cardinal d'Amk>ise, le ministre révéré du Roi, votre maître, vous
écrit ceci ! Vous reconnaissez bien le seing et le sceau? Eh bien ! lisez donc ! Il vous ordonne de mettre immédiatement les troupes françaises à la disposition du conclave, et le conclave vous ordonne de les faire sortir de la ville!
l'ambassadeur de FRANCE.
Monsieur le cardinal, il n'en est pas moins vrai que...
LB CARDINAL DE LA ROVÈRE, bas à son oreille.
Vous aurez une réparation complète quand le moment sera plus opportun.
l'ambassadeur de FRANCE.
Toute difficulté est aplanie. Nos compagnies françaises vont quitter la place... puisque vous le désirez. J'ajouterai, cependant, que le duc de Valentinois s^offre pour défendre votre autorité.