V. ch. ur
répond à Moquin-Tandon, qui l'invitait au nom de Roumanille « Dites-leur qu'ils auront beau se réunir quarante et cent, jamais ils ne feront le bruit que j'ai fait tout seul. »
Mistral, qui raconte cette anecdote, n'avait pas eu personnellement à se louer de Jasmin. Encore collégien, il lui avait adressé « une piécette admirative, qui commençait ainsi
Pouèlo, ounour de ta maire Gascougno.. 64
Mais il n'eut jamais de réponse, pas plus que Roumanille. Plus tard, nul encouragement de lui, nul salut après Mirèio. Jasmin se croyait le dernier poète du peuple méridional; il lui déplaisait qu'un poète osât se lever après lui sur la terre d'oc.
Il] n'importe; l'exemple de Jasmin avait donné aux jeunes poètes de Provence l’encouragement nécessaire à leurs desseins; il avait montré qu'il fallait parler au peuple du Midi sa vieille langue, si on voulait l'émouvoir; il avait par là orienté la poésie ouvrière dans sa meilleure direction, il avait indiqué de façon éclatante que la gloire était possible à un poète de son espèce, ouvrier et dialectal, la vraie gloire faite de l'approbation des lettrés et de l’ovation des foules,
Toutefois il avait manqué de cette culture qui devait faire la valeur des premiers félibres; Jean Brunet le lui reprochait dans l'Armana, en lui consacrant une notice nécrologique : « Le poète gascon a manqué d’une chose, disait-il, les études romanes, indispensables à qui écrit notre parler®. » Il lui reprochait aussi sa hautaine complaisance en lui-même, son manque de confiance dans le passé et l'avenir de la langue d'oc.
Instruits par ce double exemple, les jeunes Félibres allaient pouvoir se mettre à l'œuvre nécessaire avec plus de courage, et